On est chez nous, T. 2. Marchands d’espoir – Morts, magouilles et idéologies…

4 août 2020 0 commentaire
  • Depuis quelques années, force est de reconnaître que l’extrême-droite reprend du poil de la bête (non, l’expression n’est pas gratuite !...) un peu partout en Europe. En France plus particulièrement peut-être. Et Sylvain Runberg et Olivier Truc ont imaginé une BD, dessinée par Nicolas Otero, qui, dans ce contexte, mêle politique, journalisme, et polar…

Le scénario, même s’il annonce que toute ressemblance avec quelqu’un d’existant serait fortuite, est transparent quant aux personnages mis en scène… Un petit résumé du premier volume n’est sans doute pas inutile, et aurait pu avantageusement se trouver en début de ce deuxième tome.

On se trouve dans le sud de la France, dans une petite ville dirigée depuis plusieurs années par un maire d’extrême-droite. Et voilà que le parti catapulte dans cette ville la blonde et charismatique Chloé Vanel, qui fut égérie de ce parti politique avant de prendre du recul et de se refaire une sorte de virginité… Pour elle, se faire élire est le premier pas essentiel pour, dans deux ans, se retrouver en bonne place pour remplacer Macron !

Pour couvrir ce retour à la vie politique d’une icône de l’extrême-droite, les journalistes se multiplient dans cette petite cité. Parmi eux, Mongin. Son reportage sur une mairie d’extrême-droite et ses dérives quotidiennes passe très vite au second plan…. C’est qu’on retrouve un, puis deux cadavres de migrants, pendus haut et court, et chacun portant une pancarte : « On est chez nous » ! Le slogan qui est, justement, celui de la campagne électorale de Chloé Vanel…

On est chez nous, T. 2. Marchands d'espoir – Morts, magouilles et idéologies…

Et donc, dans cet album-ci, qui termine le récit de cette enquête journalistique dans un lieu symbolique de la monté d’une idéologie dont l’Histoire a prouvé le danger, nous retrouvons tous les protagonistes du premier épisode. Il y a bien évidemment l’ancien maire, appartenant au parti de la nouvelle candidate. Il y a Mongin, journaliste idéaliste travaillant pour un journal de gauche et qui se refuse à entrer dans le simple jeu médiatique politiquement correct. Il y a une opposante qui s’occupe de la médiathèque de cette petite ville, et qui a été poignardée par un des « sangliers », miliciens zélés défendant le droit à être « chez soi » ! Il y a le journaliste de la télé officielle qui a surtout le courage de fermer les yeux ou d’arrêter de filmer. Il y a les migrants utilisés pour des travaux que plus personne ne veut faire et qui sont traités comme des esclaves. Il y a un notable qui se révèle manipuler ces migrants et n’être qu’un vil marchand d’espoirs toujours déçus.

Il y a aussi et surtout la masse des gens qui se disent peut-être « à quoi bon », comme le dit un des personnages, mais dont l’apathie ressemble à une « collaboration » bien plus désespérante que désespérée.

Tout cela frise parfois, on peut le reconnaître, la caricature, l’image d’Épinal inversée. Mais cela n’enlève rien à l’essentiel du message des auteurs, un message qui nous montre comment, aujourd’hui, l’inacceptable devient vite accepté, dans une société dont les valeurs font de l’être humain un chiffre, le résultat d’un pourcentage, la constante invisible d’un simple modèle mathématique. Et, de ce fait, ce récit en deux tomes ne parle pas seulement de politique, mais, de manière bien plus large, d’acceptation, de majorité silencieuse, d’idéologies sans cesse à la recherche de nouveaux terreaux de pouvoir et de domination. Un discours, vous le reconnaîtrez, d’une brûlante actualité…

L’extrémisme politique s’érige sur les fondations de la peur organisée, cela a toujours été le cas, cela le reste de plus en plus.
Je le disais, cette histoire est un récit complet en deux volumes. Un récit bien charpenté, une véritable enquête policière qui se résout en fin de narration.
Le scénario porte la patte de Sylvain Runberg qui sait agencer tous les éléments de son scénario pour construire un vrai polar dessiné, proche à sa manière des thèmes qui, en d’autres temps, étaient chers à l’écrivain Manchette. Ce scénario porte aussi la marque d’Olivier Truc, journaliste sachant doser l’information pour la rendre vraie plus que simplement plausible.

Quant au dessin de Nicolas Otero, il privilégie les visages avec, à chaque fois, un signe distinctif qui permet au premier coup d’œil de différencier les différents protagonistes. Et son découpage donne un véritable rythme à chaque page. Il ne tombe pas dans le piège du sensationnalisme, et c’était bien ce qu’il fallait pour que ce « On est chez nous » ne perde rien de son importance de réflexion.
Le choix de la couleur de 1ver2anes est plus étonnant pour un livre qui parle de morts violentes : il s’agit essentiellement de tons pastels, sauf au moment paroxystique du scénario, dans la dernière partie de ce tome 2.

« On est chez nous » : un diptyque intelligent, parfois un peu trop manichéen, mais qui prouve que la bande dessinée a tout à gagner à s’intéresser à la « vraie » vie !

(par Jacques Schraûwen)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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On Est Chez Nous : 2. Marchands d’espoir - par Orero, Runberg et Truc - Robinson - 64 pages - Sortie le juin 2020

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