Soon – Par Thomas Cadène et Benjamin Adam – Ed. Dargaud

4 août 2020 0 commentaire
  • L’album, paru fin octobre 2019, était passé momentanément sous nos radars en raison d’une fin d’année trop chargée et d’un début d’année frappée par la pandémie. Mais il serait justice qu’il ne passe pas à l’as car, croyez-nous, cette copieuse lecture de 240 pages, dense et exigeante, constitue l’une des meilleures réflexions politiques sur le monde de l’après-Covid dont se gargarisent tant les éditorialistes pour le moment.

Nous sommes en 2151. Tout ce que les collapsologues avaient prédit s’est réalisé : le réchauffement climatique a multiplié les cataclysmes et les migrations sauvages, les pandémies se sont répandues sur toute la planète et le déni des années 2015-2020 persistant pendant lesquelles les nations ont tourné autour du problème sans le résoudre, a abouti à des guerres entre les puissances dominantes sur fond de sauve-qui-peut généralisé. Résultat : la population de la Terre a été divisée par dix.

« L’humanité a cru avoir vaincu la faim et la maladie, aboli les distances et dompté la Terre. Bref, elle s’est crue invincible. Mais toute chose a un prix, et pendant que certains se gavaient de choses inutiles, d’autres sacrifiaient leurs courtes vies à les fabriquer au péril de leur santé, de leur environnement et de l’ensemble de la vie sur Terre… ». Cette sentence sans appel, Yuri l’entend en 2140 à Winnipeg en visitant une sorte de mémorial-parc d’attraction de cette période révolue. C’est le regard que porte le futur sur les générations Y et Z.

Soon – Par Thomas Cadène et Benjamin Adam – Ed. Dargaud
© Dargaud

Dans ce futur, les nations de la Terre se sont résolues à trouver des solutions plus rationnelles pour leur survie. Dans un remarquable mouvement qui ferait se pâmer de reconnaissance les plus grands théoriciens du communisme, elles ont établi un « contrat » établissant sept villes tenues d’être autosuffisantes à 90% tandis que 88% de la Terre est rendue à la nature.

Parallèlement, la course à l’espace, à la recherche d’une "Terre bis" est relancée alors qu’elle était plus ou moins laissée à l’abandon, faute de moyens et de convictions, près de vingt ans après que le premier homme ait posé le pied sur la Lune. C’est le programme SOON 1 qui relance la machine en 2034. Mais elle est un cuisant échec multipliant les erreurs dans une précipitation assez naïve qui n’empêcha pas la guerre et entérina même jusqu’à la privatisation de la lune au profit d’une entreprise privée…

© Dargaud

Aujourd’hui, c’est SOON 2 qui est lancée, la première mission d’exploration spatiale depuis l’effondrement. Simone est l’astronaute responsable de cette mission sans retour. C’est la maman de Yuri. Elle embarque son fils dans une espèce de voyage initiatique dans les sept villes, prélude à sa prochaine mission, qui constitue aussi bien une tentative d’explication que l’expression d’un ultime adieu. Ce passage de relais d’une génération à l’autre, entre distanciation et lien affectif, ressemble pas mal au nôtre.

On est frappés, dans cet album, par le nombre de présciences que contient son récit conçu avant la pandémie du Covid-19 et la relance de l’exploration spatiale avec des missions chinoise (HX1), émiratie (Hope), russe (ExoMars) et européenne (ESA et Mars 2020)… La réflexion est contemporaine, profonde, rationnelle et pas forcément désespérante.

© Dargaud

Le dessin de Benjamin Adam est éblouissant dans son jeu de chromies veloutées. Mais ce qui est le plus étonnant encore, c’est le processus narratif qui, par son cheminement, rappelle le Zot ! de Scott McCloud (1984-1991). Il aboutit à un roman graphique particulièrement riche en émotions, en réflexions et en informations et qui donne à penser. Sans doute l’un des ouvrages les plus importants de cette année.

© Dargaud

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

  Un commentaire ?