Muchacho T1 - Emmanuel Lepage - Aire Libre, Dupuis

27 avril 2004 0 commentaire
  • Les premières planches de Muchacho furent présentées au public à la Tour Bidouane de Saint-Malo, lors du festival Quai des Bulles, en octobre 2003, dans une magnifique exposition consacrée à Emmanuel Lepage. Des planches réalisées en couleur directe. Depuis lors, l'attente était forte : elle est à présent récompensée par le sortie du T1 de cette superbe histoire.

Nicaragua, 1976. Secondé par la sinistre Guardia, "Tachito" Somoza règne en maître sur ce petit pays d’Amérique centrale. Jeune séminariste, fils d’une grande famille de Managua, la capitale, Gabriel peint. Le Christ, la Passion, les saints. Il est doué pour ça. C’est la raison pour laquelle on l’envoie exercer son art auprès de Ruben, le prêtre de San Juan, un petit village niché dans la montagne. Peu apprécié des villageois, parce qu’il est le fils de son père, Gabriel devra apprendre à les connaître et à les aimer, encouragé par un Ruben l’exhortant à les peindre tels qu’ils sont, hommes et femmes de chair et de sang. Ainsi, en "soulevant la peau des choses", Gabriel découvrira la répression militaire contre les paysans, et contre lui-même le joug écrasant de sa sensualité. Pour lui comme pour les villageois, les temps sont à la révolte qui gronde et à la révolution qui couve...

(par JLM)

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Ceux qui attendaient beaucoup de cet album, ne seront pas déçus.
Ni par les dessins, d’une beauté époustouflante, démontrant s’il en était encore besoin qu’Emmanuel Lepage est un des tous grands dessinateurs actuels, ni par le scénario qu’il assume enfin seul. Au sommet de son art graphique, il nous offre de véritables joyaux, un régal pour les yeux et l’âme. Le scénario, bien écrit, fort personnel, offre de très beaux moments d’émotion. Ceux qui savent qu’Emmanuel Lepage est parti plusieurs mois en Amérique du Sud, et a dessiné moult fois dans la rue sous les yeux captivés des enfants, ne pourront s’empêcher de penser qu’il s’est fortement identifié au personnage principal, qui fait la même chose. Certains détails, quelques ambiances, font aussi parfois penser à la série Névé, qu’il a dessinée sur un scénario de Dieter : ainsi par exemple Muchacho semble plus attiré par les hommes que par les femmes. Mais c’est raconté tout en douceur, tout en finesse ... L’histoire, qui peut sembler banale et déjà racontée des dizaines de fois, est cependant présentée sous un biais original : ici, ce n’est pas tant la révolution, la théologie de la libération qui est le centre de l’œuvre, c’est la confrontation d’un jeune homme avec un univers impitoyable dont il avait été préservé jusqu’à présent, et l’éveil de ses pulsions primaires. Un livre à découvrir absolument !

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