Nouveautés BD : Bataille rangée dans le métro

16 novembre 2010 1
  • La course aux best-sellers de la fin de l’année n’a pas seulement lieu sur les étals des librairies. Elle fait également rage dans le métro où la bande dessinée a rarement été autant présente qu’en cette fin d’année 2010.

C’est un des effets de la surproduction : pour exister en librairie, les éditeurs doivent surenchérir sur la publicité afin de conserver un minimum de visibilité. Au rythme de plus de 4000 nouveautés dans l’année, dont 40% paraissent traditionnellement entre septembre et novembre, les jours, sinon les heures, sont comptés sur la table des nouveautés. Cette réalité est particulièrement meurtrière pour les N°1 de séries, car si son N°1 n’a pas marché, une collection se trouve vite réduite à être conclue en un diptyque, quand ce n’est pas un arrêt de commercialisation pur et simple.

Nouveautés BD : Bataille rangée dans le métro
Largo Winch de Van Hamme & Francq (Ed. Dupuis)

Nul n’est à l’abri : même les plus prestigieuses signatures de la BD sont les victimes du « scoring », c’est-à-dire de la vente assistée par ordinateur. Si celle-ci ne « tourne » pas assez vite, en clair, si elle n’obtient pas le chiffre d’affaire quotidien que le libraire s’est assigné au m² de linéaire, la nouveauté dégage et fait place à une série au potentiel un peu plus fort. La survie des librairies est à ce prix et rares sont ceux qui peuvent se permettre de stocker des grandes quantités de BD.

Si la surproduction permet d’offrir un choix beaucoup plus large, de segmenter davantage et de cibler mieux le public, elle pèse cependant sur bon nombre de maillons de la chaîne : sur les auteurs d’abord qui voient leurs avances se réduire à la portion congrue (nous vous en reparlerons bientôt), sur les librairies qui se trouvent à gérer des flux de marchandises absolument effarants, sur les éditeurs enfin qui doivent gérer cette production et surtout sa commercialisation. Nul autre livre que la bande dessinée n’a subi, comme ces dernières années, une concurrence aussi forte mais aussi, dans le même temps, une croissance aussi inouïe.

Luuna de Crisse & Keramidas (Ed. Soleil)

Facteur de marge

Aussi, les efforts de publicité sont-ils essentiels. Ils se portent souvent sur des séries qui marchent déjà. L’éditeur y a tout intérêt : faire passer les ventes d’une série de 20.000 à 100.000 a aussi l’avantage de faire bondir sa marge par trois ou par quatre. Là se trouve le profit qui permet de financer toutes les autres nouveautés : celles qui ne se vendent pas (encore) ou les erreurs éditoriales.

Dans cette perspective, ce sont évidemment les auteurs best-sellers les mieux placés pour imposer une promotion à leur éditeur. De plus en plus, les transferts d’auteurs best-sellers d’un éditeur à l’autre passent par des négociations serrées, non seulement sur les conditions (droits, avances éventuelles) mais également sur le budget de promotion qu’on peut leur allouer. Et là, les places sont chères car, bien évidemment, l’éditeur ne peut pas faire la même promotion pour tout le monde. Rien n’est plus inégalitaire que le succès !

Il était une fois en France de Nury et Vallée (Ed. Glénat)

Cibler les citadins

Dans les couloirs du métro parisien en ce moment, les gros bras de l’édition mènent bataille : Largo Winch de Francq & Van Hamme (Dupuis) , Nomade de Dufaux & Xavier (Le Lombard), Luuna de Keramidas & Crisse, Il était une fois en France de Vallée et Nury (Glénat)…

Mais pourquoi la bande dessinée fait-elle sa publicité essentiellement dans les transports publics ? À cause de tarifs avantageux ? Non pas : les campagnes coûtent, selon la durée, l’emplacement et le format, entre 5.000 et 100.000 euros, voire plus.

La réponse nous est donnée par un commercial de l’une de ces maisons d’édition : parce que la bande dessinée est majoritairement lue par des citadins or, avec ses 5 milliards de voyageurs par an (13 millions chaque jour), les transports en commun sont une source privilégiée pour les toucher, la BD étant une des lectures préférées des voyageurs. CQFD.

Nomade de Dufaux & Xavier (Le Lombard)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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