Queen & Country T1 - Greg Rucka, Steve Rolston & Brian Hurtt - Semic, collection noir

13 octobre 2004 0 commentaire
  • Si pour vous un roman d'espionnage ressemble à l'un des derniers James Bond, que les romans de John Le Carré vous ennuient et que Alias battra toujours à plate couture Lucie Aubrac, passez votre chemin : Cette b.d. surprenante de retenue est une plongée dans les états d'âmes des hommes de l'ombre. Sans 007 au casting, pas de Q, ni de fesses...

Tara Chace est une "Gorilles", un des agents d’interventions du MI6. Une fille qui pourrait en raconter s’il n’y avait le secret professionnel de rigueur, et si finalement son métier ne la passionnait pas plus que ça. En fait, elle joue parfaitement son rôle de passe-muraille. Oui, mais Crocker, son chef exécutif, avait une dette envers quelqu’un de la CIA. Et ces derniers veulent physiquement "mettre à la retraite" un ancien général Russe, reconverti dans les affaires poudreuses avec la Mafia. Plutôt que de se salir les pattes, ils mettent cette dette à profit pour sous-traiter le sale boulot à un agent britannique. Et à qui échoit la corvée ? À Tara. Son premier meurtre commandité. Pas vraiment une gloire.

Pourtant, même si sa mission au Kosovo est un carton plein, elle est un échec : Chace s’est faite identifiée. Ce qui met sa famille en danger. Sa seule réelle famille. Une famille de salauds, de coups tordus, de coucheries inavouables... celle au 6ème étage droit des affaires militaires.

Les représailles se feront en plein Londres, au lance-roquette sur le QG du MI6. Et la tête de Chace est mise à prix ! Comment s’en sortir vivante, alors que sa couverture a été éventée, et que le contre-espionnage vient d’être mis en échec à cause d’une dette envers une autre puissance ? De quoi se mettre sérieusement les nerfs en pelote... à point pour consulter la psy du bureau ! Et une petite mission dans l’Afghanistan des talibans ne va pas arranger les affaires, puisqu’elle ne peut y aller malgré ses excellents états de service. Femme d’action au bord de la crise de nerfs.

Le dessin peut rebuter : la graphie est très naïve, le découpage peu vif, principalement parce que les scènes d’actions sont brèves et peu nombreuses. On est dans une histoire tout en retenue, dans l’idée de montrer un quotidien qui n’a rien de romantique, et dont l’action se laisse venir plutôt que d’être provoquée, vues les imprévisibles conséquences. En soi, un excellent roman qui se base sur l’histoire immédiate, sans chichis ni gadgets, qui mérite que l’on fasse abstraction du dessin très décalé. Si l’Atlas Géo-Stratégique est un de vos livres de chevet, Le Dessous des Cartes votre émission favorite, foncez chez votre libraire !

Une série plus que prometteuse, surprenante, produite par deux Américains et un Canadien. Trois auteurs à suivre, tout comme leur excellent éditeur américain Oni Press.

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(par Xavier Mouton-Dubosc)

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