RASL T2 - Par Jeff Smith (Trad. Hélène Remaud) - Delcourt

22 janvier 2015 0 commentaire
  • Suite de la trilogie du « dériveur » de Jeff « Bone » Smith, toujours placé sous le signe du neo-noir et qui aborde l’étape des explications : expériences scientifiques, récupération militaire, amour et tromperie en tous genres !

Toujours traqué par le gouvernement, RASL, voleur d’œuvres d’art circulant entre les mondes parallèles, tente de trouver un peu de repos, et de réconfort, dans un autre monde. Il y retrouve en particulier une version alternative de Maya, son amour décédée, en la personne d’Uma, conservatrice de musée.

Ce second tome est placé sous le signe des révélations. Ainsi, après avoir posé dans le premier le cadre et l’ambiance, sous la forme de mystères et de fuite, Jeff Smith fait se poser son héros dans le but de faire le point, et en profite ainsi pour nous expliquer les événements qui l’ont mené à devenir un fugitif.

Il s’agit donc d’une pause dans l’intrigue principale, au cours de laquelle le lecteur suit les états d’âmes de RASL, se rappelant son passé, buvant trop ou succombant aux propositions d’une femme, comme tout bon héros de neo-noir.

RASL T2 - Par Jeff Smith (Trad. Hélène Remaud) - Delcourt
Maya : un souvenir tendre et réconfortant pour RASL
RASL © Jeff Smith / Delcourt

Ces errements nous ouvrent les portes aux explications tant attendues, qui s’articulent autour du rôle ambigu de Maya, la troublante blonde au nez retroussé, à laquelle Uma fait écho. Évidemment comme souvent dans les récits neo-noir, c’est la femme, tentatrice, qui amène le héros à franchir une limite morale, à trahir ou à se mettre hors-la-loi. Maya ne fait pas exception : elle trouble le lecteur autant que RASL, le premier doutant de sa sincérité, tandis que le second serait prêt à faire n’importe quoi pour elle.

À cela s’ajoute l’aspect scientifique, autour des mondes parallèles, pour lequel Jeff Smith convoque Nikola Tesla, scientifique de génie de l’ère moderne, mais également figure appréciée des amateurs de mythes et légendes, pour certains de ses propos ou de ses expériences autour de l’énergie, dont Jeff Smith s’empare pour construire son intrigue.

Nikola Tesla : personnage légendaire admiré par notre héros
RASL © Jeff Smith / Delcourt

Les explications, entre Histoire, science et fantaisie, sont précises et claires, et constituent un hommage fort sympathique à ce grand inventeur. De façon générale, ce tome davantage porté sur les informations que l’action, ou les péripéties, fonctionne parfaitement bien. Jeff Smith évite les pièges de la narration de type pause et explication, en brossant une mythologie fantaisiste de façon efficace et ludique, sans que les évocations autour de Nikola Tesla ne perdent le lecteur dans des digressions trop lourdes.

Cependant, en dépit de cette narration efficace, RASL apparaît toujours un peu à la limite de l’exercice de style. La volonté de Jeff Smith de briser son image « enfantine » apparaît patente à chaque page. Il joue ainsi avec les clichés du genre, les assumant au premier degré, y allant parfois « à fond » dans la caractérisation neo-noir, n’hésitant pas à mettre très régulièrement en scène alcool, sexe et femmes dénudées !

Le résultat n’en demeure pas moins fort agréable et mordant, aussi bien dans l’écriture que dans le dessin. Une lecture de qualité dont nous retrouverons le troisième et dernier tome en avril prochain ! [1]

Une rencontre en plein désert : hallucination ou bien...
RASL © Jeff Smith / Delcourt

(par Guillaume Boutet)

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RASL T2. Par Jeff Smith. Traduction Hélène Remaud. Delcourt, collection "Contrebande". Sortie le 3 décembre 2014. 192 pages. 17,95 euros.

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RASL sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1

[1Rappelons que l’édition publiée par Delcourt de RASL a été recompilée en trois tomes, chacun plus épais que ceux de l’édition originale US, divisée en quatre tomes.

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