Raoul Cauvin : « L’humour c’est ce qui nous aide à vivre, à surmonter les coups durs et les échecs. »

11 avril 2020 3 commentaires
  • Il a l’âge du Journal de Spirou, 81 ans « aux chanterelles » dirait le Grand Schtroumpf. En retraite un peu forcée (Dupuis a mis fin à la plupart de ses séries), le créateur des "Tuniques bleues", de "Cédric", des "Femmes en blanc", de "Pierre Tombal", soit environ 50 millions d’albums vendus, continue à s’intéresser au petit monde de la BD. C’est un lecteur régulier d’ActuaBD. Nous avons voulu prendre des nouvelles de Raoul Cauvin, obligé comme nous tous de rester chez lui.
Raoul Cauvin : « L'humour c'est ce qui nous aide à vivre, à surmonter les coups durs et les échecs. »
Depuis 1986, Cauvin et Bercovici applaudissent le courage des soignants.
Éditions Dupuis

Vous voilà confiné. Ça change beaucoup pour vous ?

Confinés... Nous les vieux, il y a belle lurette que nous le sommes déjà. Ça ne nous change pas beaucoup. C’est vrai qu’il y a moins de visites... L’avantage, c’est qu’il y a moins d’emmerdeurs ! Le désavantage : ceux qu’on aime bien viennent moins souvent.

Les Femmes en blanc -les vraies- se font applaudir à 20h tous les jours aujourd’hui. Qu’est-ce qui a déclenché cette série pour vous ? Une volonté de rendre hommage au corps médical ? La "comédie des masques" telle qu’on la connaît de nos jours a l’air moins drôle...

Je n’ai pas attendu d’essayer de rendre hommage au corps médical et, surtout, aux infirmières et infirmiers et je dois bien avouer, qu’à plusieurs occasions, ils me l’ont bien rendu. Ces occasions n’ont pas manqué ces derniers temps : la maladie, les séjours dans les hôpitaux... À chaque fois un accueil drôlement sympa !

Dessin de Philippe Bercovici (originellement publié dans Télépro)
"Pierre Tombal" de Raoul Cauvin et Marc Hardy. (Ed. Dupuis)

Une autre série d’une sinistre actualité, c’est Pierre Tombal. Qu’est-ce qui vous avait amené à narguer ainsi la mort ?

Pierre Tombal est une série qui me manque énormément depuis l’arrêt de la série. Pareil pour Les Femmes en blanc. Dans cette dernière, j’abordais la lutte pour la vie. Dans Pierre Tombal, j’abordais la vie après la vie. J’adorais ces deux séries. Que ce soit une de ces séries ou l’autre, je serais prêt à les reprendre. Mais la maison Dupuis en a décidé autrement...

Pour rester dans l’esprit de Pierre Tombal, Quelle épitaphe écririez-vous pour vous ?

Le mot « FIN », c’est tout. C’est le mot que je mettais à chaque fin de mes scénarii.

Quand il s’est lancé dans sa campagne électorale, Coluche disait : "J’arrêterai de faire de la politique quand les politiciens arrêteront de nous faire rire !" Trump, Johnson, Bolsonaro,... Ce sont des personnages d’essence comique ?

Les hommes politiques ne m’inspirent rien du tout. Je dois avouer que je ne les aime pas. Je ne les trouve pas « comiques », bien loin de là. Mais il m’arrive parfois d’en rencontrer. Je ne discute de leur passion, un peu comme avec les chasseurs. Je n’aime pas ces mecs, mais j’aime parfois l’homme qui se cache derrière. À chaque fois que je discute avec eux, on évite les sujets « épineux ».

"Pierre Tombal" est une autre série de Cauvin et Marc Hardy qui rend hommage au personnel en première ligne pendant cette crise sanitaire.
© Marc Hardy et Raoul Cauvin

Dans ce genre de période, l’humour est-il utile ?

L’humour est toujours indispensable dans une vie. L’humour c’est ce qui nous aide à vivre, à surmonter les coups durs et les échecs. Si tu le perds, t’es fichu.

Plutôt l’humour noir de Franquin ou l’humour absurde de Geluck ?

Quelle que soit sa forme, quel que soit le mec qui le partage, je trouve ça chouette. Il y a des centaines de formes d’humour. À nous de choisir celles qui nous conviennent le mieux. Moi j’en adore un tas.

Raoul Cauvin avec sa "Monographie" signée Patrick Gaumer.
Photo : Jean-Jacques Procureur.

Vous avez collaboré avec la regrettée Claire Bretécher. C’était à ses débuts. Goscinny vous l’a piquée ensuite pour l’engager chez Pilote. Vous lui en avez voulu ?

Claire Bretécher a quitté le journal car elle ne supportait pas le rédac’ chef [Thierri Martens. NDLR]. Je ne crois pas que Goscinny y soit pour quelque chose. De toute façon, elle avait un sacré talent qui a été reconnu par beaucoup à commencer par moi. On a un peu collaboré ensemble au début, juste un peu. Ensuite on a pris des chemins différents.

Propos recueillis par Didier Pasamonik

Une planche de Pierre Tombal retouchée par Marc Hardy pour coller à l’actualité.
© Raoul Cauvin et Marc Hardy

Voir en ligne : Tous les albums de Cauvin chez Dupuis

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Pour se rendre compte de la richesse et de l’homme, et de sa carrière, on lira avec profit la Monographie de Patrick Gaumer aux Éditions Dupuis.

Merci à Philippe Bercovici et à Marc Hardy de nous avoir autorisé à reproduire leurs dessins.

Photos : Jean-Jacques Procureur (merci !)

 
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3 Messages :
  • C’est vrai que l’humour permet d’avaler pas mal de pilules.
    J’adore ses séries. En cette période difficile, ouvrez les albums de votre série préférée de Raoul Cauvin, le sourire vous viendra vite aux lèvres. C’est une force redoutable, un bon médicament délivré sans prescription et sans effet secondaire. Ses BD vont sauver des vies ,sans blague, car elles vont aider à rester chez soi.

    Il a rempli des milliers de pages du journal Spirou. Il a des centaines d’albums à son actif dont énormément de pépites qui resteront gravées à jamais dans l’Histoire de la BD..
    C’est vraiment dommage que Dupuis ait pris la décision d’arrêter plusieurs de ses séries majeures.

    Bon confinement à ce géant du scénario humoristique.

    On vous adore Monsieur Cauvin !

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  • Un grand homme ce Cauvin et aussi un grand nom de la BD. Les Tuniques Bleues ont marqué toute ma jeunesse. Adulte, sa série "Les Psy" m’a permis d’apprécier à nouveau son humour, beaucoup plus fin que ce que certains pourraient imaginer... Et je me régale toujours à me replonger dans les premières aventures de Blutch et Chesterfield... Tomes 5 à 27...

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  • En "retraite forcée " un créateur avec une pareille expertise ,qui a vendu 50 millions d’albums ,précurseur sur plusieurs points, alors que la BD a tant besoin de lecteurs !Il n’y a que dans le franco- belge que l’on peut voir une chose pareille,ailleurs....
    Ailleurs on le cajolerait,prenant conseil,on nourrirait sa créativité, pas si bêtes.
    Ailleurs on avance,ses cartes,surtout si c’est des atouts.

    Ceci explique peut-être cela sur la situation générale.Très éloquent sur un certain état d’esprit.

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