Reiser - Jean-Marc Parisis - Grasset

28 avril 2003 0 commentaire
  • Il y a vingt ans, disparaissait, beaucoup trop jeune, l'un des auteurs les plus virulents, mais aussi l'un des plus drôles, l'un des plus attachants, et l'un des plus humains: Jean-Marc Reiser. Star d'Hara-Kiri, de Charlie-Hebdo, lui qui donna leur revanche aux femmes, aux faibles, aux humiliés, lui qui donna l'hilarité à tous les animaux de la planète, lui qui défendit avant l'heure l'écologie et l'énergie solaire, se voit commémoré par la réédition d'une biographie qui lui fut consacrée.

Quand Reiser est mort en 1983, Hara-Kiri titra : " Reiser va mieux, il est allé au cimetière à pied. " Reiser n’est jamais arrivé au cimetière, il vit encore : l’humour et le sexe des années 2000 doivent presque tout à ses dessins incontournables.

Son Gros Dégueulasse au slip douteux est un mythe contemporain. Ses Copines aux seins rebelles sont toujours aussi affranchies et sexy. Son bestiaire, du rat à l’éléphant, préfiguration du zoo humain, est tordant.

Reiser, d’un trait jaillissant, survolté, inventa le dessin de moeurs. Il jonglait avec les idées et les fantasmes les plus fous. Mais que connaît-on de sa vie, foudroyée par le cancer à 42 ans ?

Sait-on qu’il est né (en 1941) d’une mère femme de ménage et d’un père inconnu qu’il soupçonna être un soldat allemand ? Sait-on qu’il pointa comme grouillot aux vins Nicolas avant de vivre la folle aventure d’Hara-Kiri, le journal " bête et méchant " du Professeur Choron et de Cavanna ?

Sait-on que cet anarchiste se passionnait pour les nouvelles énergies et l’architecture ? Et se souvient-on que Reiser, qui passe pour le voyeur le plus drôle des années 1970, fut en amour le charme incarné, l’ami des femmes, mieux, un féministe avant l’heure ?

Jean-Marc Parisis nous entraîne dans le fracas d’une vie en éclats, éclairée par de multiples témoignages et documents. La France de De Gaulle, de Pompidou, de Giscard, défile. La France des Trente Glorieuses, de Mai 68 et de la censure, dont Reiser, ce Céline de la BD, tira le portrait en rigolant. Au fil d’une biographie nerveuse et superbement écrite, on retrouve Coluche, Wolinski, Cabu, le chaudron sensuel de Charlie-Hebdo, une génération libertaire et blagueuse. Reiser a dessiné et colonisé notre imaginaire. Il est éternel.

(par Patrick Albray)

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Bien sûr, ce n’est pas le premier livre sur Reiser, Yves Frémion lui avait déjà consacré un sympathique essai, il y a près de trente ans, dans la collection "Graffiti" d’Albin Michel. A la différence de celui-ci, il était fort illustré. Mais il n’abordait pas sa vie privée, ce que celui-ci fait de manière fouillée, au travers de témoignages de proches de Reiser, que l’auteur n’a pas rencontrés (au contraire d’Yves Frémion).

Les deux livres se complètent donc, et la biographie écrite par Jean-Marc Parisis est passionnante. Elle nous fait découvrir un formidable être humain, elle nous rappelle l’auteur extraordinaire, unique, irremplaçable qu’était Reiser, et elle nous fait revivre trente années d’histoire de France. On lui reprochera cependant une certaine tendance aux belles phrases pseudo-littéraires qui font joli mais qui n’apportent pas grand chose.

L’essentiel est qu’il nous donne envie de nous replonger, encore et toujours, dans "Gros Dégueulasse", "La vie des Bêtes", "Phantasmes" et tout ce que Reiser nous a légué.

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