Remember - Benjamin - Xiao Pan

28 février 2006 0 commentaire
  • Troisième et dernière œuvre de la première livraison de Xiao Pan, le nouvel éditeur de BD chinoises. Mi-autobio, mi-fiction, cette collection d'histoires et de dessins d'un jeune auteur nous en met plein les mirettes.

Après l’adaptation d’un conte traditionnel et une histoire un peu SF et très noire, voici donc un album qui devrait impressionner pas mal de gens par la maîtrise graphique de Benjamin, son auteur, autant que par la versatilité de son style (même si on peut en préférer certains aspects à d’autres).

La première histoire, et la plus longue, dépeint un jeune dessinateur de BD qui fait face à la petitesse d’esprit de son éditeur, alors qu’une jeune femme, qui a elle abandonné ses rêves de dessinatrice, tombe amoureux de l’artiste. Le jeune homme est à la fois attachant et agaçant : ses difficultés face aux diktats de l’éditeur, qui ne veut rien qui puisse déranger le statu quo, coexistent avec des réactions infantiles face à la jeune fille, même si Benjamin rend petit à petit plus complexe les relations entre les jeunes gens (ou leur absence).
Le dessin de l’auteur est assez fabuleux : une énergie et une vitalité rares se dégagent de ces planches. Un style quasi photographique se mêle à des ambiances colorées monochromatiques du plus bel effet, et si la comparaison peut sembler un peu facile, tout cela semble tout droit sorti des premiers films de Wong Kar-Wai apparus sur nos écrans il y a une dizaine d’années, comme Chungking Express. En tout cas, le dessin donne une chair envoûtante aux propos de l’auteur.

Remember - Benjamin - Xiao Pan

La deuxième histoire, semble-t-il assez autobiographique, raconte le quotidien d’une bande de jeunes qui préparent un examen d’entrée à une école d’art. Dessinée avec un trait plus stylisé qui s’éloigne d’une vision objective pour aller au-delà de la surface des personnages, cette histoire arrive à montrer à la fois les espoirs de ces jeunes gens et le comportement haineux de certains d’entre eux envers un garçon de la campagne qu’ils ont élu comme souffre-douleur. L’histoire est tenue jusqu’au bout, et la conclusion elle aussi a un touchant goût doux-amer.

Le reste de l’album est composé d’illustrations pleine page, le plus souvent de jeunes femmes, des commentaires de l’auteur accompagnant ces dessins. On retrouve ce mélange de ton attachant et agaçant dans ces commentaires, en particulier dans les pages qui suivent les deux histoires. L’autodénigrement, c’est amusant cinq minutes... Mais ces illustrations sont suffisamment variées et remarquables pour faire oublier ce petit défaut.

Le travail de Benjamin méritait sans aucun doute d’être présenté au public francophone. Son talent de dessinateur et de coloriste est incontestable, et le ton à la fois réaliste et légèrement mélo de ces histoires devrait accrocher nombre de lecteurs. Signalons enfin la qualité d’impression de l’album, et il ne nous reste plus qu’à attendre avec impatience les prochaines découvertes que nous feront faire les éditions Xiao Pan.

(par François Peneaud)

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