Rivages / Noir et Casterman s’associent dans une collection de BD

20 mai 2008 2 commentaires
  • La rencontre de deux amoureux des polars a permis la création d'une nouvelle collection, hybride entre la littérature et la bande dessinée. L'occasion pour de grands dessinateurs de laisser leur fibre créatrice s'imbiber de noir.

Ainsi que nous vous en parlions précédemment, Casterman s’est associé à l’éditeur littéraire Rivages pour adapter en bande dessinée les grands succès de ce catalogue de polars. François Guérif, créateur de Rivages/Noir mais également passionné de bd, nous explique la genèse de cette nouvelle collection

Rivages / Noir et Casterman s'associent dans une collection de BD
François Guérif, co-directeur de la collection

 : "J’ai rencontré Matz, scénariste entre autre du Tueur et du Plomb dans la tête, mais également comme écrivain [1], à un colloque dédié au polar, en 99. Nos intérêts respectifs pour ce style littéraire et la bande dessinée nous ont permis de rapidement lier des liens d’amitiés, et nous avons alors imaginé de réunir ces deux passions en adaptant ces romans en BD. Bien entendu, d’autres s’y étaient déjà essayé, parfois en se cassant les dents, mais nous avions une idée bien précise de ce qu’il fallait éviter : forcer la vision de l’artiste et cadenasser l’adaptation dans un carcan trop rigide !"

"Nous voulions effectivement préserver un format attractif et original d’une maquette commune, tout en donnant une quasi-liberté à nos auteurs, poursuit Matz, co-directeur de cette collection Rivages/Casterman/Noir. "Ainsi, nous leur proposons une liste de romans, mais ils sont tout à fait libres d’en sortir. D’ailleurs, beaucoup d’auteurs ont affirmé leur goût pour le polar, et leurs préférences en la matière. On leur laisse le choix de s’entourer d’un collaborateur pour adapter le livre. De plus, la pagination est libre, ainsi que l’option noir et blanc, ou couleur. Nous voulons vraiment éviter la standardisation qui tue la création !

Matz & Miles Hyman, un duo de ’fureur’

Nuit de fureur - Dans l’Amérique profonde des années 40, un tueur à gages au physique ingrat d’un adolescent tente d’abattre sa cible sans flancher face au shérif qui le soupçonne et à la folie qui le guette. Adapté par Matz, ce roman très noir de Jim Thompson est un petit bijou de faux semblants. Le personnage central est oppressé de toutes parts, nous explique le dessinateur Miles Hyman, Il y a une telle subjectivité brutale chez lui, que j’ai utilisé beaucoup de cadrages serrés ou de plans très éloignés pour que le lecteur doive s’identifier à ses malaises. Après plusieurs albums chez Futuropolis, plutôt basés sur l’illustration de textes, Miles Hyman fait vraiment ses premiers pas dans le 9° art, et avec une grande réussite : les atmosphères sont prenantes tout en donnant beaucoup d’importance aux ambiances générales, rehaussées par de magnifiques couleurs, très locales.

Sur les quais - New York, années 50. La vie quotidienne des dockers est régie par un syndicat mafieux : intimidation, passage à tabac, chantage, assassinat, etc. Le jeune Terry Malloy, ancien boxeur et frère d’un gros bras, devient témoin malgré lui de ces exactions. Que faire ? Taire ces injustices ou briser la loi du silence, comme le supplie le prêtre de la paroisse ? Georges Van Linthout s’est très fort inspiré du film d’Elia Kazan avec Marlon Brando pour adapter ce roman : "Certaines images vous marquent toute votre vie et ce film est l’un de ceux qui m’a donné envie de faire de la bande dessinée. Cet aspect social et l’ambiance du polar noir m’ont profondément passionné. Elles gardent une grande pertinence actuelle. J’ai voulu tout d’abord m’éloigner du film, mais cela ne collait pas. J’aime les clichés, et je pense qu’il faut savoir jouer avec ceux-ci : j’ai donc laissé les images sortir de moi, dans un noir et blanc qui semblait incontournable."

Pauvres Zhéros - Dans un village de la France profonde, un enfant handicapé disparaît lors d’une promenade scolaire en pleine nature. L’occasion pour porter un regard sur l’orphelinat dévoyé et le mouroir pour vieillards surexploités. L’ordre républicain, pourtant, exige que l’on recherche l’enfant. Et que l’on aille fouiner, peut-être, dans les petites affaires des deux locquedus du village, loosers absolus d’un monde étouffant qui n’épargne pourtant personne. À l’aise dans cette misère sociale que il continue à traiter, Baru donne une nouvelle preuve de son talent dans la création de personnages, certes bêtes et méchants, mais qui ne sont finalement que modelés par les circonstances de leur milieu.

Pierre qui roule - New York, 1969. Fraîchement sorti de prison, John Dortmunder se voit proposer un coup : voler une pierre précieuse pour un commanditaire africain. Il commence à recruter l’équipe de choc qui assurera le raid sur l’émeraude, sans se douter que les difficultés vont s’amonceler. Pourtant, quand la machine est en route, impossible de faire marche arrière ! Dans une grande virtuosité graphique, Lax nous donne une vision très enlevée d’une histoire de ’casse’. Les péripéties s’enchaînent sans temps mort, et on suit avec beaucoup d’amusements de ce récit, digne classique du polar.

Avec cet immense réservoir (plus de 700 titres à l’heure actuelle), Rivages/Casterman/Noir proposera une vision large du polar : anglo-saxon, français, contemporain ou plus rétro. De plus, le choix des auteurs, et la liberté qui leur est laissée, nous permettra de profiter sans doute d’excellentes adaptations, à l’image de ces quatre premiers opus, aussi différents qu’intéressants, qui viennent de lancer cette collection prometteuse.

Chaque année, une demi-douzaine d’albums devraient sortir, quatre au printemps et deux à l’automne. Prochainement, Trouille de Joe Pinelli & Bocquet, ainsi que Shutter Island par Christian De Metter, alors que Martin Scorcese est en train de l’adapter pour le cinéma : la comparaison sera intéressante à plus d’un titre.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Voir l’interview vidéo de Christian Lax à propos de Pierre qui roule

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Lire notre article traitant de l’exposition des planches à Bruxelles

Les illustrations sont © Rivages/Casterman/Noir.
Photos : CL Detournay

[1Matz, de son vrai nom Alexis Nolent, a écrit un roman, Résidence surveillée, paru chez Denoël et a traduit Pierre qui roule de Donald Westlake – Lax, aux éditions Rivages/Noir.

 
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2 Messages :
  • Pour le "Sur les quais", il aurait été tout aussi bien de publier le story-board de Elia Kazan, plutôt que ce livre inutile, redondant et bancal qui fait bien pâle figure à côté du chef-d’oeuvre qu’est le film de Kazan. Pourquoi faire ce genre de livres, fainéantise de l’auteur de creuser le texte original..., c’est bien triste.

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  • Un graphiste outré
    21 mai 2008 10:45, par Philippe

    Houlala, la fausse bonne maquette, avec un principe graphique qui ne tiens même pas la route des trois premiers livres, les cartouches qui se baladent un peu partout selon la place qu’il y a sur le dessin, alors qu’il fallait IMPOSER un cartouche toujours placé au même endroit et des illustrations composées en conséquence. De plus la hiérarchisation des informations est bordélique, le nom de l’écrivain en gros, si son nom n’est pas trop long, et ceux "des adaptateurs", ben c’est selon la place qu’il reste dans le cartouche, alors un coup c’est gros (baru), un coup c’est tout petit... ben fallait faire rentrer tout ça... Je vais pas vous refaire le truc, mais il était si simple de créer un cartouche pour l’écrivain, pour qu’en plus l’information soit claire, parce que là si on ne le connait pas, ben on se demande qui à fait quoi, et un cartouche pour les "adaptateurs"... enfin bon c’est un travail tout ça, alors s’entousiasmer comme on l’entend sur ces "beaux livres", faut pas pousser. Mais ça m’énerve quand ça aurait pu être bien.

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