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Scarlet Traces - Ian Edginton & D’Israeli - Kymera

Par François Peneaud le 17 septembre 2005                      Lien  
Depuis sa première publication en 1898, {La Guerre des Mondes} a connu bien des avatars (et un bon nombre d'avanies). Heureusement, {Scarlet Traces} fait partie des meilleures suites imaginées au grand roman de H.G. Wells.

Londres, dix ans après l’invasion martienne avortée. Les Britanniques ont mis la main sur la technologie ennemie, et s’en sont servi pour asseoir leur influence mondiale. L’Empire ne s’est jamais mieux porté.

Quand des cadavres desséchés commencent à apparaître sur les rives de la Tamise, le lecteur comprend qu’il y a quelque chose de pourri dans le Royaume. Deux des personnages principaux de l’histoire sont alors introduits : le major Robert Autumn et Archibald Currie, son serviteur et ancien aide de camp. Les deux hommes qui vivent tranquillement au coeur de la capitale apprennent que le frère de Currie est descendu de leur Écosse natale à la recherche de sa fille, disparue après être venue à Londres trouver un travail. Ils vont s’engager dans une enquête qui révèlera l’abominable secret qu’abrite la spectaculaire réussite de leurs compatriotes.

Scarlet Traces - Ian Edginton & D'Israeli - Kymera
Londres après la reconstruction

Ian Edginton et D’Israeli [1] ont créé un étonnant album qui se démarque fortement des autres suites données au roman de Wells [2]. L’ambiance est très sombre, et si la peinture d’un Empire britannique bâti sur un grand mensonge n’est pas original (voir l’excellent Ministère de l’espace), le traitement mêle intelligemment histoire réelle et élements de science-fiction. L’état dans lequel est laissé l’Écosse par ce Royaume-Uni de fiction rappelle les problèmes de l’Irlande, avec les famine et révolte des travailleurs qui s’ensuivirent ; et le soin apporté par les auteurs à la création des machines dérivées de la technologie martienne démontre leur volonté de créer un monde réaliste, ce qui passe également par la psychologie et les actions des différents personnages.

Le major Robert et Currie, son serviteur

Comme on peut le voir sur les cases qui illustrent cet article, D’Israeli, responsable aussi bien du dessin que des couleurs, propose une synthèse d’esthétiques comics et BD franco-belge, avec une narration solide, des décors étudiés, des couleurs chaudes qui contribuent grandement à l’ambiance visuelle, des personnages typés et crédibles, ainsi qu’un souffle épique où la grandeur des réalisations de l’Empire le dispute à l’horreur de ce qui a permis l’arrivée de ces machines fabuleuses [3].

Scarlet Traces est un des ces albums où le scénariste et le dessinateur semblent en accord parfait - et au même niveau de qualité, l’un ne volant jamais la vedette à l’autre, ce qui amène un plaisir de lecture indéniable. La fin, très ouverte, donne envie de lire une suite à cette histoire... et les deux auteurs se retrouveront l’année prochaine pour Scarlet Traces : The Great Game ("le grand jeu"/"le grand gibier"). L’Empire britannique n’a plus qu’à bien se tenir.

(par François Peneaud)

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Les deux complices publient en ce moment-même sur le site de Dark Horse, l’éditeur américain de Scarlet Traces, une version en BD du roman original de Wells. Très recommandé, même pour les non-anglophones qui, s’ils connaissent l’histoire, devraient pouvoir suivre sans trop de problème.

Il y a plusieurs années, D’Israeli avait réalisé avec le scénariste Warren Ellis une BD de SF très déjantée intitulée Lazarus Churchyard (maintenant éditée chez Image). L’une des histoires est disponible sur le net chez ArtBomb.

[1De son vrai nom Matt Brooker. L’artiste a adopté ce pseudonyme suite aux déclarations d’une de ses grands-mères, qui affirmait qu’elle descendait de Benjamin Disraeli, un premier ministre britannique du XIXème siècle. Celle-ci aida financièrement son petit-fils à ses débuts, en demandant que son lien avec le célèbre politicien soit célébré d’une façon ou d’une autre...

[2Voici une page qui en dénombre un paquet.

[3Il faut aussi noter le très sympathique carnet de croquis qui complète l’album, pratique de plus en plus répandue chez les éditeurs américains.

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3 Messages :
  • > Scarlet Traces - Ian Edginton & D’Israeli - Kymera
    16 octobre 2005 01:58, par Fredo ;)

    Dure à trouver mais je ne regrette pas l’attente !
    C’est du matos qui mérite une meilleur exposition.
    Je vais em ruer sur mon bon vieux roman de la Guerre des Mondes que je n’ai jamais lû !

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    • Répondu par François Peneaud le 16 octobre 2005 à  09:45 :

      Les éditions Kymera ont changé récemment de distributeur, leurs livres devraient être plus faciles à trouver désormais.

      L’adaptation du roman de Wells par Edginton & D’Israeli va sortir en album aux États-Unis. Peut-être un éditeur français décidera-t-il de nous en proposer une VF...

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      • Répondu par Fredo ;) le 17 octobre 2005 à  15:43 :

        Et bien j’espère lire ça chez Kymera, en tout cas, je suis client de ce genre de matos, c’est rafraichissant.

        Répondre à ce message

PAR François Peneaud  
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