Tajikarao, l’esprit de mon village (tomes 1 à 4) par Jimpachi Môri et Kanji Yoshikaï - Delcourt

18 août 2003 0 commentaire
  • Dans l'Ile de Kyùshù, au sud du Japon, un hameau isolé, Yamagami, lové dans les montagnes, est un havre de paix à la nature luxuriante dont le joyau est une splendide rizière naturelle à étages, alimentée par Iwato, une source mythique que surplombe un rocher étrange en forme de phallus.

Deux jeunes musiciens tokyoïtes vivant une vie de bohême, Tetsuo et Yusuké, à la fois à la recherche d’authenticité et de frissons, aboutissent dans cette contrée perdue à la circonstance d’une panne de voiture. Ils y découvrent une réalité étrange : du fait de l’exode des jeunes vers les villes, fuyant des conditions de vie ancestrales d’une grande rudesse, le village n’est plus peuplé que de vieillards, si ce n’est une belle et envoûtante jeune fille, Hinano. Les habitants du village reçoivent nos deux jeunes gens comme une bénédiction. Est-ce là ceux qui vont redonner vie à la bourgade ?

Pourtant, c’est un de ces jeunes qui a fui le hameau qui va lui porter le coup funeste : endetté vis-à-vis de yakuzas d’Osaka, il est incapable de rembourser ses débiteurs et vient se cacher dans son village natal. L’organisation mafieuse n’apprécie pas que les habitants du village fassent bloc autour du fugitif. Deux de ses agents ont disparu, semble-t-il tués par les défenseurs du jeune homme. Il n’en faut pas moins pour que le patron des yakusas imagine une opération immobilière dont Yamagami fera les frais. Un maire corrompu décide d’autoriser l’établissement, dans ce lieu paradisiaque, d’une usine de traitement de déchets. Mais c’est compter sans le dieu Tajikarao, le protecteur tutélaire d’Iwato, dont Yusuké, l’un de nos deux jeunes tokyoïtes, deviendra l’instrument.

Ceux qui soupçonnent les mangas de sacrifier à la niaiserie et au simplisme trouveront ici de quoi les contredire. Le scénario semble, de prime abord, relever de la fable rurale empreinte d’une nostalgie aux effluves traditionalistes suspectes. Mais très vite, le récit s’emballe, les dieux lares trouvant même dans l’Internet le moyen de plaider leur cause ;le constat sociologique se double soudain d’une réflexion sur le conflit des générations et sur la marche du monde. Ajoutez à cela une histoire d’amour, des combats virils, une vengeance d’outre-tombe, la dénonciation de la fausseté du discours politique qui sont au menu de ce long roman de plus de 1000 pages et quatre volumes au rythme haletant.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Même si le graphisme soufre parfois de la rapidité de l’exécution, il n’en reste pas moins que Tajikarao, L’Esprit de mon Village , est un choix qui honore l’équipe d’Ataka et Delcourt, son éditeur nouvellement converti à l’édition de mangas en France.

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