Transmetropolitan T1 - Par Warren Ellis et Darick Robertson (trad. Jéremy Manesse) - Urban Comics

7 mars 2014 4 commentaires
  • Difficile de se souvenir exactement ce qui attire le plus l'attention dans les premières pages de Transmetropolitan : le journaliste au langage brut qui occupe le premier rôle avec son air d'ermite halluciné, qu'on n'oserait voir comme un hommage à un certain M. Moore ? L'univers de science-fiction aux tendances cyberpunk et son esthétique clinquante qui interpelle le regard ? Ou bien le subtil mélange des deux ? Une chose est sûre, l'auteur a réussi à capter notre attention...

On suit les péripéties de Spider Jerusalem, ancien journaliste et écrivain de renom retiré à la montagne depuis cinq ans, devant bon gré mal gré reprendre le chemin de La ville pour clôturer un contrat ; une occasion pour lui de reprendre son statut et de redécouvrir, avec nous, une ville en mutation constante.

Bien vite, sur la seule qualité de son renom, Spider se retrouve à la tête d’une chronique dans un journal, avec un éditeur aux fesses pour le rappeler à sa ponctualité. Qui, très vite débordé par l’exubérant personnage, lui confie une assistante pour tenter de le canaliser, offrant ainsi un panel de personnages variés, même si Spider demeure au centre de toutes les attentions. C’est donc avec cette équipe de choc que nous allons découvrir La ville.

Transmetropolitan T1 - Par Warren Ellis et Darick Robertson (trad. Jéremy Manesse) - Urban Comics

Classique tour de passe-passe permettant d’appréhender la ville au rythme de l’acclimatation de Spider, et de ne pas se perdre en route par la richesse du monde décrit, guidé par notre protagoniste. Warren Ellis évite ainsi un classique écueil si propre à la science-fiction en nous livrant un univers certes riche, mais surtout réfléchi, cohérent et jamais grotesque.

Et pourtant, il ne se prive pas pour perdre le lecteur dans les méandres les plus profonds du grand n’importe quoi -mais toujours structuré-, en brassant nombre de thèmes avec une évolution constante dans le ton de ses histoires, passant avec facilité de la légèreté cynique du sarcasme à des inflexions plus graves lorsqu’il s’agit de ne pas diminuer d’intensité les épisodes plus dramatiques qui parsèment le récit.

Vibrant hommage au journalisme gonzo [1] et à son créateur Hunter S. Thompson, dont le héros est un avatar, cet ouvrage explore avec un violent cynisme les rouages d’un univers futuriste qui est le sien, et par là le nôtre.

Eh oui c’est bien de la SF : même les chats fument.
Transmetropolitan T.1 © - Urban Comics

Le consumérisme, la religion, l’hégémonie culturelle, la politique, l’idéalisme vérolé et ses militants ambitieux et arrivistes, sont autant à subir les foudres railleuses de notre héros Spider Jerusalem : des nouvelles techniques publicitaires ultra-invasives à la prolifération galeuse de nouvelles religions recyclant les charlatans ; de la guerre du verbe qui a vu disparaître le français qui a eu l’outrecuidance d’exister face à la suprématie anglo-saxonne ; de ces nouveaux hippies qui prônent un mode de vie différent et sont dirigés par rien de moins qu’un arriviste ambitieux et mégalomane aux allures de gourou, jusqu’à un système totalitaire qui n’hésite pas à employer la manipulation et la force uniquement pour assurer son emprise psychologique. Autant de sujets qui ploient sous les coups caustiques de spider...

Loin de présenter son héros comme un "serviteur du bien", le récit met en scène un être obsédé par la vérité, quel qu’en soit le prix. Le personnage de Spider se retrouve ainsi bien souvent à devoir assumer les conséquences de son cynisme débridé.

Spider, en quête de vérité.
Transmetropolitan T.1 © - Urban Comics

L’album est servi par un dessin précis et toujours juste, avec des couleurs pops et vives qui rendent compte du flot d’informations transmises par des affichages publicitaires qui parasitent autant la cité que l’esprit de notre héros. L’acidité des situations mises en scène confère une ambiance cyberpunk déjantée particulière à La ville, tout en rendant parfaitement compte des différents états d’esprits des protagonistes. C’est simple, c’est efficace et surtout beau.

Intéressant dans la réflexion sur la société qu’il propose, porté par le caractère de son héros, Transmetropolitan est finalement à l’image de ce dernier : parfois brillant, déjanté, intrigant, dynamique et surtout un personnage avec lequel on ne s’ennuie pas.

(par Vladislav JEDRECY)

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[1 : Le fait de s’immerger de façon jusqu’au-boutiste dans un milieu pour réaliser un article, Transmetropolitan illustrant parfaitement cela.

 
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4 Messages :
  • "Le consumérisme, la religion, l’hégémonie culturelle, la politique, l’idéalisme vérolé et ses militants ambitieux et arriviste"

    On dirait l’évolution du monde de la BD ces dernières années suite à son mouvement de gentrification !C’est vraiment fendard !Quant au reste du paragraphe,il suffit de changer quelques mots par d’autres plus contextualisant et, on continue sur la même ligne de plus belle...

    Mais quel est donc le cancre,au fond de la classe,à gauche, à côté du radiateur ,habituellement occupé à tuer son ennui en noircissant les marges de son cahier de petits dessins, qui sournoisement cri :DES NOMS DES NOMS ?

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  • Réédition de luxe de Transmetropolitan
    10 mars 2014 00:34, par Simon

    Ah oui, Transmet’ ! J’ai l’ai bien connu, chez Vertigo... C’était une bonne série, publiée au tournant du millénaire. Pas vraiment de la science-fiction (comme 2001 l’Odyssée de l’espace), plutôt de l’anticipation socio-politique (comme Orange mécanique) veinée de cyberpunk.

    (Quel dommage pour les monolingues qu’il leur faille attendre si longtemps que des incontournables d’Alan Moore, Dave Sim, Will Eisner, Neil Gaiman, Warren Ellis et autres, traversent l’Atlantique en pédalo, alors qu’un dico et un mois suffisent à se remettre à l’anglais par les comics.)

    Cela dit, ne serait-il pas utile d’indiquer que là, c’est une réédition de luxe ? La même traduction avait déjà paru en six tomes (condensant les dix volumes en anglais) vers 2008-2010 chez Panini.

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    • Répondu par Oncle Francois le 10 mars 2014 à  10:40 :

      Là, ce n’est pas du super-zéros bourrin, donc pourquoi pas ? Mais est ce bien en français ? On peut en douter au vu des illustrations qui ornent cet article. Et en quoi consiste le luxe (à défaut de luxure. arf arf !°) de cette réédition ? Ya t’il des boni vis à vis des précèdentes ?

      Enfin, j’approuve le commentaire de Simon, qui plaint les monolingues, condamnés à attendre les versions françaises : effectivement, il vaut mieux maitriser les langues étrangères, mais surtout celle de Cuni.

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      • Répondu par Vladislav JEDRECY le 11 mars 2014 à  00:44 :

        @Simon : ce n’est pas une édition deluxe, juste qu’Urban réédite grosso modo tout le catalogue de Panini - enfin ce qui va bien se vendre, donc surtout vertigo si on tape dans le non super-héros - ; tous les comics d’Urban sont sous ce format épais et rigide.

        Pour le reste vous n’êtes que des sots, rien n’égale le bonheur ineffable de lire une oeuvre dans la plus belle langue du monde. Fût-elle être mal traduite, il n’en restera pas moins grand.

        J’ajouterais que les traductions française permettent une meilleure diffusion auprès d’un public plus jeune, même si ce n’est pas vraiment le public cible ici.

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