Ultra Heaven : tome 1 & 2 - Keiichi Koike - Glénat

1er avril 2008 0 BD d’Asie par Charles-Louis Detournay
Éditeur : Glénat
  • Un jeune drogué se procure une substance interdite qui va l'entraîner à la jonction du rêve et de la réalité, au bout de ses possibilités. Une série ambitieuse et innovante, mais dont la construction et le graphisme pourront dérouter.

Dans un monde futuriste où l’usage des drogues est encouragé par tous les médias, un homme, toujours en quête de sensations fortes, recherche la drogue ultime, celle qui abolirait les frontières entre rêve et réalité. Sa quête le mène jusqu’à l’Ultra Heaven, une substance d’un genre nouveau, tellement expérimentale qu’elle ne circule que sous le manteau. Il décide de la tester, sans imaginer les conséquences que ce choix aura sur sa vie…

Ultra Heaven : tome 1 & 2 - Keiichi Koike - Glénat
Une des pages les plus ’spéciales’ de cette histoire !

Paradis artificiel et enfer de la défonce, voilà le contraste tristement classique présenté par Keiichi Koike. On pourrait alors croire que son scénario ne sera qu’un apprentissage des drogues, ponctué par un suite de poncifs qui ne laisserait au lecteur que peu de place à la réflexion. Il n’est heureusement rien. Même s’il évoque peu le futur dans lequel il situe l’action, on saisit rapidement la critique du système mis en place : une dépénalisation réglementée pour satisfaire la demande des salarymen, trop las pour tromper autrement leur ennui. Mais plus loin encore, Ultra Heaven est une recherche sur les sensations de chacun, et sur les raisons de cette évasion artificielle.

Loin des mangas linéaires, décomposés en chapitres facilement assimilables, et parfois dénués de construction avancée, le récit présente un schéma de plus en plus complexe, voire torturé, pour entraîner le lecteur dans la confusion et la panique du héros. On perd graduellement le peu de repères posés par le début de l’histoire et par une trame initialement basique ; on tombe dans une suite saisissante de tableaux alternant onirisme et réalisme sans pouvoir distinguer avec certitude l’un de l’autre. Malgré cette déstructuration du récit, on suit l’ensemble avec frénésie, devenant même accro pour tenter de percevoir le vrai du faux, pour autant que la chose soit possible.

Côté graphisme, on est tout aussi bien servi ! Doublant le caractère ambigu du scénario, les planches présentent un découpage tantôt régulier, tantôt particulier jusqu’à devenir un amalgame d’images figurant l’incohérence sensorielle du héros. Cela rappelle les premiers découpages avant-gardistes d’Andréas, mais surtout certains récits de Moebius et de Georges Bess. On est réellement aspiré par ce flot de dessins, tournant les pages pour souffler dans les moments calmes, mais pour se rendre compte que l’apparence quiétude n’était qu’un leurre. Le second tome pousse encore plus loin ce principe fou en doublant le trip chimique à la technologie pour amplifier les niveaux de conscience. S’ensuit alors un très longue scène prenant presque tout le volume, mais qui n’apparaît durer qu’un faible temps, tant on se sent entraîné dans leur voyage psychédélique.

Vous l’aurez compris, ce récit ne s’adresse pas à tous les lecteurs : il faut pouvoir suivre l’auteur dans ses délires scénaristiques et graphiques tout en ne prenant pas au pied de la lettre ce monde dénué de tabou sur la drogue. Ce manga est fumé, souvent compliqué à suivre, mais vraiment intéressant, pour ne pas dire hallucinant !

(par Charles-Louis Detournay)

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