Un déchirant adieu au Congo belge

9 septembre 2010 0
  • Après avoir bouclé deux tomes de la série {France de Riga}, {{Séraphine}} s’est associée avec l’écrivaine {{Thilde Barboni}} pour un récit se déroulant en 1960, en Belgique, dont les ressorts de l’intrigue sont liés à la décolonisation belge et les tensions politique de l’époque. {Rose d’Elisabethville} est un album subtil. Un écrin qui permet à Séraphine de s’épanouir graphiquement.

Juin 1960. Des journalistes belges reviennent du Congo où ils ont couvert les discours prononcés par le Roi Baudouin et Patrice Lumumba, qui ont acté l’indépendance de l’ex-colonie belge. Parmi eux, Éric Vermeer un journaliste engagé et aux idées avant-gardistes. L’homme ne peut retenir sa rage devant Rose, son épouse, quant il s’aperçoit que la rédaction de son journal a censuré son article sur l’événement. Il heurtait prétendûment la sensibilité des lecteurs en reportant le discours courageux de Lumumba qui, face au monarque belge et aux édiles des deux peuples, a rappelé la face sombre de la colonisation. Rose, elle, pense à son enfance, qu’elle a passée au Katanga. Une page vient en effet d’être tournée le 30 juin 1960.

Un déchirant adieu au Congo belge
Extrait de "Rose d’Elisabethville"
(c) Séraphine, Thilde Barboni & Dupuis

Quelques jours plus tard, un homme se présente au domicile du couple. Il est l’homme de confiance de Raoul Van Lancker, un ami de la famille. Ce dernier est mourant et tient à ce que deux colis et une lettre soit remis en main propre à Rose. La missive est à ouvrir après sa mort. Les colis contiennent un masque africain, et une jolie pierre montée sur un pendentif. Éric et Rose décident de confier le masque au Musée de Tervuren (le Musée du Congo Belge, qui a été rebaptisé, en 1960, Musée de l’Afrique centrale). À peine a-t-elle remis le masque au conservateur qu’un homme tente de lui voler la pierre en pleine rue. La jeune femme se retrouve impliquée dans une ténébreuse affaire d’héritage, de course au trésor et d’extorsion !

En filigrane, le duo d’auteures qui conduit ce récit aborde en douceur les grands événements qui se sont déroulés au Congo dans les six mois qui suivirent l’Indépendance : Les convoitises suscitées par les mines de diamants du Katanga, l’assassinat de Patrice Lumumba, le rôle des mercenaires de tous bords et de la CIA qui tentent de tirer leur épingle du jeu…

Thilde Barboni est parvenue à évoquer ces événements avec tact, tout en livrant un récit rythmé, une intrigue bien ficelée, et surtout des personnages attachants et marquants. Leur personnalité transparaît dès les premières pages. Rose, par exemple, est une femme moderne et de son temps. Elle comprend la détresse des « colons » qui ont tout perdu avec l’Indépendance, mais aussi le besoin de liberté et d’émancipation des Congolais.

Extrait de "Rose d’Elisabethville"
(c) Séraphine, Thilde Barboni & Dupuis

Rose d’Élisabethville nous doit aussi le retour de Séraphine. Elle parvient grâce à ses crayonnés réalistes, mis en couleur délicatement par Alice Moons avec l’aide de l’outil informatique, à apporter une justesse de ton au récit. De nombreuses pages ou apparaissent Rose et Hortense (une amie africaine de Rose) sont d’une finesse exemplaire. Elle parvient à de nombreux moments à produire un charme indicible, comme le fait si bien Jean-Pierre Gibrat, un attrait mystérieux si difficile à retranscrire par le dessin.

Nous reviendrons prochainement sur cet album, publié dans la collection Aire Libre, dans un entretien avec ses auteures.

(par Nicolas Anspach)

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Lien vers les sites de Seraphine et Thilde Barboni

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