Un numéro de la revue Lire consacré à Goscinny

27 octobre 2007 3 commentaires
  • Beaucoup plus de pudeur et d'hommages que de révélations croustillantes dans cette "vie secrète de Goscinny".

Une fois encore le magazine Lire consacre l’un de ses hors série à la Bande Dessinée ; après Tintin, Astérix ou Corto Maltese c’est au tour de René Goscinny de faire la une du magazine littéraire.

Sous le titre accrocheur « La vie secrète de René Goscinny » ce numéro nous propose un portrait particulièrement fouillé et très documenté du papa d’Astérix. Trente après sa mort (le 5 novembre 1977) celui que François Busnel, directeur de la rédaction n’hésite pas à qualifier d’écrivain est tout particulièrement présent dans les librairies, année anniversaire oblige ! Ce numéro spécial de la revue littéraire reste conforme à ses marques de fabrique : information claire et sérieuse, témoignages d’écrivains ou de personnalités et iconographie abondante. Une lecture facile, agr&able et rapide.

On n’échappera pas aux incontournables témoignages et récits anecdotiques des différents collaborateurs de l’ancien rédacteur en chef de Pilote. Uderzo, Sempé, Tabary , Gotlib se bousculent pour rendre hommage à l’un des scénaristes les plus doués et les plus prolifiques de sa génération. Mais c’est l’écrivain qui reste ici au centre de l’objectif, Lire rappelle à ceux qui auraient tendance à ne voir dans Goscinny qu’un amuseur talentueux que ce fut ( et c’est toujours !) un écrivain cultivé, amoureux des mots (Je le formerai seul, le triumvirat ! ), inventeur de formules (Le ciel nous tombe sur la tête) ou de proverbes indélébiles (Tous les étés, les Ibères deviennent plus rudes !). Cette dimension du personnage longtemps occultée avec politesse est ici mise au premier plan avec talent.

Si les aficionados du petit gaulois redécouvriront des hommages déjà publiés ailleurs, certains apprécieront les contributions d’Alain Rey, d’Alexandre Jardin ou encore de l’historien Pascal Ory. D’autres enfin se délecteront des quelques inédits judicieusement choisis par la rédaction du journal comme illustrations du talent multiple de notre homme. Bien entendu parmi eux, figure un inédit du Petit Nicolas, petit bijou d’humour naïf et de poésie enfantine.

Du scénariste au cinéaste en passant par l’humoriste ou le dessinateur aucun aspect de l’œuvre n’est négligé. L’ensemble est comme d’habitude abondamment illustré et permet faire le tour du personnage pour un budget très raisonnable.

Sur plus de cent pages, le magazine apporte une belle contribution à une meilleure connaissance d’un des pères de la BD moderne..

(par Patrice Gentilhomme)

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Lire, Hors série n° 6, La vie secrète de Goscinny en kiosque 7,50 €

 
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3 Messages :
  • Un numéro de la revue Lire consacré à Goscinny
    28 octobre 2007 10:27, par Poisson Radieux

    celui que François Busnel, directeur de la rédaction n’hésite pas à qualifier d’écrivain

    Je chipote peut-être, mais votre phrase semble sous-tendue par une hiérarchisation implicite des genres, qui a tendance à m’exaspérer dès que je la vois (et qui est assez inattendue sur ce site).

    Si l’on part du principe qu’un scénariste de bande dessinée n’est pas un écrivain (admettons), on pourra cependant noter que Goscinny est l’auteur du Petit Nicolas, qui bien que mariant texte et image, n’est pas une bande dessinée. Vous employez (ou F. Busnel emploie) le terme d’"écrivain" comme s’il s’agissait d’un degré d’excellence, alors que cela tient plutôt à la nature de ce qui est écrit. Et dans ce cas, il ne fait aucun doute que G. est un écrivain, comme Jodorowsky est un écrivain (puisqu’il a écrit plusieurs romans). Et aussi, pour les deux, d’excellents scénaristes et auteurs de bande dessinée.

    Ceci me fait penser un peu aux louanges qui avaient accompagné la sortie de Maus, dont certains critiques ont pu dire à l’époque qu’il s’agissait de "vraie" littérature. Littérature, je n’en sais rien, mais avant tout une excellente bande dessinée (ou "roman" graphique - encore une étiquette trompeuse et agaçante - , ou ce que l’on voudra d’ailleurs).

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    • Répondu par Alex le 28 octobre 2007 à  23:42 :

      Un scénariste de bande dessinée n’est pas un écrivain -si l’on s’en réfère à sa production pour le genre. Car son oeuvre n’est pas définitive et finale et n’a qu’une valeur intrinsèque anecdotique (il en est de même pour les croquis du dessinateur). Son travail requiert une mise en image.

      Les critiques accordent de temps à autre cette distinction contestable à la bande dessinée, qu’elle puisse avoir une valeur littéraire. C’est, je suppose l’avantage d’un genre -le roman- qui bénificie d’un siècle d’avance par rapport à la bd dans l’industrie du divertissement.

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    • Répondu par Patrice Gentilhomme le 29 octobre 2007 à  10:19 :

      On pourrait certes "chipoter" comme vous dites, sur l’opportunité du terme écrivain. Il n’empêche que sa formulation dans une revue littéraire de forte audience participe (à mon avis !) d’une vraie reconnaissance du travail de scénariste. Il n’y a encore pas si longtemps que celui-ci était souvent le grand oublié des articles consacrées à la BD dans la presse généraliste.
      Je ne suis pas convaincu que la BD perde son âme ou sa spécificité lorsqu’on parle d’écrivain ; à condition évidemment de ne pas oulier la spécificité de son écriture. Goscinny, Charlier, Giroud, Dufaux et tous les autres ; seulement des écrivains ? Non des écrivains aussi !

      Merci de votre lecture attentive et passionnée.

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