Amruta Patil, l’autre facette de la bande dessinée indienne

11 novembre 2008 0 commentaire
  • Après la découverte des univers déjantés de Sarnath Banerjee, voici un nouveau roman graphique indien, sur le mode de l’autobiographie existentialiste, premier volet d’une trilogie, dont l’auteur est une femme.

Disons-le sans détour : Kari mérite que l’on s’y intéresse au-delà de l’engouement actuel pour tout ce qui vient d’Asie. Si l’entame de cette histoire reprend le thème, cher à cette partie du monde, du double suicide des amants, il s’agit de l’une des rares concessions d’Amruta Patil à la tradition, pourtant si vivace, sous de multiples formes, en Inde. Car cette métaphore de la rupture amoureuse met fin à une liaison passionnée entre deux femmes. À laquelle Kari, le personnage principal, tente de survivre, après être tombée d’un toit dans un égout. Dans l’environnement pollué et oppressant de Smog City, alias Bombay, dépeint avec des nuances dominantes de grisés que, parfois seulement, des touches de couleurs viennent égayer, elle va poursuivre son parcours de modernité.

À la croisée des cultures et des sentiments

Rebelle, Kari n’en occupe pas moins un emploi dans la pub, époque de mercantilisme exacerbé oblige. Partageant le quotidien de colocataires frivoles, elle vit à l’heure de la culture populaire mondialisée : difficile d’échapper à l’omniprésence des sempiternelles séries TV américaines ou de ne pas succomber à la vogue des films d’arts martiaux chinois ! Palliatifs insuffisants à faire oublier les plus ou moins graves misères de la génération SIDA ou le cancer terrifiant de l’une de ses amies, collègue de travail. Dans le même temps, des rickshaws sillonnent les rues et nous sommes bien dans la contrée d’élection de Ganesh, le dieu à tête d’éléphant. Cependant, pour Kari, être née dans ce qui est aussi le pays d’origine du bouddhisme ne permet pas forcément de se départir de cet attachement excessif à l’ego qui démultiplie les souffrances. Accrues par la dévastation cruelle de devoir surmonter un grand amour déçu…

En attendant un nouveau roman graphique inspiré du Mahabharata...

Bénéficiaire d’une bourse de résidence en France, Amruta Patil, âgée de 29 ans, diplômée d’une école d’art de Boston, vit habituellement à New Delhi. Kari, titre paru à l’origine chez HarperCollins India, est publié en français par Au Diable Vauvert. Le dynamique éditeur gardois de Neil Gaiman ou William Gibson nous annonçant que sa nouvelle protégée, en plus de se consacrer à l’achèvement de sa trilogie autobiographique en cours, se serait lancée dans la réalisation de Parva. Cette somme monumentale de 1000 pages relaterait cinq mille ans de l’histoire de l’Inde et puiserait à la source de l’épopée du Mahabharata, « Bible » du brahmanisme. Manifestement, une créatrice prometteuse, et prolifique, à suivre donc !

(par Florian Rubis)

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Une interview de Sarnath Banerjee à propos de la bande dessinée en Inde

En médaillon : Amruta Patil. Photo : DR

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