"Bien, Monsieur.", fanzine lauréat du Prix de la bande dessinée alternative au FIBD 2018

29 janvier 2018 4 commentaires
  • Parmi la trentaine de candidats au Prix de la bande dessinée alternative, c'est finalement "Bien, Monsieur." qui a été choisi par le jury, pour son huitième numéro. Fondé en 2015 par Elsa Abderhamani et Juliette Mancini, "Bien, Monsieur." se démarque par un contenu engagé et un graphisme expérimental, pour un ensemble soigné mais accessible. Un fanzine à (re)découvrir avec plaisir !
"Bien, Monsieur.", fanzine lauréat du Prix de la bande dessinée alternative au FIBD 2018
Juliette Mancini (à gauche) & Elsa Abderhamani (à droite) reçoivent à Angoulême le Prix de la bande dessinée alternative au soir du 27 janvier 2018.
Photo : D. Pasamonik, 2018.

Quelles sont les spécificités d’un "bon" fanzine et comment distinguer l’un d’entre eux parmi une production par définition extrêmement variée ? Le jury mené depuis de nombreuses années par Philippe Morin, distingué en 1982 pour PLG, doit forcément se poser ces questions. Le champ est vaste, puisqu’il s’agit de récompenser "la meilleure bande dessinée non-professionnelle sous forme de fanzine ou recueil collectif de plusieurs auteurs différents".

Le FIBD avait reçu cette année les œuvres de trente-et-un collectifs, français pour beaucoup, mais pas uniquement, l’appel à candidatures étant international. Nous y retrouvions la diversité des projets, des formats, des paginations et des styles inhérente au fanzinat. Espaces d’expression pour les jeunes auteurs ou d’expérimentation pour ceux déjà édités, les fanzines permettent aussi aux lecteurs de découvrir de nouveaux talents, de mieux comprendre le travail des dessinateurs et d’avoir le plaisir de lire des raretés pour un prix en général très modique. Il faut d’ailleurs prendre le temps de l’exploration - dans les librairies, les festivals et sur Internet - pour accéder à ces publications, leur diffusion étant la plupart du temps très limitée.

Bien, Monsieur. a obtenu le "Fauve" de la bande dessinée alternative lors du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2018. Une distinction qui, pour la première fois, n’était pas seulement symbolique, le vainqueur étant gratifié d’une bourse d’une valeur de 500 € attribuée par le Syndicat des Éditeurs Alternatifs. C’est le huitième numéro de Bien, Monsieur., paru à l’automne 2017, qui a été récompensé. L’association Loi 1901, nommée elle aussi "Bien, Monsieur.", avait été créée en 2015 à l’initiative d’Elsa Abderhamani et Juliette Mancini [1] : leur collectif est donc parvenu à faire un travail suivi - quatre numéro par an, mais le fanzine est désormais semestriel [2] - et sans cesse renouvelé.

Hybris © Lucas Ferrerro /Bien, Monsieur. 2017
Vaillante © Jochen Gerner /Bien, Monsieur. 2017
Vigilantes © Charlotte Melly / Bien, Monsieur. 2017
Thérapie © Juliette Mancini / Bien, Monsieur. 2017
Partir © Pierre Mortel / Bien, Monsieur. 2017

Outre Elsa Abderhamani et Juliette Mancini, dont le livre De la chevalerie édité par les Éditions Atrabile en juin 2016 avait été remarqué, Bien, Monsieur. a également a accueilli dans ses pages Timothée Gouraud, Pierre Mortel, Lison Ferné, Frédéric Mancini, Charlotte Melly, Lucas Ferrero, Oriane Lassus et Jochen Gerner. Nous les retrouvons tous dans ce numéro 8, composé de dix récits pour un peu moins de cent pages.

La ligne éditoriale de Bien, Monsieur. est ancrée dans le monde contemporain. La volonté du collectif est de témoigner et de s’exprimer sur des faits d’actualité, en passant parfois par l’autobiographie et souvent par l’humour, de dénoncer certains travers de nos sociétés et de porter un point de vue proche des auteurs comme des lecteurs, en assumant une part de subjectivité et d’engagement politique. Il est ainsi question, dans ce huitième opus, d’environnement (avec Timothée Gouraud) et de féminisme (avec Charlotte Melly et Lison Ferné) par exemple.

L’exigence artistique est indissociable, chez ce collectif, de cette analyse sociale acérée. La couleur, qui change à chaque numéro, demeure assez rare dans le fanzinat [3] Elle permet ici une continuité forte d’un récit à l’autre, créant une unité visuelle qui n’empêche pas la diversité des styles. Chaque auteur conserve son graphisme, sa personnalité, ses choix : il est notamment étonnant de constater avec quelle facilité s’intègrent les pages de Jochen Gerner, dont le travail minimaliste est pourtant bien connu. Son "étude de la figure maternelle dans la famille Vaillant", réalisée à partir du Grand défi de Jean Graton (1959), est d’ailleurs un joli rappel de la place qui a longtemps été laissée aux femmes dans la bande dessinée franco-belge.

Il y a fort à parier que nous pourrons lire de nouveaux numéros de Bien, Monsieur. : son collectif de dessinatrices et de dessinateurs passionnés n’a pas prévu de baisser la garde. À suivre donc, pour continuer de découvrir une bande dessinée loin des clichés et forte d’expérimentations graphiques audacieuses.

Oui c’est possible ! © Timothée Gouraud / Bien, Monsieur. 2017
Le pire du pire © Oriane Lassus / Bien, Monsieur. 2017
Ni force ni taille © Lison Ferné / Bien, Monsieur. 2017
A l’abri ©Elsa Abderhamani / Bien, Monsieur. 2017
Les limaces à grandes jambes du futur © Frédéric Mancini / Bien, Monsieur. 2017

(par Frédéric HOJLO)

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Bien, Monsieur. # 8 - automne-hiver 2017-2018 - 14 x 19,6 cm - 96 pages en impression bichromie offset UV - 400 exemplaires.

Consulter le site du fanzine Bien, Monsieur., écouter une brève rencontre sur France Culture & contacter le collectif.

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[1Les deux autrices ont gagné le deuxième prix du concours Jeunes Talents du Festival d’Angoulême (en 2014 et 2016) et ont bénéficié d’une résidence à la Maison des auteurs d’Angoulême au printemps 2017.

[2Le numéro 8 a été l’occasion de passer d’une impression en risographie à une impression en offset, facilitant une pagination plus importante.

[3Ce qui s’explique, simplement, par une question de coût le plus souvent.

 
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