Alcibiade - Par Rémi Farnos - Ed La Joie de Lire

6 janvier 2016 4 commentaires
  • Bel album que ce voyage initiatique proposé par ce jeune auteur. Suffisamment abouti pour être sélectionné au FIBD, mais sans doute trop expérimental pour captiver le jeune lectorat auquel il s'adresse?

Afin de connaître son destin, le jeune Alcibiade quitte son village natal et se lance dans un long voyage vers l’est. Cette quête initiatique et homérique sera comme tout voyage ponctuée de rencontres et de découvertes.

Par son sens de l’ouverture aux autres et son envie d’aller de l’avant, Albiciade va modifier un monde assez codifié, et finalement créer lui-même sa propre légende.

Alcibiade - Par Rémi Farnos - Ed La Joie de Lire

"Les pages sont présentées de façon étrange, m’explique ma fille de dix ans, représentant subjectivement un échantillon de lecteurs jeunesse, Normalement, la bande dessinée s’adapte au lecteur, et ici, c’est le lecteur qui doit s’adapter à la bande dessinée : c’est déstabilisant !"

C’est certainement cet aspect conceptuel qui a permis à Albiciade d’intégrer la sélection jeunesse du 43e FIBD. Le jeune auteur Rémi Farnos propose une composition et un découpage assez innovant. Une bonne partie des planches présentent un dessin/décor général, au sein de laquelle son personnage évolue case par case. D’autres auteurs avaient déjà entamé cette démarche, dont Andreas, notamment dans Capricorne (Rêve en cage.

A la différence de son aîné, dont il n’a pas encore la maturité, Farnos maintient le découpage en gaufrier, même s’il n’y a pas d’action dans la case. Il bouleverse aussi le sens de lecture, un parti-pris ludique dans les premières pages, mais qui lasse par la suite, lorsque le chemin de lecture devient plus confus. On en vient alors à lire les cases dans le désordre, ce qui nuit à la narration.

Cette technique de découpage inclut une limitation intrinsèque : la distanciation entre le héros et le lecteur. Même dans les pages qui ne présentent pas un dessin général, Farnos maintient de petites cases dans un champ large, certainement pour apporter une densité à son récit qui alterne avec les grandes pages plutôt basée sur l’action. Mais cette absence de gros plan ne permet pas au lecteur de s’identifier au héros. On suit alors ses aventures de loin, en se demandant ce qui va lui arriver sans vivre ses succès et drames auprès de lui.

Farnos fait encore preuve d’innovation en cassant son gaufrier, soit pour une case plein page pour donner la force nécessaire à sa séquence, et insuffler de l’émotion opportune au récit. Une double page propose également un découpage intéressant afin de multiplier les thématique du fond, tout en soignant une forme cassant volontairement le sens de lecture.

In fine, Albiciade se révèle intéressant pour des lecteurs rôdés à la lecture de la bande dessinée. Mais son aspect conceptuel déconcertera trop le jeune public pour qu’ils puissent en saisir le divertissement, ou la morale narrative. Qualitatif, mais pas un chef-d’œuvre.

(par Charles-Louis Detournay)

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4 Messages :
  • Alcibiade - Par Rémi Farnos - Ed La Joie de Lire
    6 janvier 2016 13:07, par andré Brings

    Foutez -nous le paix avec la FIBD comme référence. ce sera un bon début.

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  • Alcibiade - Par Rémi Farnos - Ed La Joie de Lire
    6 janvier 2016 13:57, par Richard (Teljem)

    Ca ressemble surtout à une ressucée des Trois Chemins de Lewis Trondheim et Sergio Garcia, c’est le même principe, avec d’ailleurs un dessin minimaliste à la Trondheim.

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    • Répondu le 6 janvier 2016 à  14:13 :

      Le procédé d’étaler un décor sur plusieurs cases avec des personnages présents et se déplaçant dans chaque case est vieux comme le bd. Ça s’appelle un "espace truqué" et, déjà, il y a un siècle, winsor Mc kay l’a utilisé. Plus récemment (il y a 30/40 ans quand même) Derib aussi, dans buddy longway. Andreas l’a effectivement porté en exercice de style et jeu oulipien dans capricorne. Rien de novateur là dedans, donc.

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  • Alcibiade - Par Rémi Farnos - Ed La Joie de Lire
    6 janvier 2016 14:44, par Sergio Salma

    Tapez Gasoline Alley et Frank King sur Google et regardez les dates. Mais l’aspect visuel n’est pas le plus important ; ce sont des canevas graphiques et narratifs amusants , pourquoi ne pas les réutiliser ? On ne reproche pas à Watterson d’avoir mis en scène un enfant sur 4 cases sous prétexte que Schulz l’avait déjà fait . Vous reprochez à cet auteur un emprunt anecdotique.

    L’intérêt réside dans l’histoire qui est fondamentalement autre( désolé je n’ai pas lu mais on voit assez clairement l’intention). Et pourquoi les enfants ne seraient -ils pas capables de comprendre ? Et pourquoi ne seraient -ils pas réceptifs ? Pas tous certainement mais c’est un peu comme toutes les œuvres, la prétention à l’universalité obligatoire. est un peu déplacée.

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