Angoulême 2006 : La BD est-elle en crise ?

21 janvier 2006 11 commentaires
  • Rendez-vous angoumoisin oblige, les différentes institutions qui s'intéressent à la BD communiquent dans cette période de l'année. La société d'études de marché GFK vient de publier son dernier rapport sur le marché de la BD en France. Il afficherait pour la première fois un recul de -2.5% en valeur et de -1.3% en volume. Par ailleurs, dans son éditorial de la dernière livraison de « Neuvième art », Thierry Groensteen annonce que la crise est « bel et bien déclarée ». Qu'en est-il vraiment ?

« La crise du marché de la bande dessinée que nous annoncions dans notre numéro précédent semble bel et bien déclarée, affirme Thierry Groensteen dans la dernière livraison de Neuvième Art [1], même si les grands éditeurs font encore comme si de rien n’était ». Il parle d’un « contexte de production inflationniste où les repères bougent très vite », pointant la part importante prise par les mangas japonais, en attendant « que nous arrivent les premières œuvres traduites du chinois ».

Un tassement du chiffre d’affaires

Angoulême 2006 : La BD est-elle en crise ?
Le Nagma d’Astérix
envahira-t-il le marché ? (C) Editions Albert René.

Voilà un ton quelque peu alarmiste qu’une étude GFK, un organisme qui se classe au 5ème rang mondial des instituts d’études marketing [2], semble conforter : «  Malgré des nouveautés retentissantes en fin d’année, nous dit l’étude, le marché de la BD n’a pas réussi à se différencier de la tendance générale du marché du livre. Avec un peu plus de 40 millions d’unités vendues, la BD enregistre une baisse de 1,3% par rapport à l’an dernier (contre 1,4% sur l’ensemble du marché du livre). Si l’on s’intéresse aux différents genres de BD, c’est le manga qui tire son épingle du jeu, avec une augmentation de ses ventes de 17,5% en unités. Les autres genres sont eux en décroissance (BD de genre à -9,6%, BD jeunesse à -6,3%). Cette situation est d’autant plus surprenante compte tenu du phénomène Astérix, dont le dernier tome, sorti en octobre 2004, a presque atteint les 1,7 millions de ventes en 12 semaines ! Il s’en est vendu près de 35 exemplaires par minute ! Tous comptes faits, le manga représente désormais 30% des quantités vendues de BD en France en 2005, et 22% du chiffre d’affaires. Cela attire la convoitise des grands de l’édition française, qui, à l’instar d’Éditis/Univers Poche, lancent leur propre maison d’édition Manga (Kurokawa).
Cette confirmation du poids étonnant des mangas modifie le paysage éditorial à plus d’un titre. Sur un marché qui réalise 12,9% des volumes du livre avec moins de 5% de l’offre, l’offre Mangas a gagné 70% en deux ans, pour atteindre 3.700 références actives en décembre 2005.
 »

Recul en chiffre d’affaires ?

Avant de diagnostiquer, comme le fait notre ami Thierry Groensteen sans étayer son affirmation sur des faits concrets, l’arrivée de la crise, il convient de regarder ces chiffres de près. D’abord, en interrogeant la directrice de l’enquête, Céline Fedou, nous apprenons que l’une des raisons de ce recul du chiffre d’affaires est le fait que le mois de décembre 2005 avait quatre semaines, au lieu de cinq en 2004. Et une semaine de décembre en plus, cela a un impact énorme sur les ventes, surtout quand il y a un Astérix dans le panel de l’offre. Ensuite, toujours selon cette responsable de GFK, le « mix-prix » est également responsable de la baisse du chiffre d’affaires : Astérix et les mangas, part importante de ce chiffre, sont moins chers que la BD traditionnelle, d’où une baisse du chiffre. Conclusion, si nous pondérons le chiffre avec ces données, le recul en CA tendrait plutôt vers zéro. Il faut ajouter que ces chiffres n’incluent ni la Belgique, ni la Suisse, ni le Québec qui pèsent quand même de 10 à 15% du marché. On oublie aussi les ventes en club et par correspondance. Il faut donc être prudent quand les chiffres ne sont que de quelques pour cent (alors que l’année précédente avait affiché une progression de 13,8% en CA par rapport à 2003, toujours selon GFK). Il vaut mieux attendre un an ou deux avant de pouvoir tirer des conclusions définitives sur la tendance.

Recul en volume

Dragon Ball reste N°1
des ventes de mangas en France. (Editions Glénat)

Ces chiffres sont crédibles, car ces statistiques reposent sur un panel constitué de plusieurs milliers de points de vente répartis dans un échantillon représentatif des secteurs de la librairie, sur la base des « sorties de caisse ». Ce n’est donc pas, comme c’est le cas dans les statistiques de Gilles Ratier diffusées par l’ACBD, un décompte des tirages des éditeurs (d’ailleurs établis sur les seules déclarations de ceux-ci, sans recoupement possible). Cela dit, première incohérence, GFK fait le décompte des titres référencés dans les points de vente (grandes surfaces, FNAC, etc.) et pointe une progression de l’offre (c’est-à-dire des nouveautés) de 11,6%, alors que Ratier dont la comptabilité est, pour le coup, plus fiable que celle de GFK, affiche une progression de 27,4%...
Autre incohérence, GFK segmente les parts de marché en « BD de genre », « BD jeunesse » et « Mangas », notant une décrue des deux premiers secteurs (respectivement de 9,6% et 6,3%). Or, que je sache, les mangas sont une BD jeunesse à part entière et, à l’intérieur même de cette catégorisation, on ne peut pas affirmer que tous les acheteurs de Dragon Ball, Akira ou Tezuka soient des enfants.
Cela posé, le recul des ventes est incontestable en volume : 43,3 millions de titres vendus en 2004, contre un peu plus de 40 millions d’unités en 2005. Cela traduit une perte réelle de lecteurs, et à ce niveau, c’est préoccupant. Il y a donc réellement un tassement de la croissance, en dépit de la parution d’un nouvel Astérix, comme GFK a raison de le faire remarquer. La ferveur est-elle retombée ? C’est possible. De toute façon, la progression à deux chiffres ne pouvait pas s’éterniser, la correction était nécessaire. De là à parler de crise...

Face aux mangas, les valeurs traditionnelles

Les mangas constituent désormais, selon GFK, 30% des ventes en volume et 22% du marché en chiffre d’affaires. Au niveau de la vitalité de l’offre manga, GFK signale une progression de 70% en deux ans, alors que Ratier trouve lui, 119% d’augmentation avec 1.142 nouveautés pour cette seule année. Tout cela traduit que les éditeurs se sont rués vers les mangas, identifiés comme le meilleur vecteur de croissance sur le marché actuel de la BD, afin de rester la tête hors de l’eau. Nos lecteurs ont pu lire dans un de nos précédents articles que pour une série de raisons, cette embellie n’a aucune raison de s’arrêter. Or, si l’on examine la tendance de ces cinq dernières années, les mangas ne semblent pas avoir progressé au détriment des autres segments du marché. Phagocytent-ils aujourd’hui la production franco-belge ? Il semble que non, si l’on considère, toujours dans l’étude GFK, la liste des meilleures ventes : sur les 20 premiers best-sellers, 15 sont des BD franco-belges et 5 seulement des mangas. En revanche, peu de BD récentes dans cette liste réservée semble-t-il aux valeurs traditionnelles : Astérix, Titeuf, XIII, Largo Winch, Le Chat, Le Petit Spirou, Tintin, Kid Paddle, les Tuniques bleues.... Exceptions à la règle : Titeuf, Lanfeust, Blacksad, les Guides en BD, les Profs, tandis que Bigard (Jungle) et Les Blondes (Soleil) font une percée remarquée plus bas dans le tableau.

XIII, expert en complots
a su contrer la suprématie des mangas cette année. (Ed. Dargaud)

On le voit bien : le marché accompagne des « grosses machines » facilement « marketables » et mieux adaptées à la nouvelle donne : ainsi, le succès des mangas, comme le fait remarquer à propos GFK, profite en plein de l’effet « série », qui consiste à offrir des nouveautés d’un même personnage à quelques semaines de distance à peine. Des éditeurs comme Dupuis ou Dargaud l’ont compris, qui multiplient les nouveautés de Spirou ou de Blake et Mortimer en mettant en parallèle plusieurs équipes de créateurs. On remarquera que cette politique n’est possible, pour des créations franco-belges, que quand les personnages appartiennent à leur éditeur... On retombe sur l’ « exception franco-belge » qui l’handicape durablement face à ses compétiteurs américains ou nippons. Il est nécessaire que les éditeurs européens profitent de cette progression des mangas sur leurs marchés et des profits qui en découlent pour investir dans des formes de créations mieux adaptées aux enjeux d’aujourd’hui (marchandisation à outrance des produits culturels, liens entre les univers de la BD avec la télé, les jeux vidéo et les dérivés multimédias) et surtout, pour conquérir à l’étranger - au Japon même, pourquoi pas - des niches inoccupées par les mangas. Des marchés comme la Corée ou la Chine -leur présence à Angoulême en témoigne- souhaitent clairement une offre alternative aux mangas japonais.

Crise ou pas crise ?

Aux côtés d’Astérix, Titeuf tient tête aux mangas.
Photo : Glénat

Quant à la « crise » du secteur, nous n’y croyons pas. Car même si l’offre est abondante, elle est saine. La progression des mangas en France a une motivation profonde : avec leur petit format que l’on peut imprimer et réimprimer sur une Cameron sans que cela coûte grand-chose, les mangas rapportent plus d’argent que les BD franco-belges, cela ne fait aucun doute. Même les coûts de distribution (poids, emballage, expédition...) sont des sources d’économie et donc, de marge. Ces profits permettent souvent aux groupes qui ont diversifié dans le manga d’investir dans des œuvres de création susceptibles de devenir des valeurs durables. Cela est vrai aussi bien pour un éditeur comme Kana/Dargaud que pour un petit éditeur comme Vertige Graphic qui, grâce à Gen d’Hiroshima, a pu publier Rampokan, le chef-d’œuvre de Peter Van Dongen. On voit même des éditeurs qualifiés d’ « indépendants » comme Ego comme X ou Cornélius publier des mangas à leur tour. Souvenons-nous qu’une certaine arrogance de Dupuis vis-à-vis des mangas avait précipité sa perte. Les mangas font désormais partie de notre paysage éditorial. Les éditeurs, comme les auteurs européens, doivent s’adapter pour que les lecteurs de mangas ne soient pas perdus pour eux, qu’ils s’intéressent à leur production. Cela passe forcément par une analyse des forces et des faiblesses de l’industrie japonaise.

Le métier de la BD en Europe est certainement en profonde mutation. Qu’il soit en crise, cela reste à prouver.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : Une "idée noire" de Gaston. Visionnaire, Franquin avait-il prévu que la BD franco-belge serait un jour dévorée par un démon japonais ? (c) Audie/Fluide Glacial.

Festival International de la BD à Angoulême
Du 26 au 29 janvier 2006.
Plus d’infos : Le Site du Festival

[1Neuvième Art, l’An 2/Centre National de la Bande Dessinée, Angoulême, janvier 2006.

[2Selon leur communiqué de presse : « GFK a réalisé un chiffre d’affaires de 672 millions d’€uros en 2004. Ses activités couvrent cinq domaines : Custom Research, Retail and Technology, Consumer Tracking, Media and HealthCare. Le 1er juin 2005, GfK a acquis NOP World qui se classe au 10ème rang des instituts d’études marketing. Le Groupe GFK compte plus de 130 filiales réparties sur 63 pays. L’effectif total est de 7.600 employés. »

 
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11 Messages :
  • > Angoulême 2006 : La BD est-elle en crise ?
    22 janvier 2006 09:33, par Gille Ratier

    Cher Didier
    pour aller dans ton sens, il me semble important de signaler également que le journaliste Fabrice Piault a réalisé un très intéressant dossier sur la BD en France, dans le dernier n° de Livres Hebdo, en se basant sur les chiffres communiqués par Ipsos. Curieusement, alors que l’institut de marketing GfK annonce une baisse de -1,3% par rapport à l’an dernier (contre -1,4% sur l’ensemble du marché du livre) pour la BD (avec un peu plus de 40 millions d’unités vendues), Ipsos, quant à lui, constate une augmentation de 2,5% des ventes au détail, en euros courants, pour les 9 premiers mois de l’année (un bilan définitif, concernant l’année entière, sera publié en février). Quant aux chiffres qu’Ipsos donne sur le marché français de la BD en 2005 avec, notamment, les parts de marché des principaux groupes d’édition BD et éditeurs de mangas, ainsi que la liste des meilleures ventes BD dans les librairies françaises (où, là, on ne trouve aucune trace de "Dragon Ball" qui, pourtant, est signalé comme la 2ème meilleure vente de l’année par GfK, par exemple), ils sont légèrement différents de ceux arborés par le groupe GfK et corrobore l’ordre (et non pas la quantité) de la liste des chiffres de tirages donnés par les éditeurs dans le rapport de l’ACBD que j’ai l’honneur de rédiger et qui s’intéresse à la production (et non au marché) de la BD sur le territoire francophone européen (et non uniquement sur la France comme c’est le cas des chiffres annonçés par GfK ou Ipsos). Comme quoi, à chacun ses chiffres et à chacun ses interprétations : le travail pour dégrossir cet imbroglio de données est loin d’être achevé !
    Amitiés
    Gilles Ratier

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 22 janvier 2006 à  09:58 :

      Cher Gilles, c’est le problème des études et de la date d’Angoulême. Quel est l’intérêt d’annoncer une progression des ventes à fin septembre alors qu’on sait qu’une grande part des ventes se fait en fin d’année (avec un Astérix en plus !). Il me semble plus crédible d’y trouver Dragon Ball dans le top des ventes, comme Tintin d’ailleurs, car ce sont des séries qui continuent à se vendre en grandes quantités.

      Par ailleurs, ayant étudié la question, GFK présente un panel plus large de points de vente qu’Ipsos, avec des méthodes de travail comparables. Il faut préciser qu’Ipsos est une étude commandée et corrigée par le Syndicat National de l’Edition. Est-ce que cela influence les chiffres ? Il y a toujours une part de propagande dans ces déclarations, de part et d’autre d’ailleurs. Il faut le savoir, c’est tout.

      Enfin, même si je peux parfois me montrer critique sur les chiffres de ton rapport (il faut l’être, cher secrétaire général des critiques), il a le mérite de comptabiliser les ouvrages parus et ce n’est pas une mince affaire. Il faut donc le saluer à sa juste mesure.

      Il est sain qu’un débat s’instaure sur la santé de la BD (dont Benoit Mouchart, le directeur artistique du festival, nous dit qu’ "elle ne se porte pas aussi bien qu’on veut nous le dire"), une question complexe qui ne mérite pas des réponses toutes faites.

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      • Répondu par Xavier Guilbert / du9 le 22 janvier 2006 à  12:45 :

        Didier,
        Je profite de cet article pour mentionner ici (auto-promotion éhontée) une analyse que j’ai commise sur du9, qui se trouve ici. J’avoue que les chiffres avancés par GfK pour la part de marché du manga me semblent assez surprenants, surtout en considérant les ventes hebdomadaires relevées par IPSOS, et qui font état (sur un top limité, j’en conviens) d’une part de marché se situant plutôt autour des 11-12% sur la deuxième moitiée de 2005. Ce chiffre est par ailleurs en ligne avec la proportion des volumes des tirages indiqués par Gilles Ratier dans son rapport.

        Ceci étant, travaillant avec GfK sur une autre industrie, je sais par expérience que leurs données, et surtout la manière dont ils suivent les références et mettent en place leur segmentation est, comment dire ? Largement perfectible. Donc je ne balayerais pas aussi rapidement les données IPSOS, mais choisirais de les considérer en complément d’information sur une situation de marché finalement complexe.

        Par ailleurs, plus que d’effet « série » à propos des manga, je pense qu’il serait juste de parler d’effet « périodique ».
        On constate en regardant les ventes hebdomadaires, que par exemple, un nouveau Naruto va se vendre principalement sur ses six premières semaines de disponibilité sur le marché, jusqu’à atteindre environ 50,000 ventes. Et ce, jusqu’à ce qu’un nouveau volume sorte, un peu comme ce qu’on doit avoir pour un magazine, avec très peu d’impact sur les anciens numéros.
        Pour les locomotives du franco-belge, c’est beaucoup plus éclaté, le succès du dernier opus relançant les ventes des précédents.

        Ce qui me fait supposer que l’on a (en caricaturant) d’un côté, une véritable « série » (dans le sens, histoire à suivre) contre, de l’autre côté, une « marque » (dans laquelle, d’une certaine manière, les titres sont indépendants et plus ou moins interchangeables).

        Quant à la crise, n’ayant malheureusement pas pu reconstruire les mêmes données de ventes pour 2004, je ne peux malheureusement pas me prononcer.

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        • Répondu par Xavier Guilbert / du9 le 22 janvier 2006 à  14:36 :

          (esprit de l’escalier, remarques approfondissant mon message précédent)

          Par rapport à cette différence de dynamique entre manga et locomotives franco-belge, j’ai donc l’impression que le manga a réussi à créer une vraie fidélisation de son lectorat, avec un rythme de parution adapté à la nouvelle donne du secteur du divertissement — émergence d’Internet, du téléphone portable, du DVD, du jeu vidéo ...
          Au-delà même des considérations de contenu, dans cet univers de sollicitations variées et répétées, la bande dessinée franco-belge, avec ses rythmes de parution au mieux annuelle, a plus de chances de voir son public se laisser séduire par d’autres sirènes entre deux albums de sa série préférée.
          On prendra pour témoin le succès de séries comme Lanfeust de Troy (multiples séries dérivées, magazine en kiosque) ou Titeuf (avec Tchô !) qui réussissent à maintenir leur présence et leur visibilité.

          Ensuite, reste le problème du contenu, et des thèmes abordés. Avec l’impression que les grands éditeurs, avec leurs séries principales, s’appliquent à labourer encore et encore le même sillon, visant les lecteurs mâles et vingt-trentenaires amateurs d’action et de médiéval-fantastique.

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  • > Angoulême 2006 : La BD est-elle en crise ?
    22 janvier 2006 14:42, par K-K-Wet

    J’ai été assez étonné par le principe posé selon lequel le manga est une BD jeunesse... Depuis quand ? C’est justement l’image que nombre d’éditeurs de manga tentent de faire changer ces dernières années, il est dommage d’en revenir toujours au même point ;)
    Sinon, analyse intéressante, mais cette fameuse crise de la BD est annoncée depuis plusieurs années, maintenant, donc il n’est pas forcément utile de s’affoler...

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  • > Angoulême 2006 : La BD est-elle en crise ?
    23 janvier 2006 14:53, par yazz

    "des niches inoccupées par les mangas. Des marchés comme la Corée ou la Chine -leur présence à Angoulême en témoigne- souhaitent clairement une offre alternative aux mangas japonais."

    Attention à l’effet d’optique, si les éditeurs asiatiques sont à angoulême, c’est pour profiter de la manne mangas, pas pour "acheter" des droits de Bd...

    Les pays asiatiques n’ayants que peut de culture de la collection, un albums Franco-belge n’a qu’un intérét trés limité pour ces marchés, ils préférent donc augmenter leur production plutot que de se tourner vers l’achats de droits.

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 23 janvier 2006 à  15:12 :

      "Attention à l’effet d’optique, si les éditeurs asiatiques sont à angoulême, c’est pour profiter de la manne mangas, pas pour "acheter" des droits de Bd...

      Les pays asiatiques n’ayants que peut de culture de la collection, un albums Franco-belge n’a qu’un intérét trés limité pour ces marchés, ils préférent donc augmenter leur production plutot que de se tourner vers l’achats de droits."

      Détrompez-vous, cher Monsieur, je connais des Chinois, des Japonais et des Coréens qui sont à Angoulême pour acheter, et même plutôt bons connaisseurs de la BD franco-belge. Savez-vous que Tintin vend actuellement plus d’albums en chinois qu’en français ? C’est donc possible.

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      • Répondu le 24 janvier 2006 à  10:20 :

        Tintin en Chine est le faux exemple, en effet, la série est piratée en chine depuis plus de 30 ans, et le titre phare : TINTIN ET LE LOTUS BLEU glorifie la résistance chinoise face à l’envahisseur japonais, de même que TINTIN AU TIBET CHINOIS...

        Il existe des connaisseurs, mais pas suffisement pour dire que cela représente un marché (Cf. chiffre du BIEF).
        Par exemple les ventes de droits BD en chine ont été conséquentes, mais une fois les catalogues jeunesses vidés, trés peut de choses ont été vendu, et quasiment rien ne fait l’objet de réimpression ou d’exploitation suivie.
        Idem pour la corée, et de mémoire, seul 3 titres on été vendu au japon, Bilal et Moebius(sous pression d’Otomo) et Blacksad.

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        • Répondu par Didier Pasamonik le 24 janvier 2006 à  11:30 :

          Tintin n’est pas le faux exemple. Effectivement, Tintin a été longtemps piraté avant que la Chine populaire ne signe la Convention de Berne. Mais depuis, les ventes ont largement dépassé le million.

          Vous avez l’air renseigné, mais insuffisamment. D’abord, il y a plusieurs Chine. Les Schtroumpfs, par exemple, ont été publiés sous forme de magazine à Honk Kong. Les frères Coudray ont publié en chinois et en japonais. Joann Sfar va être publié au Japon. J’ai écris dans Bandes Dessinées Magazine l’année dernière une enquête sur ces éditeurs chinois ou coréens qui veulent publier nos auteurs.

          En fait, il manque souvent à nos éditeurs une qualité qui fait rarement défaut aux Japonais et aux Américains : ce que ces derniers appellent "implication". Ceci passe par une redéfinition des standards, ce sur quoi les auteurs de l’Association se trouvent, presque par hasard : un format international. Ce n’est pas anodin que la version américaine du Chat du Rabbin comporte un copieux nombre de pages et un format de "graphic novel"...

          Ne prenez pas comme une critique ce qui est une exhortation à retrousser nos manches.

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  • > Angoulême 2006 : La BD est-elle en crise ?
    23 janvier 2006 16:50, par Fabrice Piault / Livres Hebdo

    Cher Didier,

    Ton article sur le prétendu recul du marché de la BD ne laisse pas de me surprendre. Certes, les ventes de mangas progressent fortement, alors que celles de BD "franco-belge" stagnent. Mais, alors que nous venons d’établir notre bilan définitif 2005, je peux te dire que nos données Livres Hebdo/I+C, récoltées et traitées de longue date (15 ans !) selon des méthodes éprouvées sur l’ensemble du marché du livre, à périmètre comparable, avec un échantillon représentatif qui prend en compte l’ensemble des canaux de vente au détail (y compris les plus petits points de vente, les magasins populaires, etc.) montre pour l’an dernier une progression des ventes de BD de 5 % en
    euros courants (c’était + 2,5 % sur les neuf premiers mois de l’année). C’est avec la jeunesse (+ 5,5% en 2005), le secteur qui a le plus progressé en 2005, alors que le marché du livre a enregistré globalement un tassement de - 0,5 %. Il n’y a aucun doute sur le fait que le marché de la BD a encore progressé fortement en 2005.

    Cela veut-il dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des monde ? Certes non, car la production en nombre de titres a, elle augmenté de près de 25 %. Le décalage peut en partie s’expliquer par le fait que le prix moyen des mangas est inférieur à celui des albums traditionnels. Mais il signifie aussi que les tirages moyens baissent : ce n’est pas particulièrement sain, bien sûr.

    Amitiés.

    Fabrice Piault (Livres Hebdo)

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 23 janvier 2006 à  17:14 :

      Cher Fabrice,

      Je suis aussi surpris que toi ! Je vous renvoie au communiqué GFK. Mon article commence par un questionnement et conclut sur le fait que je ne crois pas à une crise.

      Cela dit, nous nous retrouvons une fois encore avec des chiffres GFK en contradiction avec ceux de Livres Hebdo. C’était le cas l’année précédente et la petite enquête que j’avais alors menée (nous en avions longuement parlé, souviens-toi) ne m’avait pas permis de conclure sur un arbitrage juste. Les chiffres Ipsos étaient établis, semble-til, sur un pannel moins large que celui de GFK et les écarts entre les chiffres publiés de part et d’autre par trop irrationnels.

      Nous ne sommes pas des spécialistes des études de marché mais les experts semblent ici se crêper le chignon, avec en arrière-fond une bataille pour la crédibilité des instituts de sondage. On se croirait dans une soirée électorale !

      Dans ma chronique dans Suprême Dimension (le journal de papier glacé dont se sert Arleston pour...), j’accrédite la progression, mais qui croire ? Les professionnels du livre que vous êtes, sans doute. Mais une explication de la part de vos sondeurs serait la bienvenue.

      Pour en revenir à ton analyse, j’admets que les tirages ont baissé, mais quelle importance ? Le marché est constitué aujourd’hui à 30% (si l’on en croit GFK) de mangas, des livres dont le prix de revient (des objets de format de poche en noir et blanc) est très bas. Par ailleurs, le poste photogravure, de même que le poste des plaques d’impression (grâce au direct to print) ont quasi disparu des comptes d’exploitation. En revanche, les coûts marketing ont enflés, mais ils se concentrent sur des "grosses machines" dont le coût marginal est très bas. Par conséquent, je pense que, sauf exception, si nos éditeurs gèrent habilement, ils doivent en ce moment gagner correctement leur vie.

      La crise serait avérée si l’exercice 2005 se soldait par un grand nombre de faillites d’éditeurs et par des fermetures de points de vente. Rien de tout cela ne se passe.

      Pour l’instant...

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