Au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris, Franquin est dans les détails.

28 novembre 2012 6 commentaires
  • Au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris (face à Beaubourg), le dessin est à la fête. Une centaine de documents plongent le visiteur dans l'univers graphique de Franquin où sa maîtrise éclate à chaque trait. "Le diable est dans les détails" disait Nietzsche, paraphrasant la Kabbale... Chez Franquin, ce sont les détails qui, littéralement, sont "endiablés"...

Nous rencontrons le dessinateur Frédéric Jannin. L’auteur de Germain & Nous a connu Franquin tout jeune et a collaboré avec lui. Il est le commissaire de cette expo : "C’est la première fois que je passe quelques moments de perplexité à me demander ce qu’on allait exposer. J’avais justement devant moi un dessin que Franquin m’avait offert en 1978 : il l’avait fait pour le supplément d’ (A Suivre), Pendant ce temps-là à Landerneau. Il y a tellement de choses dans ce dessin ! Je voyais ma fille de trois ans s’arrêter par moments devant ce dessin qui est reproduit dans un agrandissement et elle y trouvait à chaque fois des détails qu’elle n’avait pas vu jusqu’ici. C’est à ce moment que j’ai appelé Isabelle Franquin pour faire cette exposition, modeste dans les proportions, comme Franquin aurait aimé qu’elle se fasse, je crois. Le but de cet exposition se résume à cela : montrer que chez Franquin, dans un tout petit dessin, il y a une immensité de choses."

Au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris, Franquin est dans les détails.
Frédéric Jannin devant le dessin qui lui a donné le fil conducteur de l’expo.

Pour illustrer son propos, il a choisi les thématiques qui ressortaient de ce dessin : La nature, la menace (qui permet d’aborder les Idées noires), les femmes et les enfants, et l’autoportrait car Franquin s’est souvent dessiné dans ses planches, et puis les doodles, ces expériences graphiques qui lui permettaient de prendre une autre direction quand tout le monde lui piquait son style. Deux écrans projettent un grand nombre de croquis faits d’après des magazines d’époque.

Les fameux "doodles", ces dessins quasi abstraits que Franquin réalisait pour s’amuser.
Copyright Isabelle Franquin
Autoportrait de Franquin, ici aux prises avec le monstre du dessin.
copyright Isabelle Franquin

Quand Jannin parle de Franquin, c’est toujours dans l’émotion de ses premières rencontres : "C’était quelqu’un d’adorable, qui vous mettait à l’aise, même si j’étais rempli de trouille chaque fois que je le voyais. Ce n’est vraiment qu’en réalisant avec lui Arnest Ringard, avec Yvan Delporte, que j’ai eu moins peur. Mais souvent, je restais dans mon coin et je regardais Franquin et Delporte travailler."

Pour lui, cette exposition est la démonstration de son talent : "Ce qui est intéressant, c’est que même pour dessiner des grands nez, il partait du réel. Toute l’école qui est dérivée de son dessin est induite en erreur : il partait du vrai qu’il interprétait à sa manière. Tous les autres font du dessin -une oreille, une main,...- comme Franquin, mais son dessin à lui partait d’une observation véritable. Les visiteurs, doivent savoir que Franquin, ce n’est pas seulement ses formidables personnages : Gaston, Spirou, Le Marsupilami, etc. On peut découvrir ici d’autres facettes de ses expériences graphiques et sa maîtrise dans toutes les techniques. Il y a un incroyable soin dans les détails, même si souvent, ceux-ci disparaissaient dans la reproduction."

Une incroyable masse de détails.
Copyright Marsu 2012 by Franquin – www.gastonlagaffe.com
Franquin, un drogué du dessin...
Copyright Marsu 2012 by Franquin – www.gastonlagaffe.com

Jannin et Isabelle Franquin, la fille de l’artiste, entreprennent en ce moment la restauration des 900 planches de Gaston Lagaffe. Toutes les pages sont re-clichées à nouveau afin que le dessin originel de Franquin soit parfaitement restitué. Idem pour les couleurs : "C’est compliqué car on ne détient plus tous les calques originaux, et puis sur certaines planches, il ne faisait pas ces indications car la technique ne le permettait pas. Avec Isabelle et les gens de Dupuis, on a fait une moyenne en regardant en particulier ses dessins en couleurs directes. On a, je crois, trouvé le bon équilibre en obtenant des planches plus lisibles, parfois davantage qu’avec les couleurs d’époque. Les planches originales ont été scannées à nouveau car les films de Dupuis ont été sans cesse contretypés et ont perdu de la qualité avec le temps."

Jannin fait d’ailleurs appel aux possesseurs des planches de Franquin pour l’aider à rétablir le plus possible le travail d’origine.

Franquin aimait demander à ses amis de dessiner un vélo pour qu’ils réalisent la complexité du dessin. Les visiteurs de cette exposition sont invités à faire de même...

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En parallèle à cette initiative du centre parisien de la Wallonie et de Bruxelles, la galerie 64bis
Exposition M’enfin ?! Franquin

Du 28 novembre au 17 février 2013

127-129 rue Saint-Martin - 75004 Paris

Entrée libre, ouvert tous les jours. Renseignements Centre Wallonie-Bruxelles
Galerie 64bis

Du 13 au 31 décembre 2012

64bis, avenue de New York – 75016 Paris

Le site de la Galerie

En médaillon : Autoportrait Franquin cigarette — copyright Isabelle Franquin

 
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