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Baudoin & Jo Vargas : « Nos peintures se correspondent, passant du physique à l’intellectuel »

  • Le temps d’une exposition, Fred Vargas & Baudoin se retrouvent pour exposer les planches de leur albums. C’est aussi l’occasion pour Jo Vargas, la sœur de Fred, de pouvoir exposer son propre travail, et de montrer les liens avec les propres peintures de Baudoin. Ce dernier revient également sur son album au sujet de Dali.
Baudoin & Jo Vargas : « Nos peintures se correspondent, passant du physique à l'intellectuel »
Dali enfant, vu pas Baudoin

Votre sœur est plus connue dans le milieu de la bande dessinée pour les scénarios qu’elle a réalisés pour Baudoin. Pour vous présenter vous, comment définiriez-vous votre univers ?

Jo Vargas : Quand je me parle à moi-même, comme tous les peintres honnêtes, c’est fort difficile à définir. Je pense que je peins des allégories, mais dont je n’ai pas les clés d’interprétation, des allégories énigmatiques. En tant que sœur jumelle de Fred, j’ai l’habitude d’être plusieurs. Dans ces personnalités multiples, je suis parfois l’intellectuelle, celle qui pense, et parfois celle qui n’aime pas penser De ce combat intérieur, on retrouve ce qui jaillit sur la toile.

On ressent effectivement ce mélange de diverses idées. Comment abordez-vous la thématique d’une peinture, avant de vous mettre à travailler ?


Jo Vargas : On a souvent une idée en peinture, j’aime la faire monter petit à petit, puis elle peut imploser et exploser. Je commence toujours avec une chose, puis je vois comment elle prend forme devant mes yeux. Je vais la faire remonter à la surface a force de travail. La peinture n’est pas un spectacle pour moi, plutôt la mémoire de la peinture.

Cette exposition regroupe d’anciens travaux, mais aussi certains qui font un lien direct avec ceux de Baudoin ! Quelle est votre thématique actuelle ? Une passion pour Delacroix ?

Jo Vargas : On retrouve ce lien surtout parmi deux derniers grands dessins, car je voulais faire le lien avec Edmond [Baudoin]. Mon travail actuel est inspiré du [Radeau de la Méduse]. Après l’avoir réalisé pour un décor de théâtre, j’avais voulu retravailler dessus, même si je me suis dit que j’allais me casser la figure. Mais je n’ai pas pu m’arrêter ! Comme je ne peux rivaliser avec la puissance de cette œuvre, je suis reparti sur des détails, avec des jeux de lumières ou de floutage. J’ai aussi voulu le cacher, comme dans une négociation avec le tableau.

En voyant vos travaux accrochés les uns près des autres, quel lien voyez-vous avec votre travail et celui de Baudoin ?

Jo Vargas : On se connait depuis des années avec Edmond : avec ma peinture figurative et son travail, des liens qui se créent, ce qui explique justement le but de cette exposition. Son travail est plus dans le mouvement, alors je suis sans doute dans la violence, mais comme dit André Breton : « C’est le regardeur qui fait le tableau. »

Baudoin dans l’exposition Bande dessinée et art contemporain, "Quelques instants plus tard..." aux Cordeliers à Paris en octobre 2012.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Quant à vous, Edmond Baudoin, quel est votre sentiment par rapport à la philosophie de la galerie, de faire correspondre des œuvres d’auteurs de bande dessinée, et des peintres ?


Baudoin : C’est un lien intéressant qui est proposé, entre des auteurs qui dessinent et peignent, allié avec des auteurs de BD et de peinture, qui se posent des questions d’écritures. Maintenant que nos œuvres sont accrochées, je vois comment elles l’une à l’autre. Je connais et j’apprécie le travail de Jo [Vargas] depuis longtemps. On regarde mutuellement ce que l’on peint, et je pense qu’on peut retrouver dans mon travail des correspondances avec son travail, car ses œuvres m’inspirent d’un certain côté. Mais nous exprimons des choses très différentes. Comme elle le dit si bien : je suis plus physique, et elle est intellectuelle.

On ressent que la femme est avant tout votre sujet favori…

Baudoin :La femme et son corps restent au cœur de mes préoccupations. En réalité, je cherche à mettre la vie sur le papier. Car, avec mon pinceau, je veux transfigurer la vie. Et qui autre que la femme peut être sa meilleur ambassadrice ? Car elle contient la vie ! Puis le rapport à la danse est intéressant. D’un autre côté, la femme représente un monde tellement étranger pour l’homme que je suis. Un homme et une femme vivent dans des mondes si éloignés, et pourtant tendent l’un vers l’autre afin de se retrouver. Un homme et une femme peuvent tenter d’être amis, peuvent essayer de communiquer et toucher l’autre. Mais c’est un travail plus complexe qu’entre deux hommes, ou qu’entre deux femmes.

Vous travaillez la couleur dans vos peintures…

Baudoin : Oui, mais je ne suis pas un fortiche ! Le couleur est un domaine qui m’est assez étranger, et je voulais m’y confronter. Je veux rester un débutant dans la vie. Et les questions que me posent la couleur m’importe beaucoup. Le but, ce ne sont pas les réponses, c’est le chemin
Pour le visiteur, pouvez-vous décrire ce que comprend cette exposition ?
Outre mes peintures, on retrouve beaucoup de planches issues de ma collaboration avec Fred Vargas. Je voulais surtout faire des clins d’œil aux pages qu’elle aime particulièrement. Comme le vieux monsieur qui refait la fontaine à Rome dans son jardin avec des boîtes de bière. C’est typique de l’humour de Fred Vargas. Et c’est en faisant plaisir

Dali enfant, vu pas Baudoin
Dans votre actualité, il a également votre biographie de Dali, publiée conjointement par le centre Pompidou et Dupuis. Comment les ayants droits ont-ils jugés votre travail sur le maître ?

Baudoin : J’ai reçu une carte blanche de leur part. Heureusement, car comme un traducteur, il faut trahir pour adapter. J’ai donc trahi Dali.

Mais est-ce qu’au fond, Baudoin aime Dali ?

Baudoin : Personnellement, je ne suis pas fan. Mais l’avocat ne doit pas forcément apprécier son client, et c’est pareil. Travailler un an sur Dali, cela m’a permis de mieux le comprendre et le défendre. J’ai compris son enfance, sa peur de la mort, son envie de grandeur car il se sentait tellement petit. De son frère mort avant lui, alors qu’il était enfant, Dali devait vivre pour lui. Et quelle difficulté à vivre il avait ! Alors il s’est inventé un personnage, et a travaillé à perdre haleine. Il voulait devenir quelqu’un d’important, par réaction à son propre sentiment. Nous sommes d’ailleurs tous un peu dans cet esprit, et par cette trahison, je l’amène à l’humanité. Il ne faut pas se complaire dans nos faiblesses, mais c’est par nos faiblesses et nos difficultés qu’on est mené dans le chemin de la vie. Et Dali est le parfait exemple de cela.

Et votre futur projet vous entraine dans un autre défi de taille ?


Baudoin : Oui, nous allons évoquer Viva la vida au Mexique ! Des universitaires colombiens nous ont proposés d’aller voir les paysans déportés par les FARCS. Ces universitaires ont du mal à comprendre ces destins. Et donc ils veulent utiliser le dessin pour mieux comprendre ce qui se déroule. Le dessin est magique ! Dès que vous dessinez, tout le monde s’arrête et regarde. Donc pour quelqu’un qui ne sait pas lire ou écrire, c’est un formidable moyen de rentrer en communication. Plutôt que de poser des questions qui ferait penser qu’on serait policier, avec le dessin, on peut peut-être se débrouiller pour les toucher autrement. Ce sera sans aucun doute une très belle expérience de vie.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Edmond Baudoin et Fred Vargas à la Galerie Petits Papiers à Bruxelles, jusqu’au 9 décembre 2012.

Le site de la Galerie Petits Papiers

À l’occasion de la grande rétrospective que le Centre Pompidou consacre à l’œuvre de Salvador Dalí, Edmond Baudoin un album, coédité par le Centre Pompidou et les éditions Dupuis, qui est une évocation du grand peintre catalan, figure du surréalisme, ami de Buñuel et de Garcia Lorca.

Le Musée de la bande dessinée d’Angoulême montre les plus beaux dessins originaux de cet album exceptionnel. En tout plus de 70 planches originales et le carnet préparatoire d’Edmond Baudoin, jusqu’au 24 mars 2012 et donc pendant le Festival d’Angoulême.

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