Catawiki met en vente toutes les planches originales du « Voleur de Bagdad » de Jacques Laudy

8 mai 2021 3
  • C’est un concept exceptionnel lancé aujourd'hui par Catawiki : mettre en vente un album complet d’une bande dessinée historique, reproduite en fac simile des originaux, et accompagner les premiers exemplaires d’une planche originale. Après Bob & Bobette de Willy Vandersteen, c’est au tour de la série Hassan et Kaddour de Jacques Laudy, « Le Voleur de Bagdad », de faire l’objet d’une vacation exceptionnelle. Une œuvre historique signée Laudy mais aussi Jacques Van Melkebeke, le « scénariste clandestin » de l’École de Bruxelles, compagnon de route de Jacobs et Hergé, premier rédacteur en chef du Journal Tintin. Une pièce historique.

Jacques Laudy (1907-1993), vous le connaissez forcément. Au physique j’entends : dans le duo Blake & Mortimer, cet ami intime d’Edgar P. Jacobs prête ses traits au Capitaine Blake. Laudy faisait partie du quarteron de créateur qui fonda le Journal Tintin en 1946 avec Hergé, Jacobs et Paul Cuvelier.

Né dans une famille d’artistes (ses deux parents étaient peintres), Laudy avait deux passions : le dessin et l’Écosse. Comme amateur de dessin, il rencontra personnellement le dessinateur anglais Arthur Rackham – le « dessinateur sorcier »- en 1938 à Londres, graNde influence sur son travail. Et il était tellement féru d’Écosse qu’il apprit auprès des frères Ross, à Édimbourg, comment fabriquer des « bagpipes  ». Laudy devint de ce fait l’un des rares facteurs belges de cornemuses ! Son antre, à Woluwé Saint-Lambert était bardé d’armures et d’armes de tous genres. De lui, Hergé disait à Numa Sadoul : « - C’est un homme du Moyen-Âge. »

Quand il débute dans Tintin en 1946, la publication de la rue du Lombard était celle d’une bande de copains. La maquette avait été mise au point par Jacques Van Melkebeke et Evany (l’auteur des titrailles en capitales biseautées d’Hergé). Hergé avait rencontré Van Melkebeke pendant la guerre, ce dernier lui présenta Jacobs qui venait de débuter dans Bravo par l’entremise de Jacques Laudy. Cuvelier était venu tout jeunot montrer ses dessins à Hergé et, hop ! l’équipe était constituée.

Catawiki met en vente toutes les planches originales du « Voleur de Bagdad » de Jacques Laudy
L’album de grand format reproduit les planches en fac simile.

Scénariste clandestin

Mais très rapidement, en raison du succès du Journal Tintin, l’équipe s’adjoint de nouveaux talents sous l’impulsion du dynamique éditeur Raymond Leblanc et de Hergé lui-même. Une autre raison, plus souterraine, en fut la cause et Le Voleur de Bagdad est au cœur de ce psychodrame.

Car le scénariste qui signe ici « Jacques Alexander » est Jacques Van Melkebeke lui-même, peintre et journaliste, ami de jeunesse de Laudy et de Jacobs. Il avait été traîné en justice pour faits de collaboration, (il avait été le rédacteur en chef du supplément jeunesse du Soir « volé » où publiait Hergé), et avait écopé d’une peine de prison portant épargnée à d’autres (Hergé pour commencer). Selon Laudy, on ne retrouva les documents qui le disculpaient « sous le derrière d’un rond de cuir », qu’après expiration de sa peine. « Ces circonstances ont dû le tourmenter quelque peu, écrit Laudy dans une lettre, d’où ces gags difficilement dessinables ou trop longs… » Ce « talon d’Achille de ces planches » (la formule l’amusait) lui donnait «  le sentiment intime de devoir donner raison à la critique, même méchante ! »

Il reste que cette « turquerie » a gardé tout son charme, Jacques Van Melkebeke était un féru des Mille et Une Nuits –« dans la traduction d’Antoine Galland » ne manquait-il jamais de préciser- et Laudy un fin lecteur du Coran, lui qui terminait parfois ses lettres par un «  Que la bénédiction d’Allah vous accompagne !  » Mais c’est évidemment l’influence du somptueux film de Raoul Walsh avec Douglas Fairbanks, The Thief of Bagdad (1924) qui en est l’influence majeure.

Cette bande dessinée fut publiée dans le Journal de Tintin du 29 avril 1948 (n° 18) jusqu’au 21 juillet 1948 (n° 29). Ensuite, l’histoire a été republiée en néerlandais dans le magazine Flamand « Ons Volkske » L’album devait paraître en 1950, en même temps que ceux d’Edgar P. Jacobs. Il avait même été annoncé sur le plat arrière de certains titres. Mais elle dut attendre l’édition Bédescope, 1000 exemplaires numérotés, signés par l’artiste, en 1979.

Ces planches somptueuses sont des morceaux d’histoire de la BD belge.

Pour la première fois, une édition complète

Ne croyez pas que la sortie en album du mythique Voleur de Bagdad chez Bédéscope ait été si facile. Laudy appréciait que cette réédition lui rapportât un peu d’argent, mais il jugeait ce travail avec un regard sévère. Je retrouve dans mes papiers le manuscrit de l’avant-propos qu’il imposa à l’éditeur (nous le reproduisons ci-contre) : « C’est aux nostalgiques que s’adresse cette réédition intégrale du « Voleur de Bagdad ». Fallait-il le reprendre en tout ou en partie ? L’auteur penchait vers cette dernière opinion. Ce n’est qu’après de longues discussions qu’il se rallia aux raisons de l’Éditeur. Que le lecteur bienveillant considère donc le présent volume au point de vue historique et qu’il se montre indulgent dans les critiques à formuler.  » La notice ne parut jamais, l’éditeur ne sentant pas de mettre un quelconque bémol écornant le mythe.

Que reprochait Laudy à l’ouvrage ? «  L’histoire commence bien, de façon flatteuse même, jusqu’au moment du départ de nos héros dans le désert. » Moment où le scénariste devait retourner… en prison «  pour une période d’un an qu’il ne devait pas faire ! »

Dans cette préface inédite, Laudy s’excuse pour son travail...

Pour une question de pagination (album de 64 pages), deux pages avaient été écartées par l’éditeur. On les retrouve ici ce qui fait de cette édition de planches en fac similé la seule vraiment complète de ce chef d’œuvre. 50 albums sont accompagnés d’une planche originale, parfois signée, les 50 autres étant seulement numérotés.

Ces planches ont été conservées jusqu’à aujourd’hui dans un bel état. Certaines sont signées. Elles comportent, pour beaucoup d’entre elles, des pastilles avec des textes néerlandais pour l’édition flamande de Tintin, Kuifje. C’était la pratique à l’époque, on faisait peu de cas des originaux. Mais on peut sans problème les faire enlever si c’est confié à un bon restaurateur.Certaines sont sans textes, d’autres avec des textes français.

C’est en tout cas l’occasion d’acquérir quelques planches de deux noms mythiques de l’École de Bruxelles.

Voir en ligne : LA VENTE LAUDY SUR CATAWIKI

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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