Chroniques Birmanes - Par Guy Delisle - Editions Delcourt

26 décembre 2007 0 commentaire
  • Suite des récits asiatiques de Delisle, ce roman autobiographique joue la carte de l'identification et de l'humour pour apporter au lecteur des clés afin de mieux comprendre ce qui se déroule en Birmanie, et dans les pays écrasés par les juntes tyranniques. Un petit bijou qui s'avale aisément, tout en provoquant une réflexion calculée et salutaire.

Guy Delisle a suivi sa compagne durant 14 mois en Birmanie alors qu’elle y collaborait avec Médecins sans Frontières. Il raconte son expérience du pays, comment il a fini par apprivoiser son environnement, et petit à petit, comment il a découvert la réalité politique, sanitaire et sociale de ce pays dominé par une junte militaire, soutenue elle-même par de puissants groupes industriels. Même si ce voyage s’est déroulé en 2005, les récents évènements birmans apportent une connotation dramatique à ce passionnant périple.

Chroniques Birmanes - Par Guy Delisle - Editions Delcourt

Après Shenzen qui retraçait sa vision de la Chine, et Pyongyang sous la tyrannie nord-coréenne, ces Chroniques Birmanes se présentent comme le troisième volet de la série d’ouvrages que Guy Delisle a consacré à ses voyages en Asie.

Dans un style graphique extrêmement fluide et accessible, il confronte son regard d’occidental et son quotidien empli de futilités aux difficultés quotidiennes rencontrées par les habitants d’un des pays les plus pauvres au monde, et écrasé par le joug de la dictature militaire. Le résultat est à la fois passionnant et drôle. Effectivement, en mêlant didactique et humoristique, le lecteur se laisse prendre par un rythme savamment construit : le propos n’est jamais rébarbatif, car Delisle vise en priorité l’identification de l’Occidental moyen à ses déductions et interrogations. Sans jamais tomber dans le jugement facile, il rapporte donc ses pérégrinations qui font réfléchir et voyager sans quitter son fauteuil.

Loin de la géopolitique mondiale, c’est donc le concret qui véhicule ses chroniques, en bouleversant certaines idées reçues tout en diversifiant les propos évoqués : importance de la drogue, propagation irréversible du HIV, positionnement des multinationales, différence technologique avec les pays voisins, problème de distribution d’eau et d’électricité, importance de la religion, censure médiatique, précarité extrême des habitants, tensions des groupuscules rebelles et des généraux en constante rivalité interne, ... L’ensemble dilué dans un quotidien d’un père de famille dont les priorités sont plutôt axées à balader son fils, ou à trouver de l’encre de chine pour terminer les planches de son dernier album.

Grâce à cette identification, le lecteur bénéficie d’une évasion garantie, le laissant errer entre les turpitudes familiales et la vision sans complaisance envers un des régimes les plus tyranniques et les plus fermés au monde. On n’est donc guère étonné que la pertinence du propos et la fluidité du récit aient été récompensées par des nominations au prix de la Critique 2008 et au FIBD d’Angoulême.

(par Charles-Louis Detournay)

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