Comment marche la BD en Espagne ?

12 avril 2019 0 commentaire
  • Nos amis espagnols ont publié un rapport sur le marché de la BD dans la péninsule ibérique. Grâce à Tebeosphera, nous avons pu le lire. En quoi le marché espagnol de la bande dessinée est-il différent du nôtre ? Petit tour d’horizon…

Tandis que l’Association des Critiques et des Journalistes de BD (ACBD) se montre incapable de continuer le travail de Gilles Ratier dont le rapport n’a pas trouvé de successeur depuis 2017, qui aurait pu croire que son initiative avait pu inspirer des pays étrangers ? C’est le cas de l’Allemagne et des Pays-Bas depuis plusieurs années, mais aussi de l’Espagne, sous la houlette de l’excellent site d’information sur la bande dessinée Tebeosfera qui vient de publier son rapport 2018 sur l’industrie de la BD en Espagne (ACT Ediciones, PDF en lien ci-dessous).

En quoi le marché espagnol est-il différent du nôtre ? La production d’abord. Elle est certes inférieure à la nôtre (plus de 3000 nouveautés - quand même ! - contre près de 5000 chez nous) avec un petit tassement cette année alors que, comme dans notre pays, elle était en progression les années précédentes, ceci avec une assiette de lecteurs moindre (9,3 % des Espagnols seulement disent lire une bande dessinée dans l’année contre 51 % en France [1]). Un chiffre qui se tasse ces dernières années…

Comment marche la BD en Espagne ?
Progression en nombre de titres publiés sur le marché espagnol.
© ASOCIACIÓN CULTURAL TEBEOSFERA (ACYT) · ACYT EDICIONES

Huit fois plus petit que le marché français

Le chiffre d’affaires du livre en Espagne est à peine plus faible que celui de la France : € 2,319 Md (Chiffres 2017, selon Vozpopuli [2]) contre € 2,706 Md en France (Chiffres 2016, d’après un rapport du Ministère de la Culture [3], mais la proportion de la bande dessinée serait de l’ordre de € 60,2 millions d’euros (chiffres 2016) contre € 510 millions en France, soit près de 8 fois moins que le nôtre, la diffusion en kiosque représentant une partie conséquente de ce chiffre (23,09 %). La plus forte progression de la production des albums de BD vient, depuis 2014, des albums cartonnés (+33,1%), ce qui est probablement le signe d’une modification du statut de la bande dessinée en Espagne, devenue, comme chez nous, un cadeau valorisant et un objet collectionnable.

Autre fait intéressant : la majorité des BD produites en Espagne le sont en Catalogne (79,47 %), signe que la proximité culturelle avec la France peut influer sur une appétence de cette région pour la BD nettement supérieure aux autres régions du pays.

L’origine géographique des BD publiées en Espagne.
© ASOCIACIÓN CULTURAL TEBEOSFERA (ACYT) · ACYT EDICIONES

Les comics américains en pôle position

Le fait remarquable est la bonne tenue des comic books américains dans le marché espagnol, alors que chez nous, ce sont les mangas qui dominent le marché (38 % des ventes en volume désormais en France). Ceux-ci occupent 44,68 % du marché espagnol contre 30,31 % pour la BD européenne (dont 11,24 % pour la BD franco-belge) et 23,32 % pour la BD asiatique.

Trois raisons à cela : les animes japonais ont « envahi » plus tardivement la péninsule que chez nous et les acteurs éditoriaux traditionnels, puissants en kiosque (Planeta et Panini) favorisent ce format en raison de sa présence sur les grands comme les petits écrans, mais aussi parce que quelques-uns des grands acteurs de l’édition des mangas en Espagne, Glénat puis Editores de Tebeo, ont disparu du marché, ce qui a notablement affaibli leur présence ; enfin, l’offre thématique éditoriale est essentiellement Shônen et assez peu Shôjo, ce qui détourne le public féminin qui est de plus en plus choyé en France ces dernières années.

Les principaux producteurs de BD en Espagne.
© ASOCIACIÓN CULTURAL TEBEOSFERA (ACYT) · ACYT EDICIONES

C’est donc logiquement que les éditeurs de comics tiennent le haut du pavé dans la péninsule ibérique : Panini (détenteur de la licence Marvel) et ECC (détenteur de la licence DC Comics) laissent les autres loin derrière.

La progression fulgurante des comics dans notre pays (+44% de progression en 2018 et 6 % du marché) est une autre démonstration de la puissance de pénétration des super-héros US dans nos contrées.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

POUR ACCÉDER AU RAPPORT COMPLET SUR TEBEOSPHERAS (107 PAGES, EN ESPAGNOL)

Dessins de Max.

[1CNL-Ipsos – Les Français et la lecture, mars 2019.

[2Vozpopuli Vozpopuli.

[3Ministère de la Culture, Chiffres clés du secteur du livre 2016-2017.

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