DC Comics et les Humanos font alliance.

17 janvier 2004 0
  • Dans un communiqué de presse commun daté du 13 janvier, Paul Levitz, président de DC Comics (groupe Warner Bros) et Fabrice Giger, fondateur du groupe Humanoïds, propriétaire des Humanoïdes Associés et de Métal Hurlant, ont déclaré avoir signé un accord d'exploitation du catalogue de l'éditeur franco-suisse aux Etats-Unis.

En échange d’une exclusivité de publication en langue anglaise du catalogue des Humanos, DC Comics s’engage à publier 36 titres par an au sein de son catalogue. Certains auteurs de l’éditeur new-yorkais (Charest, Busiek, Cassaday) viendront renforcer ce catalogue publié sous le label Humanoïds aux États-unis et dont l’ambition est de créer une ligne d’albums de BD dans les librairies américaines. Une véritable révolution au pays des comic-books.

DC Comics et les Humanos font alliance.
Metal Hurlant
La revue créée en 1975 par Moebius, Druillet et Jean-Pierre Dionnet connaît une nouvelle jeunesse aux Etats-Unis.

Une formidable opportunité pour la BD européenne

« C’est une rare et extraordinaire opportunité de faire connaître l’un des meilleurs catalogues du monde auprès de notre public », se félicite Paul Levitz dans le communiqué de presse. Sur le site Newsrama.com, il ajoute qu’il a l’intention de créer une véritable tête de pont pour la BD européenne aux États-unis, célébrant les vertus de l’album à la française qu’il tient pour « une vénérable et belle forme d’art » et dont il déplore que, à quelques exceptions près, dont Tintin, elle n’ait jamais eue une distribution à grande échelle au pays des comics.

De son côté, Fabrice Giger, le patron des Humanos souligne que cet accord offre une formidable vitrine pour la création européenne. C’est en effet un point d’orgue pour la branche américaine du groupe suisse qui avait racheté le catalogue et les marques des Humanoïdes Associés au groupe Hachette en 1988. Beau parcours aussi pour un label créé par une poignée de jeunes auteurs indépendants il y a bientôt 30 ans, en 1975, parmi lesquels figuraient des signatures comme celle de Moebius, Druillet ou de Jean-Pierre Dionnet.

L’Incal de jodorowsky & Moebius
dans sa version américaine.

Une évolution inévitable

Cette nouvelle donne n’est pas surprenante. Elle résulte de la convergence de l’évolution de la consommation de la BD sur le marché américain et une évolution stylistique de la BD européenne. Publiés aux Etats-Unis sous le vocable de Graphic Novels, les albums ont été popularisés pour la première fois par Will Eisner avec « A Contract With God » (Un contrat avec Dieu) en 1978, un recueil de souvenirs de son enfance new-yorkaise peu compatible avec le genre super-héros . Mais c’est avec Maus de Art Spiegelman, lauréat du Prix Pulitzer décerné pour la première fois à une BD, que le public américain a pris conscience de l’émergence d’une nouvelle forme d’art. Les éditeurs classiques de comics se sont engouffrés dans la brèche, proposant au public des TPB (Trade Paper Back) compilant les fascicules vendus en feuilleton. Bon an mal an, des auteurs comme Pratt, Giardino, Sfar ou récemment Marjane Satrapi, commencèrent à gagner un public fidèle.

Par ailleurs, le style de dessin des auteurs franco-belges, s’était « américanisé » sous l’influence des grands auteurs de comic-book comme Jack Kirby ou Frank Miller. La mondialisation passant par là, les artistes se sont influencé d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. Pour finir par se rapprocher et constituer un public commun.

Ce constat fait, un style nouveau risque de rendre obsolète cette première convergence : celui des mangas japonais.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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