Marché de la BD en France en 2020 : une année record

28 janvier 2021 20
  • Le marché de la BD en France se conclut en 2020 sur un chiffre record : plus de 53 millions d'exemplaires de bande dessinée ont été achetés en France (+9%) pour un chiffre d’affaires généré de 591M€ (+6%). Ce sont les mangas qui progressent le plus (+18%), ceci en dépit d’une baisse de nouveautés en raison de la Covid. Le marché est surtout porté par les séries et les best-sellers. On notera que deux albums sur trois sont destinés à des moins de 30 ans.

En 2020, année du Covid, le marché de la BD s’est établi, selon GfK, à 53,1 millions d’exemplaires vendus, soit une croissance +9%, pour un chiffre d’affaire de 591 millions d’euros, soit +6%.

Est-ce un effet Covid ? Oui et non. Non, parce que la hausse des ventes de la BD est constante depuis 2016 et elle représente un livre sur cinq achetés en France (18% du marché en volume) prenant la 3e place dans le marché du livre après la littérature et la jeunesse.

Oui, parce que l’absence de consommation des autres biens culturels (cinéma, théâtre, voyages…) a reporté en librairie le besoin d’évasion. Et la BD, avec ses images colorées et ses thématiques qui font rêver, offrait la compensation nécessaire, à des tarifs relativement bon marché.

Marché de la BD en France en 2020 : une année record

Et, la chose s’exprime de façon encore plus remarquable aux États-Unis, les mangas se taillent la part du lion (ils représentent 42% des ventes en volume cette année, avec une croissance de +18%) en raison de leur forte présence sur les plateformes comme le démontre le succès de Naruto (Ed. Kana) qui a retrouvé les chiffres de ses plus belles années, comme nous vous l’expliquions voici quelques jours.. La série place d’ailleurs deux titres dans les deux premières places du Top 10 des ventes de l’année, tandis que One Piece en place trois et Dragon Ball (tous deux chez Glénat). Seules nouveautés dans la liste : Demon Slyer chez Panini (en 3e place, devant One Piece) et My Hero Academia chez Ki-Oon, ce qui démontre que même au niveau des lecteurs de mangas, en période d’incertitude, on se réfugie dans les valeurs sûres.

Les classiques rassurent

Même impression du côté du franco-belge. Parmi les succès évidents de l’année, Le Lucky Luke très opportun de Jul et Achdé (Lucky Productions), L’Arabe du futur de Riad Sattouf (Allary Editions) au T.5 très attendu, de même que le Blake et Mortimer de Jean Dufaux, Christian Cailleaux et Étienne Schréder, font plus que tirer leur épingle du jeu, se plaçant l’un et l’autre dans le Top 10 des ventes de l’année.

Du côté du comics, les blockbusters d’Hollywood brillant par leur absence dans les salles en 2020, on aurait pu croire que, comme aux USA, la demande allait fléchir. Que nenni : avec 6% du marché, ce segment progresse encore de +6%.

Enfin, il est intéressant de se pencher sur l’insolente santé de la BD jeunesse, l’un des segments les plus porteurs de cette année. La sortie d’un nouvel Astérix en fin 2019 a encore généré des ventes en 2020 et, avec une « pseudo-nouveauté » en 2020 (Le Menhir d’or), le Gaulois continue à tirer le secteur, une BD sur 4 ressortant de ce segment de marché porteur d’avenir puisque le consommateur de BD, en 2020, a majoritairement moins de 30 ans (65% des achats). On remarquera aussi la présence massive du phénomène Mortelle Adèle de Mr Tan (Ed. Tourbillon) qui place quatre titres dans le Top 10 des meilleures ventes jeunesse de l’année.

L’insolente santé de la BD jeunesse
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

En termes de temporalité, le schéma ci-dessous montre que les acheteurs ont profité du déconfinement pour approvisionner leur bibliothèque. Ce qui est remarquable, c’est que les choix ne se sont pas seulement portés sur les nouveautés : les acheteurs en ont profité pour compléter leur collection : entre +47% et +49% de progression sur les fonds dans les périodes déconfinées.

En bref, les Français ont su surfer sur la vague, fuyant le Galactus de la pandémie.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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20 Messages :
  • On a d’un côté le générateur d’albums (l’éditeur), de l’autre le consommateur (le lecteur).
    Des deux côtés on se réjouit de l’abondance de l’offre : l’éditeur va plutôt bien parce que les gens consomment et il s’y retrouve, les consommateurs vont plutôt bien parce qu’ils peuvent piocher exactement ce qu’ils cherchent. L’édition BD ressemble à ce niveau-là, à un système à la netflix. : l’offre BD est devenue un supermarché bien fourni.
    Au milieu vous avez les auteurs, qui voient leurs ouvrages noyées dans cette abondance, mal défendues, mal mises en avant (et pour cause)
    L’abondance est juste toxique pour l’auteur quoi.

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    • Répondu le 28 janvier à  15:52 :

      En effet. Seul avantage de l’abondance : il est plus facile que jamais de se faire publier. Il y a de plus en plus d’aspirants auteurs.

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    • Répondu par Milles Sabords le 28 janvier à  15:55 :

      C’est beaucoup plus cynique que ça... on réduit la part du gâteau des auteurs, car c’est bien connu que la passion fait vivre !

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      • Répondu par Sergio Salma le 28 janvier à  17:54 :

        Et normalement ici quelqu’un va dire que l’auteur est dans une situation de plus en plus précaire. Puis réponse d’un auteur anonyme qui va dire : en effet les sommes proposées aux auteurs diminuent c’est l’effet de l’offre et de la demande. Réponse suivante sur les romans graphiques faits plus vite parce que pas soignés donc augmentation du nombre de sorties. Puis un amateur va dire que de tous temps l’art n’a jamais payé que les auteurs à succès. Réponse cinglante d un autre auteur anonyme ayant 30 albums à son actif disant que l’auteur est malmené alors que l’éditeur paie ses secrétaires. Un lecteur de classiques va dire que l’art se perd et que ce monde court à sa perte puisque les traits de cases ne sont plus tracés à la règle. Un mec fâché va répliquer que le responsable est le capitalisme et un gentil monsieur va indiquer que l’édition doit réduire le nombre de sorties. Ce à quoi va répondre un ancien auteur courroucé que les éditeurs sont des esclavagistes sans scrupule, que l’auteur et l’autrice sont des variables d’ajustement et que les salons devraient payer les séances de dédicaces. Puis un philosophe dira que l’art naît de la contrainte et un autre lecteur d’actuaBD va donner la suite de ce dicton. Puis quelques grincements de dents, puis quelques sarcasmes provocateurs pour enfin se terminer sur des publications réponses ping-pong qui se lisent de plus en plus difficilement parce que 1 mot 1 ligne.

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        • Répondu le 28 janvier à  19:05 :

          Ces échanges certes répétitifs font tout le sel d’Actua BD.

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          • Répondu le 28 janvier à  20:31 :

            oui et ça manque sur certains sujets. tellement beaucoup ont 0 message. dommage ;)

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        • Répondu le 28 janvier à  19:18 :

          Et à la fin Sergio Salma donnera son avis éclairé, tranchant et un poil cynique...

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        • Répondu par Henri Khanan le 29 janvier à  20:58 :

          “Comme c’est juste ! Ce forum tourne sur lui-même, à vide, et se répète sans cesse. On attend toujours des idées nouvelles, si possible !”

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          • Répondu le 30 janvier à  11:00 :

            Il faut dire que la situation n’évolue pas : entre l’enterrement du rapport Racine il y a un an, le changement de ministre de la culture et le Covid, la situation des auteurs n’a pas évolué. Normal que les commentaires restent les mêmes.

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      • Répondu le 29 janvier à  11:09 :

        et si ils ne s’en sortent plus il y en a 35 autres qui attendent à la porte c’est ça ? donc leur détresse potentielle est invisible.

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  • C’est marrant, quand on écoute certains médias, on a l’impression qu’il n’y a que des romans graphiques dans la bd d’aujourdhui, et pourtant il y a bien écrit "bds de genres", hors albums jeunesses, tous du même scénariste d’ailleurs, dans ce top 10 des ventes. Ca n’enlève rien à la qualité des romans graphiques, mais ça n’enlève rien non plus à la qualité des bds de genres, qui pourtant en prennent pour leurs grades.

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    • Répondu le 28 janvier à  16:54 :

      Sauf un album jeunesse, pardon.

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    • Répondu le 28 janvier à  17:27 :

      Le problème, c’est que depuis des années les éditeurs misent tout sur le roman-graphique qui coûte moins cher à produire tout en augmentant les prix des albums. Du coup, petit à petit, ils éliminent la BD de genres. Déjà que la BD perd du public, contrairement aux chiffres annoncés...

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  • "La sortie d’un nouvel Astérix en fin 2019 a encore généré des ventes en 2020 et, avec une « pseudo-nouveauté » en 2020 (Le Menhir d’or), le Gaulois continue à tirer le secteur, une BD sur 4 ressortant de ce segment de marché porteur d’avenir puisque le consommateur de BD, en 2020, a majoritairement moins de 30 ans (65% des achats)."

    Je n’ai rien compris à cette phrase truffée de virgules. De plus, j’ai l’impression que vous avez oublié un ou deux mots.
    Pourriez-vous être plus limpide ?
    Merci !

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  • Donc dans les 65 % des lecteurs de moins de 30 ans, la moitié lit du Manga, l’autre de la bd jeunesse. Au-dessus de 30 ans, on a de la bds de genres, si on reste sur les chiffres des tops 10. Quid de la part des romans graphiques ?

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    • Répondu le 30 janvier à  09:27 :

      Avec des roman-graphique qui en règle générale ne dépassent pas les 3000 exemplaires vendus, mais qui contribuent largement à la surproduction pour rentabiliser les éditeurs, la messe est dite...

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  • Comme d’habitude, pas UN post d’inspiration libérale ici, donc je m’y colle comme à l’habitude : le marché du livre est un marché administré par l’Etat avec prix fixes, donc pas de concurrence, et un phénomène de rente pour quelques gagnants du système, et le bon peuple tous perdants

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    • Répondu le 30 janvier à  14:30 :

      Pauvres ultra-libéraux dont plus personne ne veut entendre parler en ces temps de pandémie : même les Républicains s’alignent sur les recettes étatistes et souverainistes de Xavier Bertrand, même Macron injecte des milliards d’argent emprunté et fait dans l’économie administrée, même les USA ont élu un président interventionniste.

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      • Répondu le 30 janvier à  15:57 :

        Un libéral qui parle du bon peuple MDR ou comment rendre la culture encore moins accessible qu’elle ne l’est déjà. Honte de rien.

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    • Répondu par Henri Khanan le 31 janvier à  14:46 :

      Les grands gagnants sont les distributeurs, rémunérés pour livrer les nouveautés et le réassort, mais aussi pour renvoyer les invendus. Les éditeurs ont différé à 2021 une partie des nouveautés prévues pour 2020, mais ont plutôt bien tenu le coup, en dépit de la fermeture totale du premier confinement, et du click and go autorisé pendant le second. Ceux outillés pour vendre sur internet s’en sont bien sortis. Les auteurs sont les grands perdants de l’année.

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