"L’Affaire des affaires" de la bande dessinée à l’écran

11 mars 2015 1
  • La sortie du film "L'Enquête" (mi-février) de Vincent Garenq, qui s'inspire directement de la bande dessinée "L'Affaire des affaires" de Laurent Astier et Denis Robert, donne l'occasion à Dargaud de publier une intégrale qui reprend les quatre tomes de ce pavé économico-politico-judiciaire.

Plus de 700 pages au format original (174x240 mm), pour une intégrale qui tient, plastiquement, davantage du dictionnaire que de la bande dessinée. Aussi particulier d’aspect que sobre dans son édition (pas de compléments), L’Affaire des affaires en intégrale fait honneur à la singularité de cette œuvre et donne à voir l’ampleur du travail de Laurent Astier sur le scénario de Denis Robert. Titanesque. Manuel de journalisme militant, biographie, documentaire, brûlot anti-capitaliste, thriller, L’Affaire des affaires, c’est un peu tout ça à la fois.

"L'Affaire des affaires" de la bande dessinée à l'écran

Le film évitait la synthèse improbable des 700 pages de la bande dessinée et concentrait son propos et son intrigue autour de ce qui est communément appelé "la seconde affaire Clearstream", soit une machination politico-financière qui impliqua malgré eux Denis Robert, le juge Renaud Van Ruymbeke et deux candidats à la présidentielle. Une "fausse" affaire dans l’affaire qui valut à Denis Robert la formule qui donne le titre à la bande dessinée en référence à Clearstream, « la banque des banques ».

L’intrigue s’établit autour d’un triangle dramatique composé de Denis Robert (Gilles Lellouche), Renaud Van Ruymbeke (Charles Berling) et Ihmad Lahoud (Laurent Capelluto (le petit Belge du casting), personnage énigmatique et tortueux.

Vincent Garenq, à qui l’ont doit l’excellent Présumé coupable sur l’affaire d’Outreau en 2011, fait avec L’Enquête œuvre de transmission et de vulgarisation, faisant mentir Louis Dumur lorsqu’il soutient que les plus belles choses ne résistent pas à leur vulgarisation.

Beau n’étant pas l’adjectif qui définit au mieux les deux œuvres, sur l’écran comme sur le papier. Rageur est un adjectif qui sied mieux, tant L’Enquête dégage l’énergie et la sincérité propre à la de bande dessinée. Vincent Garenq, avec les outils qui sont ceux de son média, réussit cependant à retranscrire le dynamisme de la narration de Laurent Astier et ses incroyables métaphores graphiques.

Porté par l’excellent Gilles Lellouche incarnant un Denis Robert à la fois fébrile et robuste, le casting est à la hauteur du projet du cinéaste. Charles Berling, le trop rare Charles Berling, est impeccable dans le rôle de juge intègre pris au piège de son enthousiasme à pourchasser la criminalité fiscale et Laurent Capelluto, encore assez peu connu, ne manque pas de talent pour interpréter un Ihmad Lahoud dont les motivations sont voilées de mystère.

Ce thriller à la fois enivrant et militant est plus qu’une introduction à la bande dessinée ou aux livres de Denis Robert (Révélation$, La Boite Noire). Œuvre distincte, L’Enquête, à l’aune des récentes révélations des Swiss-, et Luxleaks, est un plaidoyer citoyen et politique essentiel autant qu’un excellent thriller de divertissement.

Détail sympathique, outre le scénariste, Denis Robert, film et intégrale partagent la même image de tête à ce détail près, que l’affiche du film est une photo et que la couverture de l’intégrale est un dessin : Denis Robert descendant les marches de la justice sous le regard des protagonistes de l’affaire Clearstream.

Sorti à la mi-février, L’Enquête est encore à l’affiche. L’intégrale, quant à elle, pallie idéalement à la l’épuisement du stock des quatre titres originaux que d’aucun ont peut-être laisser passer distraitement.

(par Tanguy PÂQUES)

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