Du XXe Ciel au Siècle d’Eva

14 décembre 2013 5 commentaires
  • Mémoires du XXe Ciel est une de ces moulins à vent vers lesquels Bernard Yslaire, qui a toujours eu une vision romantique et exaltée de l'histoire, a brisé sa lance de Don Quichotte à la fin du dernier millénaire. Le résultat de cette expérience ressort en intégrale en cette fin d'année dans un tête-bêche qui résume une des premières tentatives ambitieuses d'un auteur de BD de domestiquer l'outil informatique et l'Internet.

C’est un de ces projets laborieux dans lesquels Bernard Yslaire a bien failli se perdre. Son ambition ? Rien moins que faire un portrait du XXe Siècle à l’aube du XXIe naissant, avec ce qui apparaît comme son accomplissement : les "nouvelles technologies", alors étiquetées sous le truisme de "multimédia".

Une première publication, Introduction au XXe Ciel, a lieu chez Delcourt en janvier 1998. Sa démarche expérimentale revendiquée (l’album est issu d’un site Internet dédié, chose banale de nos jours) étonne les lecteurs de Sambre.

Le volume reparaît deux ans plus tard aux Humanoïdes Associés, avec un nouveau titre : XXeciel.com/mémoires 98. En 2001, un nouvel album paraît : XXeciel.com/mémoires 99. Les deux volumes sont commercialisés dans un même fourreau.

En novembre 2003, toujours aux Humanos, deux nouveaux volumes apparaissent Mémoires (19)00 et Mémoires (20)00. "Deux versions, deux vérités, deux interprétations du siècle" avec la même base de données, nous vend-on. Un coffret réunit les quatre albums.

Dix ans plus tard, c’est au tour de Casterman de prendre le relais, qui réunit tout ce travail dans une intégrale en décembre 2013.

Qui est l’ange ?

De la profusion des images et des sens de cette fin de millénaire, sidérante mais aussi de plus en plus addictive, Yslaire tire un fil rouge : la mémoire d’une femme centenaire mourant avec le siècle. Son héroïne est viennoise, psychanalyste, disciple de Freud. Elle s’appelle Eva Stern. Stern parce que la symbolique des étoiles est partout présente dans cet album : « Je suis parti sur la base des étoiles qui ont façonné l’image de ce siècle (étoile jaune, rouge, de l’Europe, de l’armée américaine...), j’ai imaginé que ce n’était pas un hasard si ces symboles avaient été utilisés aussi souvent par des peuples opposés et pour des causes différentes. Mais que, peut-être, il y avait un sens commun, à savoir une quête des étoiles, une course à l’espace toujours présent de façon inconsciente au niveau collectif » témoignait Yslaire en 2001. [1]

Notre héroïne voit dans ce défilement d’images une figure récurrente : un ange. Qui est-il ? Est-il ce messager virtuel qui, au travers d’Internet, envoie régulièrement des images ? Est-il le symbole de ce que les nouvelles technologies et même la psychanalyse n’ont jamais réussi à réduire en dépit de leur puissance rationnelle : la foi ?

Yslaire n’en donne pas le fin mot, mais on comprend bien, par analogie, que c’est bien l’auteur, pourvoyeur d’images et grand mystificateur iconique lui aussi, qui l’incarne le mieux.

Toutes les interprétations l’agréent : rien de tel qu’une œuvre qui interroge...

Du XXe Ciel au Siècle d'Eva
Le Siècle d’Eva - Par Bernard Yslaire
(c) Casterman

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Le Siècle d’Eva (Intégrale) - Par Bernard Yslaire - Casterman

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[1Interview d’Yslaire par Didier Pasamonik (janvier 2001).

 
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5 Messages :
  • Du XXe Ciel au Siècle d’Eva
    14 décembre 2013 15:38, par Simon

    Je suis parti sur la base des étoiles qui ont façonné l’image de ce siècle (étoile jaune, rouge, de l’Europe, de l’armée américaine...)

    Il manque à cette liste l’étoile islamique (l’étoile verte, disons) : de la fin de l’empire ottoman en Turquie (dont le génocide arménien a inspiré Hitler et mené à la Shoah) à la fin de l’empire soviétique en Afghanistan (dont le bourbier a inspiré Ben Laden et mené au 11-Septembre), avec tous les mouvements type Hezbollah, GIA, Al-Qaïda, et leurs vagues d’attentats.

    Même pour une citation de début 2001, je trouve que c’est un grave oubli et une vue très partielle du XXe siècle.

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  • Du XXe Ciel au Siècle d’Eva
    15 décembre 2013 02:53

    Encore une fois une intégrale trop onéreuse pour moi. Avec 33 euros, je peux m’acheter 16 pains et donc me nourrir pendant un mois. C’est une nécessité, pas un choix pour beaucoup de gens et je pense que la BD, qui était surtout un art populaire dans le bon sens du terme, sans que cela soit péjoratif donc, à tendance à devenir élitiste en favorisant certaines couches de la population et les intégrales sont une mauvaise option pour moi qui privilégie pour leur cout, les albums imprimés individuellement.

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    • Répondu par pierre le 15 décembre 2013 à  14:56 :

      Acheter une intégrale revient moins cher que acheter les albums séparément. Évidemment il faut sortir une plus grosse somme en une fois.
      Ceci dit c’est vrai que la BD est chère de manière générale pour beaucoup de monde.

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    • Répondu par ostap78 le 16 décembre 2013 à  07:29 :

      ton ordi avec lequel tu lis cette page et que tu réponds, tu pourrais le revendre aussi .çà te permettrait de mettre du beurre sur ton pain !

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  • Du XXe Ciel au Siècle d’Eva
    15 décembre 2013 12:39, par Frenchoid

    Toutes les interprétations l’agréent

    Grévisse, Hanse, Goosse et quelques autres ne connaissent que « lui agréent ».

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