L’épopée romantique de Jim

13 décembre 2013 3 commentaires
  • On a pu découvrir naguère Jim/Téhy dans des séries dynamiques comme ['Yiu'->art9590] ou ['Reign'->art9570] ou dans quelques albums thématiques... Mais il se révèle véritablement aujourd'hui dans le domaine... romantique! Loin des albums sirupeux et convenus qui plombent le genre, Jim nous offre des récits qui touchent à partir de petits riens de notre vie quotidienne. Avec le deuxième volet d'{Une Nuit à Rome}, il nous présente la suite et fin d'une histoire... éternelle.
L'épopée romantique de Jim
Les deux albums sont réunis dans un coffret.

Nous vous avions déjà présenté ce diptyque dans notre précédent article consacré à cette série (Bambou investit dans la bande dessinée sentimentale) : le soir de ses 40 ans, Raphaël recevait une vidéo tournée vingt ans plus tôt dans laquelle il faisait le serment de retrouver la jeune femme avec laquelle partageait alors sa vie, Marie, de la retrouver vingt ans plus tard, pour une nuit, à Rome .

Profondément troublé par ce message de rappel (qui ne le serait pas ?), Raphaël va s’interroger, hésiter, retourner sur son itinéraire d’homme en pleine crise de la quarantaine et "installé" dans une relation durable. Est-ce que cela du sens d’accomplir un projet aussi fantasque ? Peut-on risquer de sacrifier le bonheur présent pour un passé à jamais révolu ?

Sur un coup de tête, ill décide de prendre l’avion pour l’Italie mais, arrivé à l’hôtel, devant la porte entrouverte de la chambre, il hésite encore : « - Est-ce que tout cela vaut le coup ? » Question qui va traverser les deux personnages au cours de leur escapade romaine car, derrière l’euphorie de leurs retrouvailles, les deux amants ne tardent pas à se retrouver confrontés aux choix de leur vie.

En suivant leur déambulation dans les rues d’une Rome aux couleurs flamboyantes et crépusculaires, au fil des rencontres impromptues dans les ruelles ou sur les terrasses, revient l’obsession vaine et démesurée de lutter contre le temps, d’affronter le cours des choses.

Avec son découpage et sa mise en couleurs parfaitement maitrisée, {Une nuit à Rome} privilégie une forme de glamour, séduisant et terriblement efficace.

Les lumières ocres et dorées de cette Italie de carte postale, le charme irréel de cette parenthèse enchantée, ne parviennent pas à dissiper les malaises et les incertitudes . « Les histoires d’amour finissent mal…en général » chantaient les Rita Mitsouko dans les années 1980... Jim se garde bien d’être aussi catégorique. Loin d’évacuer la complexité de cette passion amoureuse, il en pointe avec une grande acuité psychologique les contradictions et les incertitudes.

Avec cette histoire, Jim nous fait pénétrer dans l’intimité et les contradictions de chacun d’entre nous.
Canal BD, réseau des libraires spécialisés, propose une version au dos toilé.

Avec des moyens simples (narration fluide et langoureuse, trait souple et élégant, mise en page sobre et efficace...), l’auteur réussit avec brio à provoquer un écho dans le cœur et la mémoire de chacun d’entre nous. Le récit est aussi parfaitement agencé : ce second tome répond à l’introduction surprenante du premier. Et même si on se doute que les deux amants vont se retrouver, on profite autant de leurs émotions, que de l’épilogue de leurs aventures.

Diplômé de l’École de bande dessinée d’Angoulême, Jim est à la fois dessinateur, scénariste et réalisateur de courts-métrages. Il a publié de nombreux albums comme 500 idées pour glander au boulot, Tous les défauts des mecs (avec Fredman) édités chez Vent d’Ouest ou Petites Éclipses (avec Fane), Casterman.

Dans ce diptyque, il renoue avec un récit à la touche personnelle et intimiste qui nous renvoie à nos propres interrogations sur l’amour, la fuite du temps et l’impossibilité de revenir sur son passé. Des thèmes traités avec pudeur et sensibilité qui confèrent à cette histoire une belle crédibilité, dans une démarche sentimentale pas si courante dans la bande dessinée.

L’éditeur de la collection Grand Angle chez Bamboo n’a pas lésiné sur les moyens pour valoriser son travail : maquette soignée, pagination hors norme, présentation sous différentes couvertures, production en coffret et en version de luxe... Un effort qui n’est pas pour rien dans l’accueil favorable que le public réserve à cette histoire moderne et romantique.

Des Petites Éclipses à Une Petite Tentation, Jim parachève son exploration des moments singuliers de la vie pour développer aussi bien la passion amoureuse qu’un questionnement psychologique d’une portée universelle. L’éditeur bourguignon a bien compris qu’il tenait là une voie encore peu explorée dans la bande dessinée francophone, et a décidé d’accompagner son auteur.

C’est ainsi que nous pourrons découvrir en janvier prochain le premier tome d’un nouveau diptyque Où sont passés les grands jours ?, scénarisé par Jim et dessiné cette fois par Alex Tefenkgi, à qui on devait déjà Tranquille Courage ou encore Les Âmes nomades chez le même éditeur. Ce nouveau récit traitera des rêves que l’on porte en nous, ceux que l’on réalise ou non, et ces petits ressentis sur le temps qui passe, que l’on partage... ou non...

Enfin, Bamboo associe un autre auteur à Jim pour la réalisation d’un One-Shot, Un Petit Livre oublié sur un banc, à paraître en mars 2014. Mig à qui l’on doit entre autres Le Messager et Sam Lawry, illustre ce conte où un inconnu partage sa passion de la vie et des sentiments procurés par la lecture d’un livre. Un bel hommage à la création !

(par Patrice Gentilhomme)

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Une nuit à Rome T2 - Par Jim - Éditions Bamboo

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Lire également notre interview de Jim - Téhy : « Je ne me vois arrêter ni l’un ni l’autre : J’ai besoin de ces deux facettes. »

Lire notre précédent article sur le sujet : Bamboo investit dans la bande dessinée sentimentale

 
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3 Messages :
  • L’épopée romantique de Jim
    14 décembre 2013 00:43

    Un mix réussi entre le magazine Nous Deux et les romans de la collection Harlequin. Ce public était délaissé par les éditeurs bd.

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    • Répondu le 16 décembre 2013 à  16:13 :

      le gros paradoxe, c’est que ce sont beaucoup d’hommes qui lisent cette histoire alors qu’il la fuirait au cinéma ou en littérature. La BD, défouloir honteux ? :o)

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      • Répondu le 17 décembre 2013 à  01:53 :

        le gros paradoxe, c’est que ce sont beaucoup d’hommes qui lisent cette histoire

        Qu’en savez-vous ? Les femmes lisent beaucoup de bd de nos jours.

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