Eerie & Creepy présentent Richard Corben, Vol. 1 (Trad. Dough Headline) - Ed. Delirium

13 décembre 2013 6 commentaires
  • Encore une belle édition de Delirium, le label scellant la coédition entre 160 Media Perspective et Cà & Là. Cette fois, le duo s'attaque à Richard Corben, l'homme qui réussit à concilier Underground et Heroïc Fantasy.

De lui, on se souvient de Den, qui paraissait dans Métal Hurlant, où les héros musculeux, le plus souvent nus, vivaient des aventures érotico-fantastiques. Ce qui frappait, c’était la forme du dessin, au trait nul autre pareil, et qui influença jusqu’à Tardi ou Gal ; mais surtout les couleurs, à l’opposé des camaïeux rassurants de Tintin et Blake & Mortimer : pétantes, fluo, hard rock en fait (Dionnet et Manœuvre ne s’y étaient pas trompés), d’une modernité éblouissante...

Le secret de Corben ? C’était le roi du ben-day, ce système manuel de séparation des couleurs. Il faut avoir eu les films de reproduction en main pour se rendre compte qu’il retouchait chaque couleur, ajoutant ici de la trame, grattant du noir un peu plus loin. Résultat, des teintes uniques : là un rose pétant, ici un mauve improbable ou encore un jaune vif ; voici un corps de femme, nue et pulpeuse, à la carnation délicate ; là encore un vert pomme... Tout un pan de la création moderne fut inspiré par ses univers crépusculaires et violents, à commencer par un certain Liberatore...

Eerie & Creepy présentent Richard Corben, Vol. 1 (Trad. Dough Headline) - Ed. Delirium
Les couleurs caractéristiques de Corben
Eerie & Creepy présentent Richard Corben, Vol. 1 (Trad. Dough Headline) - Ed. Delirium (C) Dark Horse Comics

Ce volume reprend quelques-uns des plus grands moments de l’œuvre de Corben, quand il travaillait pour la Warren, sur les titres Eerie & Creepy, des fascisules d’horreur : des courtes nouvelles de quatre à dix pages qui vous campent en un tour de main une ambiance délicieusement horrifique, avec humour et second degré en prime.

Les thèmes sont très variés : cela va du Dévoreur de pages de Gerald Conway, un récit de malédiction à la Edgar Allan Poe, à la "frayeur forestière" pleine de loups-garous de Lycanklutz que Corben écrit lui-même, au conte de Noël sanglant à la Stephen King de Bless us, Father... (sc. Bill Dubay), jusqu’à l’histoire de momie à la Indiana Jones de Terror Tomb (sc. de Corben).

Nous vous parlions de la mise en couleur particulière de Corben. Le problème, c’est que 35 ou 40 ans après la création originale, les procédés de photogravure et d’impression ont complètement changé. Finis les bidouillages sur un coin de table, avec parfois six films par page : on est passé au tout électronique où il n’y a même plus de films...

Heureusement, le coloriste, photographe et peintre Jose Villarubia a veillé au grain : il s’est chargé de la restauration des traits et couleurs d’origine (pour les pages en couleurs), au besoin pour les améliorer avec l’accord de l’artiste, en partant soit des originaux quand l’auteur les possédait ou lorsqu’un collectionneur acceptait de les prêter, ou encore d’après les imprimés de l’époque retouchés pour la circonstance. La traduction, inventive et impeccable de Doug Headline achève ce travail d’archive de très haute qualité.

Eerie & Creepy présentent Richard Corben, Vol. 1 (Trad. Dough Headline) - Ed. Delirium
(c) Dark Horse Comics

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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6 Messages :
  • Il y a, et c’est assez rare pour le mentionner, une grande interview de Corben dans le Kaboum n°3. Lui qui parle peu, on y trouve là des choses interessantes à se mettre sous la dent...

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  • Le Ben-Day de Corben à Chaland
    13 décembre 2013 15:13, par Simon

    Le secret de Corben ? C’était le roi du ben-day

    La technique du Ben-Day vient de Benjamin Day et garde ses majuscules. Chaland ne l’écrivait pas autrement. (Quoiqu’on dise parfois le Benday en France.)

    on est passé au tout électronique où il n’y a même plus de films...

    Au-delà de Corben, ça illustre une menace sur un grand pan du patrimoine de la BD mondiale. On se souvient que les originaux de Little Nemo étaient imprimés avec une technique ensuite abandonnée, et qu’il a déjà fallu approximer plus tard en quadrichromie : il faudra encore les reconstruire en digital (si ce n’est déjà fait).

    Je ne sais pas non plus si les bouquins de Chris Ware et Chaland eux aussi en Ben-Day ont déjà pu être convertis. Et depuis un an Dave Sim se bat pour faire approximer en digital ses 6000 pages de films sans trop de pertes et de moirés, sans quoi il n’y aura plus de Cerebus...

    (Certains diront que toute la BD va abandonner le papier pour le digital, et que donc les problèmes d’impression seront sans objet du moment que les fichiers sont lisibles sur écran, mais ça semble dommage.)

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    • Répondu le 16 décembre 2013 à  23:19 :

      La technique employée dans la page N&B reproduite ici me parait plus être du Craft-Tint doubletone que du Ben-Day (cf les hachures sur les soutanes que le Ben-Day ne pourrait permettre)

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  • La grande figure de la BD latine et un de ses plus grands représentants le remarquable José Ortiz vient de nous quitter.

    Pas une petite perte.http://www.entrecomics.com/?p=95875&cpage=1

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  • Je voudrais profiter de cette parution pour mettre à l’honneur un acteur essentiel de la diffusion de l’oeuvre de Corben en France dans les années 1970 et 1980.
    Il s’agit de FERSHID BHARUSHA. C’est lui qui à la demande de JP Dionnet est allé aux USA récupérer les planches et les a traduites et publiées.
    Il y avait Corben, mais aussi Bernie Wrightson, Neil Adams, Jeff Jones et bien d’autres.
    Tout un pan de la BD jusque là méconnu est ainsi apparu au grand jour.
    Voilà qui mériterais un portrait ou un interview dans ACTUABD.

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    • Répondu par Vincent FACELINA le 3 février 2014 à  18:52 :

      Merci de nous donner l’occasion de saluer celui dont le nom est associé à l’Écho des Savanes Spécial USA et autres éditions cultes des comics US pour les ados / adultes.

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