Max de Radiguès ("Stig & Tilde") : "Je souhaitais faire des récits d’aventures, comme ceux que je lisais quand j’étais enfant."

26 août 2019 0 commentaire
  • Plusieurs fois remarqué à Angoulême, Max de Radiguès est un auteur devenu incontournable qui apparaît sur les radars avec "Bâtard" (prix Polar SNCF et prix des Lycéens en 2018), un polar atypique d'abord publié sous forme d'épisodes de fanzines. Il réalise plusieurs albums destinés à un public adolescent, où il traite de sujets quotidiens avec beaucoup de réalisme et de sensibilité. Nous l'avons rencontré pour parler de sa série à succès "Stig et Tilde" dont le troisième et dernier tome est sorti en mai. Il prend en outre ces jours-ci le rôle d'éditeur aux éditions Sarbacane.

Après le polar Bâtard , Max de Radiguès réalise plusieurs albums pour adolescents, un public qu’il privilégie en lui offrant des histoires traitant avec justesse de leurs préoccupations quotidiennes (Simon et Louise). En 2018, il se lance dans la série Stig & Tilde dont il dessine les trois tomes en l’espace d’un an.

Max de Radiguès ("Stig & Tilde") : "Je souhaitais faire des récits d'aventures, comme ceux que je lisais quand j'étais enfant."
Le troisième tome offre toujours le charme des décors nordiques

Ce récit initiatique des aventures de jumeaux perdus sur des îles (plus ou moins) désertes rencontre un vif succès et remporte le prix Victor-Rossell (anciennement Diagonales) de la meilleure série. La trilogie s’exporte également, avec sa traduction anglaise en cours chez Nobrow. Retour sur le troisième et dernier tome : Stig & Tilde - Le Club des losers.

Stig & Tilde T.1

Après la déception amoureusee puis la question de la solitude choisie ou subie dans les tomes précédents, les jumeaux opèrent un retour à la civilisation qui est loin de laisser la sauvagerie derrière eux. Stig et Tilde retrouvent les autres enfants de leur âge en débarquant enfin sur l’île où se déroule le Kulku, une épreuve de survie sans adultes. À leur grande surprise, personne ne s’est inquiété de leur absence, le séjour sur l’île ayant rapidement dégénéré.

Stig et Tilde T.2

Un petit groupe mené par un certain Falco s’est arrogé le pouvoir, s’en prenant à ceux qui osent leur tenir tête. Face aux abus de Falco et sa bande, certains enfants se sont rebellés immédiatement, d’autres ont préféré rester dans les bonnes grâces du chef auto-proclamé. Mais en bon dictateur, ses caprices sont infinis et le clan des bannis s’élargit. Une réflexion fine sur la difficulté à s’opposer à l’injustice et à la pression du groupe, menée sans jamais être moralisatrice.

La composition très maîtrisée des planches et le trait clair de Max de Radiguès assurent une lecture fluide, facilitée encore par le traitement des couleurs. Les émotions et les relations entre personnages sont particulièrement soignés, donnant une identité même aux personnages secondaires.

Affrontement entre les deux camps qui deviennent rapidement indifférenciables

Nous avons rencontré l’auteur pendant le festival LyonBD à l’occasion de la sortie du dernier tome de Stig et Tilde et au moment où il prend les fonctions d’éditeur au sein des éditions Sarbacane.

Stig & Tilde est votre première série, en quoi se distingue-t-elle de vos bandes dessinées précédentes ?

J’avais la volonté de faire quelques chose de différent et de m’attaquer à l’idée de série, que je n’avais pas affrontée jusque-là. Je craignais que cela soit difficile d’en sortir, de se renouveler. Auparavant, mes albums traitaient du quotidien, mais j’avais besoin de changer de sujet et de lieu, je souhaitais faire des récits d’aventures, comme ceux que je lisais quand j’étais enfant. Je voulais aussi faire du fantastique, mais finalement il s’agit plutôt de réalisme fantastique. C’est difficile de faire du fantastique crédible. Dans la trilogie la dimension fantastique est de moins en moins présente et s’estompe avec le retour à la civilisation.

À chaque tome, Stig et Tilde découvrent une nouvelle île, leur histoire aurait-elle pu se prolonger indéfiniment ?

J’avais prévu qu’ils rentrent à la fin et je m’étais fixé un objectif de trois tomes, avec des changements de point de vue sur les personnages. D’abord Tilde, puis Stig, puis les deux dans le dernier tome.

Sobriété et efficacité des scènes de nuit

Comment avez-vous choisi le cadre nordique de votre récit ?

J’ai lu Désolations, un livre de David Vann [1], où un couple de retraités s’installe sur une île isolée. Le quotidien y est très difficile, les personnages deviennent délirants et tout part en vrille. Cela m’a marqué, c’était plutôt le registre de l’angoisse et de l’horreur, mais cela rejoignait ce que j’avais envie de faire. Je me suis inspiré de la Finlande et de la Norvège pour l’idée de la multitude d’îles et des grands lacs, mais j’ai complètement inventé le concept de Kulku.

Comment vous est venue cette idée du Kulku, ces deux mois passés à quatorze ans loin des adultes ?

Quand j’étais adolescent, il y a eu une période où j’étais fasciné par les rites de passage. Cela a disparu dans nos sociétés. En France, il y a le passage au collège, puis au lycée, puis le bac. Mais en Belgique, on passe du primaire au secondaire, puis on sort et c’est tout, il n’y a pas de cassure, pas de frontière.

J’avais l’idée de faire vivre des adolescents sans les adultes. En Belgique, les Scouts sont très populaires. On peut passer quinze jours dans les bois, encadrés par de jeunes adultes, il faut se faire à manger en autonomie. Je m’en suis inspiré.

Les aventures de Yakari, une des influences de Max de Radiguès

Quelles ont été vos influences en bande dessinée ?

Enfant, j’ai dévoré les Yakari, Spirou et Tintin, tous ces récits d’aventure. La couverture du premier tome est inspirée de celle de L’Ile Noire de Hergé, pour le deuxième tome c’est une référence au Yakari "Au Pays des loups", que je trouvais flippant mais que j’ai adoré.

Vos albums s’enchaînent très rapidement, comment travaillez-vous ?

Je n’attends pas d’avoir fini un projet, je commence toujours à écrire l’histoire suivante pendant que je dessine celle qui est en cours. Mais je viens d’avoir un deuxième enfant et cette fois je n’ai pas encore commencé la suite.

Mon prochain projet est un album plutôt adulte, dans le format de Bâtard, chez Casterman. Je vais aussi travailler par épisodes, cela rythme le récit et me permet d’expérimenter avec l’improvisation. Cela me force à avancer en restant libre.

Max de Radiguès
Album édité par les éditions l’Employé du Moi

Parlez-nous de vos fonctions d’éditeur à l’Employé du Moi et à Sarbacane.

L’Employé du Moi a été fondée en 2000 et je les ai rejoints en 2006. Nous sommes cinq, tous bénévoles, et nous nous occupons du suivi du livre de A à Z, de la maquette à l’envoi à l’imprimeur. Nous traduisons beaucoup d’Américains. Quand leur livre est encore en projet, nous avons la possibilité de discuter, de proposer des modifications. Par exemple, pour Charles Forsman (The End of the Fucking World), nous lui avons demandé de rajouter des scènes dans son livre suivant Pauvre Sidney ! pour densifier et renforcer des moments clés du récit, la mise en avant d’un personnage secondaire par exemple. C’est vraiment un rôle d’éditeur que nous jouons.

Chez Sarbacane, je suis là pour encadrer la nouvelle collection Young Adult qui a commencé début 2019. Nous allons faire des livres pour les adolescents mais aussi pour les adultes. Il s’agit plus d’échanges avec Frédéric Lavabre (fondateur de Sarbacane et directeur éditorial BD) que d’une collection à part entière. Chacun apporte ses projets, qu’il s’agisse de créations ou de traductions.

(par Lise LAMARCHE)

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