Gigantomachia - Par Kentarô Miura - Glénat

22 septembre 2015 0 commentaire
  • Dans un monde post-apocalyptique, les mythes sont devenus une réalité. Hybrides, monstres et surtout géants se livrent une lutte sans merci pour le contrôle d'une Terre dévastée. Kentaro Miura, auteur de {Berserk}, livre là une {one-shot} étonnant offrant sa propre version d'un motif à la mode, celui des titans.

Un homme, portant sur ses épaules une petite fille, peine à tracer son chemin dans un désert aride, semblant sans fin. Délos, ancien esclave, lutteur émérite ayant autrefois combattu comme gladiateur dans les arènes de l’Olympe, l’empire Hu, recherche avec Promé, fantôme des temps anciens, les morceaux de la chair de Gaïa, géants endormis, souvent ensevelis, accordant fertilité à des zones normalement stériles.

Rencontrant enfin l’ultime village de la communauté Karabos, composée d’hybrides en symbiose avec les scarabées, nos héros sont rapidement rattrapés par les troupes de l’Olympe, dont la soif de conquête passe par l’extermination des autres populations qui peuplent désormais la planète, les Mu, pour s’approprier les géants qui leur assurent prospérité.

Alors que déferle la puissance de l’Empire, sous la forme d’un terrifiant titan face auquel les chevaucheurs de scarabées ne peuvent rien, Promé déploie son pouvoir et transforme Délos en géant : débute alors une sidérante gigantomachie devant décider du devenir de la communauté.

Gigantomachia - Par Kentarô Miura - Glénat
Un géant de l’Empire récupérant celui d’un peuple Mu
Gigantomachia © Kentaro Miura

Un affrontement de Titans, prépublié au Japon entre 2013 et 2014, en pleine explosion du phénomène L’Attaque des Titans, cela peut sembler étrange, voire opportuniste. Et cela apparaît d’autant plus surprenant étant donné l’auteur. En effet, Kentarô Miura s’attèle depuis plus de vingt-cinq ans à la réalisation de la série culte Berserk. Et son souci de perfection est tel depuis plusieurs années que les chapitres ne sortent plus qu’au compte-goutte, avec des pauses de plusieurs mois dans la prépublication. Lancer un nouveau projet au lieu de poursuivre les aventures de Guts avait donc de quoi interpeler, voire désespérer les fans de la série.

Mais c’est qu’il était au contraire important de marquer le coup, de rappeler qu’avant que le motif des Titans dévoreurs d’humains ne soit devenu en vogue grâce au manga de Hajime Isayama, il avait été au cœur de l’œuvre construite par Kentarô Miura depuis la fin des années 1980. Mais inscrit dans une perspective, et doté d’une signification tout autres.

Les géants, chez Miura, sont en fin de compte des divinités. Ici de la Vie.
Gigantomachia © Kentaro Miura

Dans L’Attaque des Titans, la question des géants, on le pressent depuis longtemps, semble liée à des considérations scientifiques, probablement à portée militaires et politiques. Ces créatures grotesques possèdent, comme probable origine, des recherches menées par les hommes eux-mêmes.

Pour Miura, l’horizon apparaît complètement renversé, et se trouve affirmé dès les toutes premières planches de Gigantomachia : les géants, les monstres, sont issus du mythe, consistent en des rêves - ou plutôt des cauchemars - incarnés, devenus réels. Se dégage des réalisations de Kentarô Miura une puissance tout autant épique qu’onirique. D’autant que sur le plan graphique, le mangaka fait fort : tout y est dessiné avec minutie, dans des planches où le trait fait tout, ou presque. Ce souci du détail confère aux corps et aux décors une présence stupéfiante.

Mais des monstres tout droit issus de nos pires cauchemars débarquent pour semermort et destruction
Gigantomachia © Kentaro Miura

Au final, l’immersion proposée par Kentarô Miura dans ce nouveau monde fonctionne impeccablement. Presque trop bien même : on ressort un peu frustré de cette découverte, de cet univers dont nous n’avons finalement qu’une ébauche, de ces personnages que nous venons à peine de rencontrer et dont nous aimerions prolonger la compagnie.

Un seul volume, c’est finalement court et si l’on sent bien, derrière la démonstration de muscles de Délos celle de son auteur face à la concurrence dans ce qu’il doit considérer son jardin, on aurait aimé voir jusqu’où pouvait nous emmener l’exploration de cette nouvelle mythologie, la quête de cette Gaïa morcelée en avatars titanesques et assoupis.

Mais la parenthèse Gigantomachia doit se refermer sitôt ouverte pour mieux laisser Berserk reprendre son cours, en nous rappelant que là-bas aussi, mais d’une autre façon, selon d’autres modalités, des monstres gigantesques dévorent des hommes ayant perdu leurs repères et bercés d’illusions.

Délos doit faire ses preuves face à Ogun, champion du peuple Karabos
Gigantomachia © Kentaro Miura

(par Aurélien Pigeat)

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Gigantomachia. Par Kentarô Miura. Traduction Anne-Sophie Thévenon. Glénat. Sortie le 15 juillet. 240 pages. 6.90 euros.

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