Jack Kirby, en majesté

14 février 2015 3 commentaires
  • Il faut saluer le travail de Urban Comics en faveur de l'œuvre de Jack Kirby (1917-1994), le "King des comics" : réédition de ses œuvres-clés, exposition à Angoulême, et publication d'une monographie de référence sur le plus important dessinateur de comics du XXe siècle.
Jack Kirby, en majesté
La biographie de Kirby par Mark Evanier (Urban Comics)

Jack Kirby reste fascinant parce qu’au-delà de sa production titanesque, au delà d’un génie graphique qui a donné une consistance à la mythologie du comic book et dont l’influence perdure jusqu’à aujourd’hui, il incarne à lui seul tout ce qui fait de ce genre particulier un moment esthétique, et même spirituel, de première importance dans l’histoire de la culture américaine du XXe siècle.

Les éditions Urban viennent de publier la biographie que lui a consacrée Mark Evanier qui fut son assistant et qui devint son biographe attitré. D’un abord simple, le livre d’Evanier égrène les anecdotes, amusantes autant qu’ éclairantes, où l’on voit défiler les grands noms de cette incroyable aventure artistique fondatrice du comic book : "un vétéran de la magouille financière" comme Victor Fox chez qui il fit ses débuts en compagnie de Bill Everett, puis la rencontre avec Will Eisner, son "ami, professeur et patron... mais pas dans cet ordre..." et l’atelier Eisner-Iger où il côtoie Bob Kane, le créateur de Batman, ses compagnons d’atelier et de création Joe Simon, Wallace Wood, John Severin, Stan Lee, Steve Ditko...

Le "King" Jack Kirby
Photo DR - Urban Comics

À chaque fois, ces évocations sont accompagnées de dessins où l’on voit Kirby façonner les plus grands mythes du comic book de son temps, des mythes dont Hollywood fait encore aujourd’hui son miel : Captain America, les Fantastic Four, les X-Men, Thor, Hulk, Spider-Man, Silver Surfer, New Gods,... Cette hymne à la superpuissance, que l’on a souvent confondu avec la superpuissance américaine, mais qui n’était rien d’autre qu’une attitude bravache destinée à donner de la contenance dans un environnement hyper-violent que Kirby synthétise si bien dans son récit "Le Code de la rue", c’était autre chose que la vraie guerre.

Cette vraie guerre-là, il l’a faite pendant deux ans, contribuant à libérer la France et la Belgique : Kirby a fait partie des troupes du Général Patton qui débarquèrent à Omaha Beach, se battirent en Normandie et lors de la bataille de Bastogne. Ce combat-là, comme ceux du "code de la rue" de son enfance, n’avait rien à voir avec ce "quelque chose que seuls Dieu et ses parents connaissaient."

Une planche du Quatrième Monde
(c) DC Comics - Urban Comics

De quoi parlait-il ? De la foi, celle dont tous ses héros sont pourvus, se battant en permanence à la limite de leurs forces avec un sens du dépassement que son dessin rendait à merveille ? Ou de cet ordre imperceptible, qui m’a fait écrire de son dessin qu’il était "séfirotique", c’est à dire en quelque sorte habité par le souffle divin ? [1] Les deux sans doute.

Une séquence de Quatrième Monde
(c) DC Comics - Urban Comics

C’est pourquoi il faut profiter des rééditions que fait Urban de son travail, des productions qui, nous l’avons écrit, lui rendent justice et qui reprennent les œuvres qu’il a réalisées pour DC Comics : Kamandi, le dernier garçon de la terre T1 et T2, O.M.A.C. le super-soldat, Le Quatrième Monde, une sorte de Genèse superhéroïque, ou cette Anthologie qui ouvre et qui referme en même temps la parenthèse DC Comics qui sert d’écrin à une œuvre non moins fondamentale : celle que le titan du comics bâtit pour Marvel.

Une séquence de Kamandi
(c) DC Comics - Urban Comics

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander "Jack Kirby, King of comics" (Urban Comics) chez Amazon ou à la FNAC

[1L’Apocalypse selon Jack Kirby. Postface au tome 2 de la série Kamandi de Jack Kirby, Urban Comics, Paris, février 2014.

 
Participez à la discussion
3 Messages :
  • Jack Kirby, en majesté
    14 février 2015 20:11, par Michel Dartay

    Jack Kirby est LE TITAN du comic-book de super-héros, où son apport reste fondamental, notamment chez Marvel entre 1963 et 1969, et pas seulement comme dessinateur, puisque l’on sait désormais qu’il apporta de nombreux concepts, personnages et intrigues (et que l’on sait que l’éditeur de l’époque demanda à de nombreux auteurs d’essayer d’imiter son style). Ceci dit, il dessina aussi du comics d’horreur, du policier, du sentimental, et aussi de la science-fiction. Ses comics pour DC ont été traduits il y a quarante ans environ chez Arédit-Artima, ceux pour Marvel l’ont été par Lug avant que la licence ne passe chez panini, qui réédite ces comics en intégrales à jaquette chronologiques, malheureusement très souvent indisponibles. les livres d’Urban Comics sont faits avec goût et soin, et l’éditeur ne veut pas de spéculation sur ses titres, donc il les réédite dés qu’ils sont épuisés.

    Plus de cinquante ans après sa conception héroïque des super-héros Marvel (avec un Stan Lee aussi apte à rajouter des dialogues amusants qu’à exploiter le potentiel créatif du King, et son incroyable puissance de travail), les lecteurs français auront donc enfin le plaisir de découvrir en librairie des livres qui rendent hommage à cet immense talent, Urban Comics ayant parfois l’idée de reprendre les versions les plus complètes parues chez DC aux Etats-Unis. Il était temps !

    Répondre à ce message

  • Jack Kirby, en majesté
    29 août 2017 21:22, par Pascal Aggabi

    Né le 28 août 1917 Jacob Kurtzberg,plus connu sous le nom de Jack Kirby :"The King of comics"aurait eu 100 ans ces jours-ci.L’éditeur Marvel Comics qui lui doit en grande partie l’arborescence de son univers de fiction, plus quelques milliards de dollars de bénéfices cumulés au fil du temps et des adaptations,tout de même, lui rend un hommage très légitime :https://marvel.com/kirby100

    Hélas,Kirby n’a pas perçu grand chose des sommes astronomiques que son incroyable talent créatif à contribué à amasser,ce qui n’est pas le cas de Stan Lee,figure emblématique de l’éditeur et traité avec une attention particulière ,qui a toujours reçu des émoluments généreux par crainte de procès ,désastreux en terme de communication .

    L’immense créateur jack Kirby venait de recevoir à titre posthume le 14 juillet dernier à Los Angeles le prix Disney Legend,qui récompense un artiste ayant révolutionné et contribué à établir les imaginaires développés par l’ entreprise Disney .Disney est propriétaire de Marvel depuis 2009.

    Si partout les hommages fusent,ActuaBD.com n’avait pas attendu ce centenaire pour rendre justice à ce titan du crayon :http://www.actuabd.com/Jack-Kirby-ou-le-retour-a-la-Source

    Plus intuitif que théoricien,Kirby à révolutionné la narration séquentielle d’une manière que l’on ne peut comprendre si on n’a pas conscience des traumatismes qu’ont été pour lui de grandir dans le quartier pauvre et violent du Lower East Side à New York,et L’expérience de la guerre en Europe dans les années 40 qui l’a laissé plein d’angoisses et a failli lui coûter ses pieds à cause du gel.
    Des traumatismes qu’il a régurgité d’une manière ou une autre dans ses dessins à l’énergie et l’impact sans égal.
    Il dira par exemple,ce qui fait un peu froid dans le dos,pour illustrer l’influence de ces traumatismes sur son art : " Il y avait cette grenade qui a frappé des soldats Allemands une fois.Je les ai vu couché dans un cercle parfait, il avait disparu seulement la moitié inférieure de leurs corps. La grenade avait dû tomber au milieu du groupe. Vous voyez beaucoup de compositions intéressantes si vous êtes un artiste ".

    Un artiste Jack Kirby l’était,l’esprit toujours en éveil il vivait de manière pleine et entière pour ce moyen de communication visuel que sont les comics.

    Il est de ceux qui ont fait de la BD un art.

    Répondre à ce message