Je ne suis pas un homme, T.1 - Par Usamaru Furuya d’après Osamu Dazai (traduction Patrick Honnoré) - Casterman

17 juin 2011 0 commentaire
  • Librement inspiré d'un roman célèbre, ce diptyque plonge dans la vie sans issue d'un jeune qui a pourtant tout pour plaire... Un manga qui ne ménage pas ses effets, mais impressionne par sa puissance narrative. Le premier tome est incontestablement une réussite.

Furuya n’a pas été chercher loin son préambule : un mangaka sans inspiration surfe sur le net, puis tombe sur un journal intime en ligne. Celui d’un jeune homme qui semble au bord du gouffre. Première phrase : "Il y a eu trop de honte dans ma vie". Le lecteur va alors pouvoir découvrir ce jeune homme, Yôzô Ôba, à partir de sa dernière année de lycée. Populaire, séduisant, décrochant les meilleures notes sans effort, Yôzô voit pourtant la vie en noir. Il se sent tricheur, hypocrite, et profondément seul. Dès lors, son quotidien va ressembler à des montagnes russes : succès puis dégoût de soi, reprise de confiance, soutien extérieur salvateur, puis replongée dans la déprime... Jusqu’à penser au suicide, et pour couronner le tout, accompagné....

On retrouve dans Je ne suis pas un homme la facilité de l’auteur à émanciper son dessin des sentiers battus. Son interprétation du roman d’Osamu Dazai (la déchéance d’un homme, paru en 1948 au Japon) possède un souffle impressionnant. En transposant l’intrigue (en grande partie autobiographique pour Dazai) de nos jours, Furuya tire avantage des us et coutumes à la fois du milieu lycéen (comme dans l’Âge de déraison) et des lieux nocturnes de Tokyo. Son dessin virevolte de virtuosité, dérivant parfois dans des illustrations oniriques ou symbolistes, avant de laisser place à des tableaux pleine page...

Visiblement l’éditeur ne doute pas du potentiel de cette œuvre : Furuya lui-même a pris soin de rendre son histoire facile à présenter en sens de lecture occidental. Le format, très proche de la collection Rivages/Noir, attirera les lecteurs adultes auquel cet album se destine, et aucune mention directe d’une provenance asiatique ne figure sur la couverture.

Sans être réservé à un public averti, Je ne suis pas un homme, par sa tonalité désespérée et des scènes érotiques explicites, vise un lectorat d’une maturité certaine. Tome 2 (prévu en septembre) attendu avec le plus grand intérêt.

(par David TAUGIS)

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