Jhon Rachid :"Il m’a fallu 7 ans pour percer en tant que youtubeur, mais je n’ai jamais lâché l’affaire !"

23 décembre 2019 5 commentaires
  • À 35 ans, Jhon Rachid a un parcours de comédien très riche. Youtubeur à succès, il est suivi par 1,41 million de comptes sur la plateforme vidéo de Google. Il a notamment joué dans les séries TV "Cherif" et "Le Bureau des Légendes", ainsi que dans le film "TAXI 5". Il s'est produit chez Michel Drucker et a tourné dans "Groland". En cette fin d'année 2019, il investit un nouveau terrain de jeu : la BD. Accompagné de son dessinateur L-KIM, Jhon Rachid était de passage à Bruxelles pour la promo de son 1er album intitulé "Comme on peut". Rencontre.

Jhon Rachid, vous êtes un youtubeur français parmi les plus populaires chez les 15-40 ans. Depuis cet automne, vous nous proposez votre premier livre dans lequel vous racontez votre histoire. D’où vient cette envie de faire de la BD ?

Jhon Rachid : Cela fait longtemps que j’ai écrit mon histoire mais à l’époque, je ne savais pas quoi faire de ce scénario. Un jour, mon éditrice m’a proposé de faire une BD. Elle était partie sur une fiction mais je me suis dit que non. Au lieu de faire une fiction, j’ai préféré raconter mon vécu car j’aime raconter “des vraies choses”. Et puis, c’était l’occasion d’exploiter le scénario que j’avais écrit. Suite à cela, j’ai proposé un dessinateur à mon éditrice mais au moment des essaies, nous nous sommes rendu compte que ça n’allait pas. C’est comme cela que je lui ai demandé de me trouver un dessinateur et elle m’a proposé Leni Malki (L-KIM). J’ai décidé de faire la BD avec lui et franchement, j’ai bien fait car c’est un tueur !

Combien de temps vous a pris la réalisation de ce livre ?

Jhon Rachid : Comme on peut m’a pris 3 ans de travail. Pendant un moment, le projet était à l’arrêt, j’ai même failli l’annuler !

L-KIM : Nous avons bossé ensemble sur le projet pendant sept mois, puis j’ai travaillé seul dessus durant quatre ou cinq mois.

Jhon Rachid : Mais lui c’est un fou, il fait le taf de vingt personnes en deux jours (rire) !

Jhon Rachid :"Il m'a fallu 7 ans pour percer en tant que youtubeur, mais je n'ai jamais lâché l'affaire !"
Jhon Rachid et L-KIM
Photo © Christian Missia Dio

Avant de revenir à votre BD, pourriez-vous nous raconter comment vous êtes devenu youtubeur ?

Jhon Rachid : À la base, je faisais des petites vidéos chez moi sur mon Skyblog afin de faire rire mes potes. Une de ces vidéos a marché plus que les autres. Puis, j’ai fait un téléfilm sur France 3. J’ai continué à faire mes petites vidéos et au bout de 7 ans, j’ai commencé à percer. Ça a mis du temps mais je n’ai jamais lâché l’affaire ! J’avais trouvé mon métier : je voulais poursuivre mes vidéos que j’écris, tourne et monte moi-même. Je veux faire mes sketchs mais aussi écrire, jouer dans des films, faire du théâtre, etc.

Vous êtes également très populaire auprès du public hip hop et des auditeurs de rap, notamment grâce à la série “J’ai mal au rap” et sa suite “J’ai PAS mal au rap”, dans lesquelles vous chambrez les stars du rap français avec un humour féroce. Est-ce grâce à ces vidéos que votre notoriété à explosée ?

Jhon Rachid : Oui, effectivement. C’est grâce à mes vidéos humoristiques sur le rap que j’ai gagné ma notoriété.

Et vous L-KIM, connaissiez-vous Jhon Rachid avant votre collaboration ?

L-KIM : Oui, je connaissais les vidéos “J’ai mal au rap” mais notre rencontre s’est faite grâce à notre éditrice. Malgré que nous soyons de deux générations différentes -Jhon a dix ans de plus que moi- le courant est très bien passé car nous avons les mêmes bases, la même culture notamment au niveau du Hip Hop. Je suis moi-même rappeur dans mon groupe Marabou.

Blédard sur Seine T.1 : Le bâtisseur de nuages
L-KIM © éditions Michel Lafon

L-KIM, quel est votre parcours ?

L-KIM : Je suis diplômé en Direction Artistique de l’école ESAG Penninghen. Je fais du graphisme et de la peinture depuis que j’ai 10 ans. Je fais aussi des shooting photos pour des marques de luxe. Actuellement, je suis directeur artistique junior chez Paco Rabanne. J’ai publié ma première BD l’année dernière et elle s’intitule Blédard-sur-Seine (Éd. Michel Lafon).

Comme vous nous le disiez, Comme on peut c’est votre biographie mais qu’est-ce qui vous a inspiré le format de votre roman graphique ?

Jhon Rachid : Honnêtement, je n’avais aucune idée de la forme finale du livre. Je me suis juste contenté d’écrire le scénario mais tout le travail d’adaptation en BD, c’est Leni qui s’en ai chargé. Il savait très bien où il voulait aller avec mon histoire et en accord avec notre éditrice, je l’ai laissé faire.

L-KIM : L’ambiance générale du livre est très 1990’s. C’est comme cela que j’ai eu l’idée d’inclure des QR Codes qui renvoient vers des vidéos et la couverture du livre rappelle une cassette VHS afin de montrer que c’est la K7 de l’enfance de Jhon Rachid. Après, nous savons déjà ce qu’il deviendra en tant qu’adulte mais quel a été son parcours jusque-là ? C’est le sujet de la BD.

Comme on peut est un récit d’anecdotes, une succession de tranches de vie que Jhon Rachid m’a racontées au fur et à mesure de nos rencontres. C’est un récit à la Scorcese, un peu comme dans Les Affranchis. Il y a aussi un peu de La Haine dans le format. On avait beaucoup de choses à dire, ce qui explique la pagination dense. En tout, le récit fait 600 pages.

C’est vrai qu’il y a une grande pagination mais dans le même temps, c’est très aéré, il n’y a que deux ou trois cases par page...

L-KIM : Il n’y a même pas de cases à proprement parler. La case est découpée et fondue dans le décor. Il n’y a pas non plus de blanc dans le papier. Le blanc papier intervient seulement à la toute fin du livre afin de rappeler la froideur de la situation.

Vous avez aussi fait usage de collage. Par exemple, vous avez intégré des vignettes avec le présentateur météo Alain Gillot-Pétré...

Jhon Rachid : Mdr, vous l’avez reconnu ?! Alain Gillot-Pétré était une star de la météo dans mon enfance !

L-KIM : C’était un des aspects qui me tenaient le plus à cœur, que l’on sente les références de l’époque. D’autant plus que je n’ai pas connu ces années-là, j’étais trop jeune.

Jhon Rachid : Le travail de Leni est tellement riche qu’à chaque fois, je découvre des trucs.

Et puis, il y a toujours ce lien avec le monde du Hip Hop. Vous avez placé des phases issues de classiques du rap français ici et là. C’est votre signature ?

Jhon Rachid : Il fallait que la BD me ressemble vraiment et comme j’ai eu de la chance de tomber sur un dessinateur qui est aussi rappeur, c’était parfait ! Mais Leni est plus jeune que moi, il aurait pu ne pas avoir les mêmes références que moi en matière de musique. Heureusement, je suis tombé sur un gars complet qui est moderne dans sa musique tout en aillant de bonnes références sur l’histoire du Hip Hop en générale et sur le rap français en particulier. Ce mec connait ses classiques !

L-KIM : Tous les titres des chapitres sont des punchlines du rap français. Et puis, ce sont des phrases qui correspondent à la situation racontée dans le chapitre abordé et qui rythment le récit.

Jhon Rachid : Il y a Kery James, Lino (du groupe Ärsenik, NDLR), Oxmo Puccino, Akhenaton (du groupe IAM, NDLR), ...

L-KIM : J’ai aussi repris des photos de Jhon enfant, que j’ai redessinées et placées en illustration de chaque chapitre. Et ces punchlines résonnent alors comme une sorte de leitmotiv.

Jhon Rachid, cela fait plusieurs années que vous évoluez en tant que youtubeur. Comment jugez-vous votre parcours ?

Jhon Rachid : Je ne me pose pas de questions, je suis mes envies, rien n’était calculé. J’ai rencontré le succès en tant que youtubeur avec ma série “J’ai mal au rap”, pourtant je n’ai fait que 10 épisodes. Je pouvais surfer sur ce succès et produire d’autres épisodes mais je n’ai pas souhaité faire ça. Je suis parti sur autre chose car je ne veux pas m’ennuyer dans mon travail. Je fais ce que je veux.

L’un de vos derniers sketchs, “Rebeucop”, est une vidéo dans laquelle vous réagissez à la polémique qu’Éric Zemmour avait provoquée suite à son passage à la Convention de la Droite. En réponse, vous proposez une caricature gratinée du musulman telle que le voit ce polémiste, c’est-à-dire anti-français, castrateur envers les femmes et antisémite... Je ne vais pas tourner autour du pot : en tant que jeune homme français d’origine maghrébine et (probablement) de confession ou de culture musulmane, n’aviez-vous pas peur que certains prennent votre humour au premier degré et y voit la preuve du racisme anti-blanc, de misogynie et d’antisémitisme chez les “jeunes de banlieue” ?

Jhon Rachid : Oui, j’ai osé faire de l’humour sur les Juifs car là où les gens y voient un problème, moi je n’en n’ai aucun. Comme vous l’avez lu dans ma BD, mon meilleur ami d’enfance -Laurent- est juif. J’ai grandi dans un quartier populaire où il y avait une grande diversité d’origines. Peu importe que l’on soit blanc, noir, arabe, juif ou asiatique, on jouait tous ensemble. Surtout dans mon sketch “Rebeucop”, le personnage a été reprogrammé. On lui a mis dans son logiciel des clichés qui le font changer de comportement. Dans les clichés de Zemmour, les Arabes n’aiment pas les Juifs, ce qui est faux. Ce sont des clichés ! À la fin du sketch, mon personnage perd ces clichés et pense à nouveau normalement. Dans le débat autour de la liberté d’expression, j’estime que l’on peut dire tout ce que l’on veut à partir du moment où on sait comment dire les choses sans blesser les gens.

Je vous entends et je comprends votre intention mais en France, l’ambiance est souvent électrique sur ces sujets. J’en veux pour preuve l’immense polémique qu’a soulevée le clip “PLB (Pendez les Blancs)” de Nick Conrad, un rappeur qui était inconnu y compris dans le milieu du Hip Hop mais qui s’est retrouvé du jour au lendemain sur toutes les chaînes info suite à la “promotion” de la fachosphère, qui a utilisé ce titre comme une preuve du racisme antiblanc en France. Lorsque cette affaire à surgi, au-delà de la recherche du buzz, j’ai d’abord pensé au film White Man (1995) avec John Travolta et Harry Belafonte, qui raconte une Amérique dystopique dans laquelle la situation sociale entre les Noirs et les Blancs est inversée. Ce film avait pour but de faire réfléchir sur le racisme systémique que subissent les Afro-Américains aux USA. Au-delà de toute appréciation esthétique sur cette chanson, on n’a jamais reconnu à Nick Conrad la qualité d’artiste et le droit d’avoir une distance par rapport à son propos. PLB a été pris au premier degré. Avec votre sketch “Rebeucop”, n’aviez-vous pas peur de subir la même chose ?

Jhon Rachid : Effectivement, j’ai eu des commentaires de plein de gens de l’extrême droite qui m’ont traité d’inconscient, que j’étais antisémite et raciste antiblanc car je disais dans ma vidéo que le Grand remplacement n’existe pas... Ben oui, je confirme que le Grand remplacement n’existe pas. Aucun rebeu n’est venu en France avec l’intention de remplacer les Blancs. Il n’y a pas et il n’y a jamais eu d’intention idéologique de remplacer physiquement et culturellement la population blanche de France par des populations maghrébines et d’Afrique subsaharienne. Après, si on étudie la question sous l’angle des enjeux climatiques, alors je pense que oui, une immigration massive venant des pays du Sud pourrait arriver en France et en Europe afin d’échapper aux catastrophes climatiques dans leurs pays respectifs. Mais à ce niveau-là, je pense de toute façon que l’on ne sera à l’abri nulle part sur cette planète.

L-KIM : Dans notre album, c’est vrai que l’on a mis des en mots arabes dans les dialogues mais c’était juste pour illustrer que c’était la langue utilisée au sein de sa famille. Pour autant, on n’a pas non plus appuyé là-dessus car ce n’est pas le sujet du livre. Il y a un juif, un rebeu et un renoi dans l’album, oui mais en même temps, ce n’est pas le sujet. On a une fille qui bastonne les mecs mais en même temps, on n’insiste pas plus que ça. Ce sont juste des tranches de vie. On vit tous ensemble et on s’en bat les couilles de nos différences !

En combien de tomes avez-vous prévu Comme on peut ?

Jhon Rachid : Nous avons prévu deux tomes.

L-KIM : Dans ce premier album, nous parlons de son passage au foyer, de sa vie dans les familles d’accueil. Et dans le second tome, nous aborderons les foyers de formation, son voyage en Algérie et sa vie après le foyer. Mais nous n’aborderons pas ses débuts de youtubeur, par contre.

En marge de votre diptyque, quels sont vos prochains projets ?

L-KIM : Je lance mon groupe de rap Marabou. Nous préparons des clips et des dessins animés. Nous avons des concerts de prévu aussi. Nous venons d’ailleurs de signer avec un tourneur et il y a le lancement de notre premier album “Maraboutown”. Sans compter que je continue mes shootings pour les marques de luxe. Puis, j’attaquerai le tome 2.

Jhon Rachid : Quant à moi, j’ai plein de vidéos prévues sur ma chaîne YouTube, comme d’habitude. À côté de ça, j’ai des projets de films et de séries. J’attaquerai le T.2 de Comme on peut l’année prochaine.

Comme on peut T.1
Jhon Rachid & L-KIM © Michel Lafon

Voir en ligne : Découvrez la BD de Jhon Rachid sur le site des éditions Michel Lafon

(par Christian MISSIA DIO)

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