Jo-ël Azara : « Hergé était très respectueux de ses lecteurs »

2 mai 2007 4 commentaires
  • Entré tout jeune au studio Hergé, compagnon de route des journaux Tintin et Spirou alors qu’ils étaient au zénith, Jo-ël Azara décide de s’autoéditer en 1994. Nous évoquons cette époque avec lui, alors que l’on célèbre cette année le centenaire de la naissance d’Hergé.
Jo-ël Azara : « Hergé était très respectueux de ses lecteurs »
Hergé et la coloriste Josette Baujot
Photo Collection privée - DR

Né en 1937, Joël Loeckx alias Jo-ël Azara intègre à l’âge de 16 ans les studios Hergé. Après sept ans, il décide de voler de ses propres ailes. Collaborant plusieurs années aux hebdomadaires Spirou et Tintin, il crée en 1965 pour ce dernier support le personnage de Taka Takata, un soldat japonais myope et pacifiste qui deviendra le héros fétiche de ce dessinateur, au point qu’il en est actuellement lui-même l’éditeur.

Comment avez-vous rencontré Hergé ?

J’étais à l’époque étudiant à l’école Saint-Luc à Bruxelles mais en ce temps-là, cette école n’enseignait que le dessin classique et méprisait la BD. D’’ailleurs, un prof m’a déchiré une planche en disant que ce n’était pas du dessin, ça ! Pour occuper mes grandes vacances, comme j’aimais beaucoup la BD, et comme je l’avais déjà fait l’année précédente chez Willy Vandersteen, l’auteur de Bob et Bobette, je me suis présenté aux Studios Hergé et j’ai eu la chance d’y être accepté : j’y suis d’ailleurs resté pendant sept ans.

Quelles étaient vos fonctions au Studio ?

Au début, j’ai commencé à gommer les planches, tracer les cadres, calculer l’emplacement des phylactères puis, petit à petit, j’ai travaillé aux décors avec Bob De Moor, enfin à la mise en couleurs avec Josette Baujot qui était la coloriste en chef et qui, avec Bob De Moor et le secrétaire Baudouin Van Den Branden, faisait partie du staff des Studios Hergé. Bref, c’était une bonne école.

Quel genre de patron était-il ?

Hergé était exigeant quant à la qualité du travail, mais toujours poli et aimable (il n’élevait jamais la voix). Il était très méticuleux et très respectueux des lecteurs.

Hergé et le tout jeune Joël Azara
Photo Collection privée - DR

Dans ses biographies, on le décrit souvent comme quelqu’un d’angoissé, de déprimé dans cette période, capable de partir de longues semaines sans donner de nouvelles...

Les biographes racontent tellement d’histoires, il faut bien vendre, et durant ces sept ans que j’ai passés là-bas, je n’ai jamais constaté de longues absences de sa part.

C’est au studio que vous rencontrez votre compagne. Comme Hergé, en somme...

C’est bien là que j’ai rencontré Josette Baujot puisque, comme je l’ai déjà dit, c’est elle qui m’a appris la mise en couleurs.

Comment se passe votre carrière ensuite ?

En 1961, j’ai quitté Hergé et je suis allé travailler avec Will où j’ai dessiné Jacky et Célestin pour Peyo et réalisé, entre autre, les décors de Isabelle et le capitaine. C’est là que j’ai rencontré Jijé, un personnage extraordinaire qu’on oublie un peu trop souvent et que beaucoup de jeunes dessinateurs ne connaissaient même pas. On dit toujours que Hergé a suscité pas mal de vocations, mais ses collaborateurs ne travaillaient que pour lui (bon d’accord, il a lancé le Journal Tintin avec Raymond Leblanc). Mais pour moi, le père de la BD « franco-belge », c’est Jijé. Lui a vraiment formé des dessinateurs : Franquin, Morris, Will, Gir, et quelques émules comme Mézières, Derib, Hermann... Mais bon, revenons à nos moutons...
Ensuite, je me suis consacré à différentes séries : Le Prince de Finckelstein, Évariste Confus, mais j’ai fini par adopter définitivement Taka Takata. Entre-temps, j’ai aussi dessiné pour le Journal de Spirou, le petit samouraï Haddada Surmamoto, Zagazik voyageur du passé. J’ai également dessiné une histoire du fameux Colonel Clifton (personnage créé par Macherot). J’ai collaboré également à Pilote, Record et au regretté Journal Chouchou, mais ma toute première publication dans Spirou, c’était en 1958, l’histoire de La Ribambelle sur une idée de Franquin, série reprise après par Roba.

J’ai également réalisé beaucoup de dessins publicitaires. J’ai d’ailleurs reçu un "hommage spécial" de l’Alfred de la Communication d’Angoulême pour, je cite : “l’utilisation originale du langage B.D. dans des campagnes de publicité”. Tant qu’on y est, je signale que la Chambre Belge des Experts en B.D. m’a décerné en 2004 Le Crayon de Bruxelles pour fêter mes 50 ans de BD.

Le studio Hergé dans les années cinquante : de g à dr Beaudoin Van den Branden, le secrétaire d’Hergé, Hergé, Alexis Remi, le papa d’Hergé, Joël Azara, et les coloristes Josette Baujot et (de dos) France Ferrari pendant le rituel du thé au cours de l’après-midi.
Photo Collection privée - DR

Taka Takata est un héros japonais et vous n’êtes jamais allé au Japon...

Non, je ne suis jamais allé au Japon, mais je me suis pas mal documenté et j’ai été très impressionné par des peintres japonais tels que Hiroshige et Hokusaï deux grands maîtres de l’estampe japonaise. Puis, j’ai fait mon "petijapônàmoï". Une petite anecdote : il y a quelques années, j’habitais encore en Belgique, et Taka Takata paraissait régulièrement dans le Journal Tintin. Un jour, je reçois un coup de fil du rédacteur en chef me demandant de passer à la rédaction de Journal. Il y avait là un lecteur du Journal Tintin, un Canadien, de passage à Bruxelles après un voyage au Japon, je l’ai rencontré et il m’a dit que quand il se promenait à Tôkyô ; il avait l’impression de se promener dans la série de Taka Takata, ce qui m’a fait énooooormément plaisir...

Depuis la vague des mangas, votre vision du Japon a-t-elle changé ?

Non...

Comment en êtes-vous venu à vous éditer vous-même ?

Mon désir d’indépendance...

Comment peut-on se procurer vos albums ?

Dans toutes les bonnes librairies et directement chez Azéko-Azara
Au Paradis F-32260 Artiguedieu en Gascogne (takatAzara@orange.fr)

A 70 ans, vous pérégrinez de festival en festival. Chapeau !

Merci pour votre coup de chapeau !

Propos recueillis par Didier Pasamonik, le 29 avril 2007.

Le personnage fétiche de Jo-ël Azara, Taka Takata
(c) Azeko/Azara

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon, Joël Azara et Josette Baujot. Photo : Comic.de

A voir, le site des éditions Azeko

Les prochains festivals où vous pouvez rencontrer Jo-ël Azara :
- Mandelieu 11/12/13 mai
- Oléron 25 mai
- Pibrac (Toulouse) 9 juin
- Contern 21/22 juillet
- Eauze 5 août
- Cajarc 22/23 sept.
- Lavaur 3/4 nov.
- Illzach 9/10/11 nov.
- Colomiers 17/18 nov.

Dans le cadre du "Centenaire de la naissance d’Hergé", les festivals de Mandelieu, Eauze et Colomiers présenteront l’exposition "Les années Hergé de Jo et JoZette".

 
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4 Messages :
  • recherche d’une BD
    19 décembre 2008 11:13, par jean pierre

    bonjour je suis à la recherche d’une bd ,pouvez vous m’aider.
    je recherche une bd de mon enfance jo et josette ou jojo et josette, ils avaient un petit singe.
    Année de la BD 1968/1975 AV.
    MERCI PAR AVANCE
    CORDIALEMENT
    JEAN PIERRE

    email : jpsvero3@aol.com

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    • Répondu le 20 décembre 2008 à  09:07 :

      Allez voir Jo et Zette chez Casterman.
      Une intégrale vient de sortir.

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    • Répondu par filtam le 18 août 2009 à  20:54 :

      Avec un tout petit retard...

      Il s’agit des aventures de "Jo, Zette et Joko" (Joko le petit singe)

      J’espère que, depuis tout ce temps, vous l’avez trouvée.

      Une anecdote : Ont travaillé chez Hergé, Jo Loeckx et Josette Baujot d’où les noms des deux personnages de la bande dessinée ;-) ?

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      • Répondu par Zmylpat007 le 17 septembre 2009 à  15:20 :

        "Jo, Zette et Jocko", même s’ils ont été republiés dans le journal "Tintin" à la fin des années ’40 (les Studios n’existaient pas encore !), sont nés dans "Coeurs vaillants" et "Le Petit Vingtième" dans les années ’30.
        A l’époque, Hergé ne connaissait pas Jo-Ël Azara et Josette Baujot...
        En fait, il s’agirait du diminutif d’Hergé, alias Georges Remi (Jo), et de sa mère Elisabeth (Zette), Jocko étant si ma mémoire est bonne le nom d’un singe en peluche à l’époque où Hergé faisait du dessin publicitaire...

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