Jojo’s Bizarre Adventure : Le Diamant inclassable du manga

20 février 2020 0 commentaire
  • Un essai, en manga, et sur un auteur culte qui est loin d'être un hit en France. Voilà de quoi déjà attirer l’attention sur cet ouvrage. D’autant que nous avons personnellement un certain faible pour Hirohiko Araki...

On vous l’a déjà souvent dit sur ActuaBD : Hirohiko Araki et sa saga culte entamée il y a bientôt 40 ans, Jojo’s Bizarre Adventure, constituent à nos yeux des références majeures de la bande dessinée mondiale. Au point de nous faire rêver de la voir comme Grand Prix à Angoulême un jour.. Alors voir paraître un essai entièrement dédié à cette œuvre nous a ravi.

L’objet se présente de manière superbe : très belle maquette, couverture cartonnée splendide, dans l’esprit et le graphisme de la série, et une liste de musiques sur Spotify pour accompagner la lecture de l’ouvrage. Et quand on connaît l’importance des références musicales au sein de Jojo’s Bizarre Adventure, on se dit que l’attention augure du mieux. D’autant que le volume s’ouvre sur une préface du réalisateur Takashi Miike (Ichi the Killer ou encore Jojo Bizarre Adventure Diamond Is Unbreakable Chapitre 1).

L’ouvrage se compose de trois parties, de longueurs très inégales : la première raconte l’avant Jojo’s et livre des éléments biographiques sur le jeune mangaka (35 pages), la seconde analyse les différentes parties de la saga une par une (180 pages), quand la troisième s’intéresse aux à-côtés de l’œuvre et à son influence dans le monde (25 pages). On pourrait craindre cette structure linéaire suivant l’ordre des huit parties de la saga, mais il n’en est en fait rien et les chapitres ne s’intéressent que périphériquement aux intrigues de celles-ci. Ou plutôt l’intrigue sert de prétexte à davantage : c’est que l’intérêt de l’ouvrage est bien ailleurs.

On le comprend vite en découvrant les diverses sections qui structurent les chapitres. L’art de ces titres se révèle d’ailleurs proprement savoureux (« Salut les musclés », « Welcome to the jungle » ou encore « United colors of Jojo »). Chaque section propose en fait une entrée dans l’œuvre, peut-être privilégiée ou émergeant dans cette partie de la saga mais valant le plus souvent pour l’ensemble : étude de personnages, de motifs précis et récurrents, d’influences diverses, inscription dans des genres et tendances, etc. C’est cela qui constitue le cœur de l’ouvrage.

Frederico Anzalone témoigne alors d’une connaissance impressionnante de son sujet d’étude (mais c’est une évidence) et surtout d’une capacité à la mettre en perspective et à l’inscrire dans un propos général qui rend justice à son immense mérite. Savant, renseigné, touchant à toutes les cultures : c’est un plaisir que de redécouvrir Jojo’s à l’aune de ce regard. Les notes, fréquentes, et la bibliographie, abondante, confèrent à l’ensemble une allure de sérieux qui participe à la légitimation d’un objet esthétique a priori doublement « illégitime » : BD et manga à la fois ! Une manière de montrer – il le faut encore malheureusement – que l’étude du manga constitue un champ fécond où il est nécessaire de témoigner d’une véritable ambition.

C’est bien le cas ici et Frederico Anzalone propose une somme riche et méticuleuse qui vaut déjà référence dans le domaine. Mais l’ouvrage ménage une place à l’humour – notamment par ses bonus divers qu’on vous laisse découvrir – et tient toujours la ligne de crête entre exigence et vulgarisation. Merci à lui !

Demeure toutefois un vrai regret : l’absence d’iconographie. Pas la moindre image de Jojo’s dans l’ouvrage. Et pour cause : on le sait, le travail avec les ayants droits japonais demeure très difficile et il est presque impossible d’obtenir les droits pour des images dans un ouvrage critique en France et en français. L’option choisie par Third éditions consiste donc à conserver une totale liberté éditoriale sur ses contenus en sacrifiant le recours à l’iconographie. C’est un choix, en grande partie contraint. Il permet à une parole critique d’exister sur le manga. Mais cela reste frustrant tant la dimension graphique est évidemment nécessaire dans l’étude de la bande dessinée.

Tant pis pour Jojo’s : le lecteur devra naviguer entre Le Diamant inclassable du manga et sa collection des tomes de la saga. Dommage quand même, notamment pour cet art des doubles-pages et ces poses des personnages qui font la marque graphique d’Hirohiko Araki.

(par Aurélien Pigeat)

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Jojo’s Bizarre Adventure : Le Diamant inclassable du manga. Par Frederico Anzalone – Third éditions. Sortie le 5 décembre 2019. 328 pages. 29,90 euros.

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