Kickback - T1 : L’Arrangement - David Lloyd - Editions Carabas

20 février 2005 0 commentaire
  • Voici un joli coup pour les éditions Carabas: un album inédit en anglais du trop rare dessinateur britannique David Lloyd. Un polar noir et glauque comme on les aime.
Kickback - T1 : L'Arrangement - David Lloyd - Editions Carabas
Une des couvertures de l’édition DC de V.

Dessinateur connu en France pour sa collaboration avec Alan Moore sur V for Vendetta (disponible chez Delcourt) - pour lequel son travail ne s’est d’ailleurs pas limité à l’illustration, David Lloyd a relativement peu produit depuis ses débuts en 1977 en Grande-Bretagne (il a alors entre autres travaillé sur des BD de Dr Who). Il n’a jamais dessiné de séries continues pour le marché américain, mais a réalisé nombre de one-shots et mini-séries.

Malheureusement, presque toute sa production est inédite en France. Que ce soit son comic Aliens : Glass Corridor (1998, Dark Horse), qu’il a entièrement réalisé, du scénario à la couleur ; les deux numéros de Hellblazer (n°25-26, 1989, DC Comics) sur scénario de Grant Morrison ; la mini-série The Horrorist (1995, Vertigo, sur scénario de Jamie Delano) mettant en scène le personnage de Constantine, qui vient de subir les derniers outrages au cinéma ; ses deux longs comics de guerre réalistes sur scénario de Garth Ennis (War Story : Nightingale et J is For Jenny, 2002 et 2003, Vertigo), ou sa participation à l’anthologie Raymond Chandler’s Marlowe (2003, iBooks) où il illustre magistralement sur plus de 40 pages et en noir et blanc l’une des histoires du célèbre détective de Chandler.

Une planche de The Horrorist

Pourtant, son graphisme à l’ambiance oppressante convient parfaitement à tous ces récits, qui ont pour point commun de provoquer chez le lecteur une inquiétude sourde qui va crescendo. Il est aussi à l’aise dans les histoires réalistes (sa peinture du navire de guerre qui coule, les marins plongeant dans les profondeurs glacées de l’océan, restera longtemps dans la mémoire du lecteur) que dans les scènes fantastiques de Hellblazer, et sa mise en couleur (il assure le plus souvent lui-même cette partie de l’illustration) est unique et reconnaissable entre toutes.

Seul sera édité en France en 1995 l’album Night Raven : Château de Cartes (1991, Marvel UK, scénario de Jamie Delano) chez le défunt éditeur Zenda. Il s’agit d’une histoire mettant en scène un personnage créé par Lloyd pour Marvel UK à ses débuts, un détective rappelant le Shadow, plongé dans des aventures très noires. Une autre histoire courte de Lloyd sera publiée dans le premier volume de l’anthologie Vampires (2001, Carabas) et le nouveau Métal Hurlant l’a accueilli pour une histoire courte sur scénario de Jim Alexander.

L’album Night Raven

On voit donc que Lloyd aime le polar, et il va le prouver une fois de plus dans ce Kickback.
Dans une ville moderne, un flic se retrouve face à une guerre des gangs. Rien de bien étonnant. Mais quand celle-ci prend des proportions inattendues, le fait que nombre de flics soient pourris acquiert soudain une certaine importance.

Une planche du Marlowe

Mais Lloyd ne s’intéresse pas au cliché du flic honnête seul contre tous. Son personnage principal a pas mal de choses à se reprocher, et l’auteur rend la frontière entre les gens biens et les autres plutôt floue - tous semblent avoir intérêt à préserver le statu quo, aussi peu moral soit-il. En développant plusieurs personnages variés, dont le père du flic, malade mais lucide, Lloyd s’éloigne du genre "histoire de flics" pour dépeindre des êtres humains dans toutes leurs faiblesses et leurs doutes. Comme, finalement, les meilleurs auteurs de polar ont su le faire. Ses planches dont les découpages tirés au cordeau enferment les personnages dans une cage aux couleurs délavées et quasi expressionistes apportent un vrai plaisir de lecture. Celui-ci contraste agréablement avec l’impression de désastre imminent qui monte petit à petit au fil des pages.
Espérons que Carabas ne nous fera pas trop attendre pour la parution du deuxième et dernier tome de cette histoire, et qu’elle donnera envie à d’autres éditeurs de présenter au lectorat français d’autres oeuvres de ce peintre de l’angoisse qu’est David Lloyd.

(par François Peneaud)

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