L’Avion, une « adaptation » réussie...

17 juillet 2005 1 commentaire
  • Nous vous parlions, au mois d'août dernier, d'une adaptation cinématographique de la bande dessinée de {{Denis Lapière}} et {{Magda}}, {Charly}, qui allait sortir prochainement sur les écrans[[Le film sort dans les salles le 20 juillet]]. Nous avons eu le privilège d'assister à une projection en « avant-première », et ce en compagnie des auteurs de la BD.

Le film : Une genèse difficile !

Il y a une dizaine d’année, un producteur demanda à Denis Lapière d’écrire une adaptation cinématographique des aventures de Charly. L’homme de cinéma était séduit par la trame de la bande dessinée : un modèle réduit, représentant un vaisseau spatial, est offert à un enfant. Charly découvre bien vite que son jouet a un terrible potentiel agressif, et qu’il répond à ses désirs et à ses ordres, allant jusqu’à semer la destruction et la mort sur son passage...

L'Avion, une « adaptation » réussie...
Charly, l’intégrale

Denis Lapière et Magda avaient bâti, entre 1991 et 1994, un premier cycle de quatre albums, explorant ainsi la relation entre Charly et son jouet d’enfer. La série comporte aujourd’hui onze volumes. Les auteurs ont souhaité que leurs personnages de papiers vieillissent au fil des cycles. «  Charly est une série qui me tient particulièrement à cœur, explique Denis Lapière. Ce personnage est né de mon propre regard sur mes enfants. Ces derniers grandissent et il m’était normal que Charly suive leur évolution. Je continue à regarder mes enfants, je nourris cette bande dessinée de mes observations. C’est assez particulier !  ».

Le scénariste a rédigé les premières versions du scénario. «  Ce n’était pas mon métier, raconte Denis Lapière. C’était donc un exercice très difficile. J’ai écrit une première version pour... apprendre à écrire ! Et puis une deuxième qui était plus acceptable ». Le projet est resté quelques années en « attente », en quête d’un réalisateur, de capitaux et de toutes ses petites choses qui font la spécificité du cinéma. « Il y a quatre ans, Cédric Khan avait lu mon scénario. Il avait apprécié les ambiances qui s’en dégageaient, poursuit le scénariste. Cédric Khan a souhaité réaliser l’adaptation, tout en s’appropriant l’histoire. J’ai été mis à l’écart car il voulait travailler avec ses compagnons habituels, à savoir Ismaël Ferroukhi et Gilles Marchand ».

Patrick & Charly

« On est particulièrement heureux de voir ce film aujourd’hui, dit la dessinatrice Magda. Même si je n’y ai pas collaboré, c’est une sorte de reconnaissance de notre travail. Et puis, ce projet date d’une dizaine d’années. On se demandait même si le film allait voir le jour. Je n’y croyais plus. »

L’avion, une intrigue différente ...

En sortant de la projection, Denis Lapière, visiblement heureux, manifeste ses sentiments à Léon Perahia, directeur du département audiovisuel de Dupuis. « Je n’ai aucun mal à défendre ce film, dit-il en souriant. L’histoire est différente, mais l’esprit de la série est préservé et est bel et bien présent dans l’Avion ! ». Une impression que nous avons nous aussi ressentie lors de la projection.

L’intrigue est proche de l’album : le soir de Noël, Charly reçoit de son papa un avion. L’enfant est déçu car il espérait un nouveau vélo. Il avait lancé différents signaux à son père allant dans ce sens au fil des semaines précédentes. Fort peu présent dans la vie familiale, Patrick a oublié les désirs de son fils au moment de faire son achat. Il tente de rattraper le coup en promettant à son fils de lui offrir l’objet de ses rêves à une prochaine occasion...

Malheureusement, Patrick décède dans un accident avant d’avoir pu accomplir sa promesse. Catherine, la mère, et Charly, sombrent dans la tristesse. Charly découvre, un jour, que son avion est un objet « vivant », capable de voler mais aussi d’obéir à la moindre de ses injonctions. Charly, qui ne comprend pas très bien l’absence de son père, fugue avec l’avion. Il souhaite retrouver son papa et le remercier pour ce cadeau exceptionnel...

Au centre, Catherine

Bâti pour les enfants âgés de huit ans et plus, ce récit ne comporte pas de réelles scènes de violence, contrairement à la bande dessinée. Sous le crayon de Magda, le "jouet d’enfer" est une arme mortelle. Le film traite cette thématique différemment. Cependant... « l’essentiel de Charly est contenu dans le film, analyse le scénariste : les personnages, leurs caractères, leurs émotions et les sentiments d’amitié ou d’angoisse liés à cet objet qui est vivant. »

Denis Lapière avait lui-même mis les bases de cette différence dans ses propres versions du script : « J’avais transformé le père, Patrick, en scientifique. Ce dernier façonnait lui-même ce jouet pour son enfant, avant de mourir. Son esprit habite le jouet jusqu’à ce que l’enfant accepte la mort de son père. C’était mon idée de base pour ce film. Cédric Khan, le réalisateur, en a respecté ce canevas. C’était, me semble-t-il, la seule manière d’adapter la bande dessinée sans tomber dans la caricature ou la péripétie, tout en privilégiant l’émotion ».

Lorsqu’on lui demande s’il n’est pas difficile de confier ses personnages à d’autres scénaristes, Denis Lapière confie avec malice : « un scénariste confie déjà ses personnages à un dessinateur. Si on a trop d’ego, les collaborations se terminent souvent mal. Il faut faire confiance, surtout lorsque les gens ont du talent. Cédric Khan en a ! J’avais apprécié certains de ses films, dont "Roberto Succo". Je n’avais qu’une seule crainte : qu’il en fasse autre chose, de plus âpre, sans garder l’esprit de la série. Heureusement, ce n’est pas le cas : il a été dans l’émotion, sans être ridicule. »

Un choix judicieux pour les acteurs

Les talents d’Isabelle Carré (Catherine, dans le film) et de l’enfant, Roméo Botzaris (qui incarne Charly), étincellent dans ce film. Les deux acteurs jouent de manière naturelle, sans aucune fausse note. Comme le souligne Magda : « Ces deux acteurs ressemblent étrangement aux personnages qu’ils incarnent. En particulier Catherine. ».

Vincent Lindon est logiquement peu présent dans cette histoire. Il incarne le père de Charly qui est amené à mourir dès le début du film. Mais sa participation est loin d’être anecdotique.

Charly

Il nous faut mettre un seul petit bémol cependant : Nicolas Briançon, l’acteur qui incarne Xavier, le méchant de service, n’est pas convaincant. Venu du théâtre, il se débrouille plus qu’honorablement lorsqu’il donne la répartie à Isabelle Carré. Mais lorsqu’il est confronté à l’avion, l’acteur n’arrive pas à trouver une manière naturelle de jouer. Ce qui donne malheureusement à ces quelques scènes un petit côté kitsch à la Ed Wood, un comble.

« J’ai été surprise par l’aspect totalement lisse de l’avion, confie Magda. Il est très épuré et très design. Si bien qu’au début, lorsque l’on ne le voit pas s’animer, on a l’impression qu’il est un peu froid, qu’il n’exprime rien. Heureusement, les trucages et le cadrage des scènes où l’avion apparaît sont particulièrement réussies ». Le film comporte en effet quelque trois cents plans d’effets spéciaux, mélangeant la mécanique, les images de synthèse et les techniques d’effacements des câbles qui ont servi à déplacer l’avion.

Magda & Denis Lapière
Photo : (c) N. Anspach

Dupuis, partie prenante dans le financement du film.

Les éditions Dupuis ont participé au financement du film par l’intermédiaire d’Araneo Belgium, une filiale commune à différentes société du groupe Média Participations (Dupuis, Dargaud/Lombard et Le Ballon) et de Mestdagh. Ces différents investisseurs réunis dans un tax-shelter approprié [1] ont ainsi financé l’Avion à concurrence de 780.000 €. Léon Perahia, directeur du département Audiovisuel de Dupuis, tient à souligner que « [Cette opération] a amené le producteur français Fidélité [2] à délocaliser vers la Belgique différentes dépenses de production pour un montant avoisinant les 1.200.000 euros ». D’après nos sources, il s’agirait en partie des frais relatifs aux effets spéciaux.

Araneo Belgium devrait également financer le film Comme Tout le Monde de Pierre-Paul Renders, co-scénarisé par Denis Lapière.

Les auteurs de Charly et les éditions Dupuis [3] n’ont pas à rougir du résultat. Ce conte charmant devrait séduire le public familial qu’il soit amateur de BD ou non.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Signalons que les éditions Dupuis éditent pour l’occasion le premier cycle des aventures de Charly sous la forme d’une intégrale. Elle comprend les quatre premiers albums de la série qui ont servi de base pour la trame du film, le tout pour un prix de 29,95 €.

Découvrez la bande annonce du film et autres interviews des acteurs sur le site officiel du film.

La photo de Magda & Lapière est (c) Nicolas Anspach.
Les images du film sont (c) Fidélité.

[1Le « tax Shelter » est un incitant fiscal destiné à soutenir la production et la création d’œuvres audiovisuelles belges. L’investisseur peut récupérer jusqu’à la moitié de sa mise sous la forme d’économie d’impôt. 150% de la somme investie, sous la forme de cet incitant, doit être dépensée en Belgique, et ce dans les dix-huit mois suivants la date de signature de la convention-cadre. L’Etat Belge récupère ainsi une partie de cette aide grâce aux différentes taxes (TVA, Impôt des sociétés, etc). Ceux qui sont intéressés par ce montage financier trouveront plus de détails sur ce lien. Les éditions Dupuis ont développé un service de conseil aux entreprises cinématographiques désireuses de bénéficier de ces avantages. Léon Perahia en avait développé les termes lors du récent Forum Cinéma & Littérature de Monaco.

[2Fidélité a notamment produit les derniers films de François Ozon (5x2, Swimming Pool, Huit Femmes)

[3Pour l’anecdote, Cédric Khan et son équipe ont truffé le film de quelques clins d’yeux aux éditions Dupuis. On y voit notamment Charly lire un Kid Paddle et utiliser un plumier à l’effigie de Spirou.

 
Participez à la discussion
1 Message :