L’effet d’une « Bombe »

12 mars 2020 19 commentaires
  • Le livre d’Alcante, Bollée et Rodier, « La Bombe » (Ed. Glénat) est sans doute l’événement BD du printemps. Ce fort volume de 450 pages en noir et blanc retrace l’histoire vraie de la Bombe atomique qui anéantit Hiroshima le 6 août 1945, ouvrant une ère nouvelle : celle de la dissuasion nucléaire. En librairie, en tout cas, cette bombe-là fait de l’effet.

Mais entre cette déflagration et les premières minutes où la Bombe a été conçue dans le contexte d’une arrivée des nazis au pouvoir en 1933, de la découverte de la fission nucléaire par les savants européens : allemands, français, italiens, hongrois, danois, norvégiens… jusqu’à son usage par les Américains faisant la course, dans le cadre de la Deuxième Guerre mondiale, avec l’Allemagne, le Japon (fait peu connu) et l’URSS qui l’acquiert, grâce à son réseau d’espionnage et aux savants allemands retournés après la guerre dès 1953, que s’est-il passé ?

De l’identification -très rapide- par les Allemands de l’uranium comme principe actif de la future bombe, ce qui est peut-être l’une des motivations profondes de l’invasion par l’Allemagne des Sudètes en Tchécoslovaquie en 1938, jusqu’à l’acquisition du stock de l’uranium du Congo belge sur recommandation d’une lettre d’Albert Einstein envoyée au Président Roosevelt dans laquelle il exhorte les USA à se lancer dans la fabrication de la Bombe avant que les nazis y parviennent, quels ont été les acteurs de cette aventure et quelles en ont été les principales étapes ?

C’est cela que raconte La Bombe dans un récit haletant appuyé sur une formidable documentation.

L'effet d'une « Bombe »
"La Bombe" - Par Didier Alcante, Laurent-Frédéric Bollée et Denis Rodier
© Glénat

En mettant le Hongrois Leó Szilárd de même que le physicien italien Enrico Fermi au centre de l’intrigue, le premier allant chercher Einstein, avec deux de ses compatriotes dans sa retraite alors que celui-ci est désormais très éloigné de la question de la physique nucléaire préférant s’intéresser aux théories générales ; le second fuyant le régime fasciste mussolinien en 1939 pour se joindre à l’équipe du Projet Manhattan, les auteurs n’oublient pas les victimes, mettant en scène « une ombre » parmi les civils japonais qui furent anéanties par la Bombe en 1945.

"La Bombe" - Par Didier Alcante, Laurent-Frédéric Bollée et Denis Rodier
© Glénat

Précis et documenté, ce roman graphique, hors des clichés et de l’habituel roman national, raconte une histoire méconnue et pourtant essentielle dans l’histoire de notre temps.

Deux scénaristes talentueux, Didier Alcante et Laurent-Frédéric Bollée, se sont associés dans la fabrication de cette « Bombe » éditoriale mise en images par un Denis Rodier à l’encrage excellent dont les portraits sont souvent très justes.

Cet album instructif est sans doute l’une des grandes réussites de ce début d’année.

"La Bombe" - Par Didier Alcante, Laurent-Frédéric Bollée et Denis Rodier
© Glénat

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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"La Bombe" - Par Didier Alcante, Laurent-Frédéric Bollée et Denis Rodier - Editions Glénat.

 
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19 Messages :
  • L’effet d’une « Bombe »
    13 mars 19:17, par Joker

    Pour être sur le tempo de l’actu et remplir la caisse, les margoulins de l’édition proposeront des romans graphiques « la terreur du coronavirus » dans la mondialisation heureuse.
    Dans la course, les grouillots de l’écriture sont probablement déjà à l’œuvre … et pourront peut-être obtenir une récompense de la meilleure « réalisation » de l’année dans un festival !

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    • Répondu par Didier le 14 mars à  15:19 :

      Quel rapport avec cet article ?

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      • Répondu le 15 mars à  09:52 :

        Il y a quelques années, avec une telle qualité de graphisme, cet album aurait été décliné en une série de plusieurs tomes, format album de 46 pages. La mode du Roman-Graphique et surtout ses coûts dérisoires de production, sont passés par là. Cela fait l’affaire du monde de l’édition, mais pas celle des auteurs, ni du lectorat.

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        • Répondu par Didier le 15 mars à  11:31 :

          Bonjour, je suis un des deux scénaristes de "la Bombe". Je voudrais préciser que certains éditeurs nous ont proposé de faire une série de dix albums plutôt qu’un seul gros "pavé", mais c’est nous qui avons décliné cette proposition car nous voyions vraiment cette histoire comme un tout, et aussi car nous trouvions inadéquat de demander aux lecteurs d’attendre plusieurs mois pour avoir la suite d’un récit que nous voulions palpitant. Nous avons heureusement pu négocier des conditions raisonnables pour sa réalisation.
          Par contre, je ne comprends pas en quoi les lecteurs seraient perdants : au contraire, ils ne doivent pas attendre pour la (les) suite(s) et payent finalement proportionnellement 3 fois moins cher que si c’était paru en album ! Il aurait en effet fallu 10 albums de 46 planches, soit environ 130 EUR, à comparer avec notre prix de vente de 39 EUR...)

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          • Répondu le 15 mars à  20:55 :

            Vos intentions d’auteurs sont tout à fait respectables, mais en tant que lecteur compulsif (pas que de BD), la série à une magie que n’a pas un gros pavé BD : l’attente, qui rend la découverte d’un nouveau tome parfaitement jubilatoire, et ce plaisir inestimable de piocher (une fois la série complète) un album parmi tous les autres pour en redécouvrir ses qualités singulières même s’il fait parti d’un tout. Comme pour mes "Retour à la terre", je préfère relire tel tome plutôt que tel autre. Mes amis, aussi passionnés que moi, partage cet avis, et souvent nous préférons nous tourner vers le Manga ou les Comics pour leur culture de la série. Quant au prix, je préfère dévorer un roman de 500 pages plutôt qu’une BD de 500 pages. Le confort de manipulation n’est pas le même pendant la lecture.

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          • Répondu par olivier le 5 mai à  17:50 :

            Bonjour, je lis les messages de ce forum et je ne comprends pas que certains débats puissent exister. Pourquoi certains personnes, en donnant leur avis, veulent faire d’un cas, une généralité.
            Je ne partage pas le "plaisir d’attendre". Sortir un tel "pavé", est une bénédiction rare dans cette industrie ou l’attraction de l’argent prime sur le confort des acheteurs.
            Une sortie comme celle ci, est pour moi un petit miracle.
            Est ce que Spielberg a proposé la liste de Schindler en deux volumes sous prétexte que son film est trop long ?
            Non, une oeuvre est une entité propre. Elle est conçue pour raconter une seule et même histoire. Le prix est tout a fait logique, et la démonstration faite ci dessus est grandement pertinente. Un grand bravo pour cette "Bombe" !!!

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  • Tapez « Bombe H » sur les moteurs de recherche ! De nombreux documentaires historiques dispos sur le web informent pleinement sur le sujet. C’est inutile de claquer 40 € pour engraisser l’éditeur !

    Avec un peu de perspicacité et d’opiniâtreté, on peut trouver et visualiser de nombreux documents vidéo d’archives authentiques et parfois surprenant concernant l’histoire.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 15 mars à  14:40 :

      On voit bien que vous n’avez pas lu la BD. Elle comporte des faits et des hypothèses rares. Croire que cela peut être remplacé par un documentaire est juste un signe de paresse, et pas seulement qu’intellectuelle.

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    • Répondu par Didier le 15 mars à  15:37 :

      Cher anonyme,

      Merci beaucoup pour votre commentaire.

      Puis-je néanmoins vous signaler que les 40 EUR en question (39 plus précisément) ne servent pas qu’à "engraisser" l’éditeur mais aussi, accessoirement, à faire vivre les auteurs qui ont travaillé des années sur l’album, et ont la vanité de croire qu’il représente une valeur ajoutée par rapport à ce qui a déjà été fait...?

      Tout aussi accessoirement, puis-je respectueusement vous signaler que l’expression "bombe H" se réfère non pas à la bombe atomique, mais à la bombe à Hydrogène, ce qui n’est pas la même chose ?

      Cordialement,
      Didier (coscénariste de "La Bombe", donc)

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      • Répondu le 15 mars à  16:23 :

        … Pour un tel sujet, éditez votre travail dans l’édition spécialisée, plutôt que publier un roman BD chez titeuf ! Le prix de votre ouvrage sera alors justifié !!

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 15 mars à  17:19 :

          Ben tiens, les donneurs de leçon confinés sont derrière leur écran :)

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        • Répondu par Didier le 15 mars à  17:26 :

          Je ne vois pas bien pourquoi le même prix serait mieux justifié pour le même livre chez un autre éditeur ?

          Par ailleurs, et pour rappel, Glénat est quand même aussi l’éditeur de grandes séries historiques comme "les passagers du vent", "les sept vies de l’épervier", "il était une fois en France" etc etc, sans compter la collection "Ils ont fait l’Histoire"... C’est un éditeur tout à fait légitime pour les BD historiques !

          Pour le reste, n’hésitez pas à jeter un oeil sur l’album avant de le descendre sur les forums...

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        • Répondu par Le Goff le 17 mars à  05:52 :

          Je ne comprends pas les propos outranciers dénigrant ce très beau travail. Voici une BD qui peut se prévaloir d’un beau scénario basé sur des faits historiques mais pas trop didactique avec des illustrations en noir et blanc qui servent l’histoire avec talent. J’espère que cette BD rencontrera un succès mérité. Avec des commentaires sur le "poids" de l’ouvrage, j’imagine que ces lecteurs n’ont pas dû lire Guerre et Paix.

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  • L’effet d’une « Bombe »
    24 mars 15:11, par David Sporcq

    Pour avoir acheté ce livre et l’avoir lu, je tiens à dire que certains messages écrits plus haut ne rendent absolument pas justice à cet ouvrage. A se demander s’ils l’ont lu.
    Il s’agit ici de la chronologie d’un cataclysme. Celui du genre humain. Il nous concerne tous.
    "La Bombe" est absolument remarquable. Ce livre m’a permis d’en apprendre beaucoup. Bien sûr qu’il existe des livres doctes ainsi que des documentaires audio-visuels très complets sur le sujet mais voilà, il n’est pas sûr que je les aurais compris et il se fait que j’aime aussi la BD.
    Celle-ci est une véritable prouesse scénaristique et le dessin très plaisant s’accorde à merveille au sujet. Le découpage, le rythme, la constance, la rigueur sont de mise tout au long des 470 pages.
    Les bédéphiles se doivent de saluer une telle audace, un tel travail.

    Quant au prix, même s’il représente une belle somme pour beaucoup, il est honnête. Je vois mal comment on pourrait demander moins pour un tel pavé qui a demandé des années de travail. Je ne regrette absolument pas mes 39 €.

    Pour ce qui est d’avoir regroupé cette masse de travail en un volume, j’applaudis l’initiative. Depuis l’apparition des nombreuses intégrales, je suis habitué et même friand des gros volumes.

    Bravo aux auteurs et à l’éditeur !

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    • Répondu le 24 mars à  17:53 :

      L’idée marketing de "l’intégrale" a définitivement tué le concept de série, entraîné les auteurs vers plus de paupérisation et fait fondre les volumes de ventes des fonds de catalogue comme neige au soleil. Est-ce une erreur éditoriale ou une stratégie ? Curieusement, les japonais et les Américains n’ont pas la culture de l’intégrale...

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      • Répondu le 25 mars à  09:18 :

        les américains ont la culture du Trade paper Back, des absolute editions ou Ultimate editions, des omnibus, des compendium...
        Robert Kirkman a toujours dit que les compendium de "The walking dead" (à savoir 8 tomes dans un gros volume, sans bonus, sans chichi à un prix très attractif, entre 35 et 55$) se vendaient très bien
        On peut chicaner mais un TPB est une intégrale. La différence est que les TBP réunissent des comics moins cher à l’achat que les albums FB à l’unité.
        Ce qui est aussi intéressant c’est que les américains multiplient aussi les éditions, entre une édition de base souvent très basique, une édition de luxe, une édition limitée... il faudrait compter le nombre de rééditions de Watchmen, et se demander comment ils arrivent encore à trouver du matériel inédit pour justifier l’achat
        étrangemment, les traductions d’Urban sebasent souvent sur les version de luxe, avec bonus, etc. Ce qui implique évidemment un surcoût pour l’achteur. Mais le lecteur franco-belge aime d’un côté hurler sur le coût prohibitif des bandes dessinées mais ne se satisfait pas d’une édition qui se limite à l’essentiel : les planches bien reproduites. Schizophrénie, me dîtes-vous ?

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      • Répondu par David Sporcq le 25 mars à  16:41 :

        Je voulais surtout parler de "La Bombe" qui encore une fois est une véritable réussite. S’il constitue un gros volume, c’est aussi que dans son cas précis, cela s’imposait. Le partager en 10 albums comme l’affirment les auteurs eux-mêmes n’aurait pas été adéquat.
        Lisez le livre et vous en comprendrez mieux la raison.
        Aussi, je pense que c’est une forme particulière de BD que ces "romans graphiques" qui se présentent mieux en un beau gros volume. C’est aussi la spécificité de cette collection ’1000 feuilles" qui porte bien son nom.

        Ceci étant dit le mot "intégrale" est lâché. C’est un autre débat.
        Vous avez évidemment raison en disant que la vente par album est plus avantageuse pour les auteurs (et pour les éditeurs aussi). C’est indéniable.
        Je sais que parmi les bédéphiles, il y a les "pour" et les "anti" intégrales. Néanmoins, je pense que dans certains cas, elles ravivent un "back catalogue" plutôt que de le saborder.Elles exhument certaines séries tombées dans l’oubli. De nombreux collectionneurs (dont je fais partie) achètent à nouveau en intégrales les séries qu’ils avaient déjà en albums.
        Ceci pour les magnifiques dossiers et autres bonus principalement.

        Mon libraire spécialisé me dit souvent qu’il ne vend quasiment plus d’albums de certaines anciennes séries même parmi les grands classiques. Les intégrales reportent l’attention sur ces vieux titres et attirent même l’intérêt d’une nouvelle clientèle.
        Je ne crois pas que les éditeurs se priveraient de ventes d’albums en éditant des intégrales si ceux-ci marchaient encore si bien.
        On peut leur faire confiance quand il s’agit d’ étudier le marché. S’ils passent aux intégrales, c’est que forcément, il y a une demande.
        Les Américains sortent leurs comics en "omnibus" (800 à plus de 1000 pages), Epic collection (intégrales souples de 300-400 pages dans certains cas).
        Il y a un public qui ne peut pas ou ne veut pas donner 15 € pour une BD qui sera lue en une demi-heure. C’est dommage mais le marché doit en tenir compte.
        Ceci dit, ce même éditeur sort bien évidemment aussi des albums
        à ce prix comme la série des "Conan Le Cimmérien" par exemple. Donc, il faut contenter tout le monde. Je suis également cette série et n’attendrai pas qu’elle sorte un jour en intégrale.

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        • Répondu le 27 mars à  08:43 :

          L’intégrale est un moyen de limiter le versement de royalties aux auteurs. Beaucoup d’auteurs ne touchent même pas de droit sur une intégrale. (c’est ce que m’ont rapporté des auteurs sur les festivals.)

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          • Répondu par CHARPENTIER le 11 août à  16:28 :

            Bonjour ,
            Enfin, une vrai BD sur l’histoire de la création du joujou infernal du Docteur Hopenheimer (pour paraphraser Sting dans la chanson RUSSIANS) .
            Il y a déja eu pas mal de film(Roland Joffé "Les maîtres de l’ombre") et au moins une série américaine , sur le sujet.
            Je trouve tout a fait salutaire que la BD s’ empare du sujet sous la forme d’une création complète de cette grande histoire si terriblement dramatique mais si passionnante aussi.
            Il faut tout savoir sur le contexte qui a poussé certains de ces scientifiques pourtant si pacifiques a créer la machine la plus effroyable capable de réduire l’humanité en poussiere .
            Il faut tout savoir sur cette histoire et que le plus grand nombre jeunes ou moins jeunes "sachent" . Cette "BD" en est un sublime moyen.

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