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L’extravagant Tony Millionaire

  • Tel un trésor poussiéreux retrouvé dans le grenier d'une grand-mère, {L’Art de Tony Millionaire}, catalogue non exhaustif de la vie et l'oeuvre de l'artiste, vient de paraître aux éditions Soleil. Portrait d'une figure majeure de la bande dessinée alternative américaine.

Tony Millionaire est de ces dessinateurs qui possèdent une patte inimitable. Un art book de toute beauté vient rendre hommage à son immense talent. Ce grand volume mêle dessins, photographies, et une tonne d’anecdotes plus dingues les unes que les autres sur la vie de cet habitant de Los Angeles. Un livre qui donne une envie irréfrénable de se plonger dans l’oeuvre de l’extravagant américain.

L'extravagant Tony Millionaire
Autoportrait de l’artiste à table
© Tony Millionaire

Né en 1956 dans une famille d’artistes de Boston, dans l’état du Massachussets, Scott Richardson se trouve rapidement un nom de plume farfelu. Le jeune homme a de la suite dans les idées, et pas froid aux yeux. A la sortie de l’adolescence, il s’installe au pied des demeures victoriennes des beaux quartiers pour en faire de magnifiques dessins qu’il s’empresse de vendre aux habitants. Bien vite, il rencontre un succès d’estime local, et met à profit ses évidentes prédispositions pour gagner sa croûte. Après quelques péripéties et une rupture amoureuse, il part pour Rome. Fasciné par les plus vieilles ruines de la ville, il croque le Forum antique. Malicieux, Tony invente un stratagème pour piéger les touristes. Il fait semblant d’achever un immense dessin à la plume qu’il vend pour une poignée de dollars (en fait, il se contente de rehausser à l’encre un de ses dessins sérigraphié !).

Des morceaux de vie de cet acabit racontés à la première personne, L’Art de Tony Millionaire en est rempli. Parfois, ces épisodes sont tellement énormes que l’on se demande si l’auteur ne se paie pas notre tête… Mais c’est justement ce qui rend la lecture si jubilatoire.

Un extrait de "L’Art de Tony Millionaire"
© Millionaire - Dark Horse - Soleil
"Oncle Gabby", un album de la série Sock Monkey
© Millionaire - Rackham

De retour aux Etats-Unis, il se fait peu à peu connaître comme cartoonist. Il imagine Drinky Crow, un corbeau alcoolique, qu’il voit comme son double. Résident régulier des pages du New York Press, les strips de Tony Millionaire séduisent par leur humour vache et leur dessin méticuleusement grotesque. Maakies, créée en 1994, devient sa série la plus célèbre outre-Atlantique. Dans un style beaucoup plus poétique, il dessine Sock Monkey à partir de ses souvenirs d’enfance dans la vieille maison victorienne de sa grand-mère. Avec pour héros : le singe Oncle Gabby et l’oiseau Mr. Crow, réminiscence en peluche de Drinky Crow.

Formidable portraitiste, il a illustré plusieurs pochettes de disques pour Elvis Costello (qui signe d’ailleurs la préface de l’ouvrage), They Might Be Giants, Heavy Trash,… On lui doit également le graphic novel Billy Hazelnuts, inédit en Europe.

Pochette pour le disque " Going Way Out with Heavy Trash"
projet rockabilly de Jon Spencer et Matt Verta-Ray illustré par Tony Millionaire
© Yep Roc Records

Créateur d’un univers étrange et mélancolique, Millionaire est à la tête de la ménagerie la plus amusante du panorama des comics américains. L’Art de Tony Millionaire est certainement à la hauteur de sa folie douce.

(par Morgan Di Salvia)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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VOIR EN LIGNE : Le site de Tony Millionaire

 
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2 Messages :
  • L’extravagant Tony Millionaire
    9 mai 2010 17:45, par Alex

    Extravagant est bien le mot. Quand je suis tombé pour la 1ère fois devant ses "Maakies", je fus tellement surpris que je ne savais qu’en penser : un mélange de poésie à la "Krazy Kat", de Popeye (et pas trop loin dans la forme non plus de ces illustres ancêtres, cf le strip sous l’histoire) et un humour des fois -souvent !- des plus graveleux. Le fait est que TM est bel et bien un auteur à part, unique en son genre, avec un univers d’une richesse incroyable et outrageusement grotesque. Il est à mon avis l’un des plus réjouissants créateur de strips. Je convie vivement les lecteurs anglophones à visiter le site de TM pour se familiariser avec son oeuvre. Attention ! C’est addictif !

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    • Répondu par Sergio Salma le 9 mai 2010 à  21:50 :

      Graphiquement époustouflant. Je suis impatient d’avoir un bouquin en mains en espérant que la prouesse ne soit pas uniquement dans le dessin mais aussi dans la narration et dans les sujets choisis. Mais à ce niveau-là ce serait idiot de faire la fine bouche. Effectivement comme le note Alex, il y a une filiation avec des grands bonshommes comme Crumb, d’autres illustrateurs et dessinateurs "classiques" et notamment un auteur presque inconnu ( contemporain de Mac Cay ) mais qui était d’abord un peintre, Lyonel Feininger.

      N’oublions qu’en France nous avons des auteurs de cette trempe , qui eux aussi manient les références et les techniques avec une incroyable maestria, c’est Guillaume Bianco et puis Winshluss célébré à Angoulême avec son Pinocchio . Il apparaît clairement que cet univers du strip américain (qui a l’air d’être underground mais qui était publié dans les grands quotidiens ) les a considérablement marqués. Ils ont inscrit en eux une science qui fait d’eux des graphistes en bandes dessinées ; ils sont curieusement absents de la presse, il faut attendre leurs livres. Alors que des auteurs comme Spiegelman ou Crumb ont je trouve leur légitilmité première en "feuilletons". le rendez-vous , la régularité avec ces univers seraient aussi riches que la lecture d’éditos. Pourquoi ces auteurs de ce niveau ne sont-ils pas publiés dans des quotidiens ou hebdos d’information, les news ? Au lieu de publier......tuuut qui n’est qu’une redondance de plus,pourquoi ces magazines dont les journalistes sont à la pointe quand il s’agit de bandes dessinées se rabattent lâchement sur du grand public qui vraiment n’a pas besoin de ça ? Et puis quelle tribune pour ces talents ! Ce qui se passait dans la presse aux Etats-unis ( pour une fois mais je ne suis pas fin connaisseur) devrait peut-être servir d’exemple.

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