Le CBBD fête ses 20 ans et évoque son avenir

30 septembre 2009 0 commentaire
  • C’est ce week-end que le Centre Belge de la Bande Dessinée fête ses vingt années d’existence. L’occasion de faire le bilan, de répondre à quelques critiques, mais surtout, d'évoquer son avenir face aux enjeux des bandes dessinées belge et mondiale.

À la fin du printemps 2009, nous avions opéré un rapide tour des principaux hommes politiques belges [1] qui avait laissé paraître un certain malaise, perçu parfois dans le milieu professionnel de la bande dessinée : le Centre Belge de la BD ne remplirait pas vraiment, semblaient-ils dire, les fonctions qu’on attendait de lui. S’il ne se modernisait pas, entendait-on, il faudra peut-être lui trouver un remplaçant...

Le CBBD fête ses 20 ans et évoque son avenir
Guy Decissy, 85 ans, a été le promoteur du Centre Belge de la bande dessinée il y a vingt ans.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Interrogé par nos soins lors de la visite royale du Centre, son directeur Jean Auquier, avait fermement refusé de répondre à ces allégations, préférant poser des actes forts qu’il nous promettait pour la fin septembre. À l’occasion de cet anniversaire, nous étions donc présents à la conférence de presse. Les responsables du Centre nous ont dressé un bilan des vingt dernières années et décrit les points forts de leurs projets à venir.

Photo : Ch-L. Detournay

« Ces vingt ans sont un tournant majeur », nous explique Jean Auquier. « Nous étions considérés comme une structure qu’il était de bon ton de brocarder, alors que ces mêmes personnes étaient ravies qu’on fasse appel à eux pour une exposition, ou un événement. En réalité, on a projeté sur le Centre, des besoins, des envies et des valeurs gigantesques, et cela a pu créer des déceptions. Si on examine à la loupe nos activités, on peut se rendre compte du très large panel d’expositions et d’évènements que nous avons réalisés. Nous l’avons sans doute mal communiqué car, contrairement à ce qui se dit, nous proposons des ateliers de création, nous exposons des planches, et nous donnons leur chance à de jeunes auteurs. Nous ne voulions pas polémiquer, mais nous étions tristes de voir les analyses extérieures, et nous pensons que c’était dû à une méconnaissance du sujet. D’où notre réponse en posant des actes forts, et en communiquant notre bilan. »

Se moderniser, tout en demeurant fier de son passé

Le Centre profite d’un large public, avec ses 200.000 visiteurs annuels, dont plus de 60% sont étrangers. Il comptabilise plus d’une centaine d’expositions temporaires, couvrant tous les styles et genres de récits (ses présentations sont d’ailleurs aujourd’hui disponibles sur le site du CBBD). Le CBBD, c’est aussi un centre de documentation et de conservation des œuvres, planches originales ou imprimés. Mais ce qui attirait sans doute tant la réprobation du milieu de la BD, c’étaient les expositions permanentes dont la scénographie n’avait pas changé depuis des années et qui donnait une vision franchement passéiste en faisant l’impasse sur les productions actuelles.

« On ne peut bien entendu pas tout refaire en un jour », continue le directeur du Centre, nous expliquant comment il compte investir dans les innovations et réfections qui leur semblent importantes. . « Il faut pouvoir enlever ce qui n’est plus actuel, comme l’expo de la BD moderne, et revoir la globalité du propos. Mais il faut aussi conserver l’exposition permanente (dite « Musée de l’imaginaire »), car c’est avant tout pour elle que les visiteurs viennent au Centre ! Nous allons donc la renommer « L’âge d’or de la BD belge », tout en lui donnant un coup de lifting. Nous allons tout d’abord refaire l’introduction autour du puits de lumière, en traitant du journal de Tintin, de Spirou, des scénaristes, etc. Puis, nous allons revoir son contenu cellule par cellule : en ôter certaines pour en agrandir d’autres, comme celles consacrées à Jijé. Nous allons rajouter des auteurs comme Paape, Will et Graton. »

Photo : Daniel Fouss

« Ces travaux de fond se dérouleront en quatre années, jusqu’à leur finalisation pour les 25 ans du Centre. On va garder l’essentiel de la scénographie, tout en modifiant le contenu. Pas de planches originales, car elles seraient abîmées par la lumière, mais nous mettrons des fac-similés de celles-ci, tout en jouant sur la présentation : un peu de technologie et un brin d’espièglerie. Nous voulons un discours plus simple, moins bavard. Par exemple, en accord avec Isabelle Franquin, nous allons supprimer les Tifous pour les remplacer par un grand mur des signatures de Franquin, qui sont un pur régal. Nous n’avons pas la prétention de retracer l’Histoire de la bande dessinée mondiale, mais nous voulons juste présenter notre regard sur les auteurs belges qui l’ont fait vivre, et évoluer. »

Des grandes modifications vont donc être opérées : suppression du Musée de la BD Moderne, dont le contenu datait de plus de 15 ans. Ce lieu recevra maintenant les expositions permanentes, localisées précédemment dans le puits de lumière. La Naissance d’une BD et L’Espace Victor Horta seront également renommés, et relookés grâce à une présentation respectivement plus ludique et explicative. Enfin, un espace sera dédicacé à la pointe de l’actualité technologique en bande dessinée.

« Comme nous n’avons pas la science infuse, nous souhaitons multiplier les partenariats : avec l’IRPA [2] pour la conservation des originaux et publications, avec la Bibliothèque Nationale, toujours avec la Poste Belge. C’est dans le même esprit que nous cherchons donc à nous entourer de commissaires extérieurs pour nos expositions temporaires, et que nous avons demandé à Dupuis et Dreamwall de s’occuper de cette partie technologique. Il y a une grande évolution du support de la bande dessinée : PC, télévision, iPhone, etc. Et nous voulons donner un espace à cette création, tout en nous rendant compte qu’il nous fallait trouver un partenaire spécialisé qui en assure la gestion. »

Des expositions aussi intéressantes que variées

Un large panel d’expositions sont à venir en 2010 : elles concerneront le dessinateur flamand Hec Leemans, les Moomins de Tove Jansson, mais on attend surtout beaucoup de l’Atelier de Franquin et Cie où l’on passera en revue les productions et inédits de toute une école : de Jijé à Roba, en passant par Morris, Will, Delporte, Peyo, Macherot, et bien entendu Franquin. Gage de sérieux, cette exposition sera coordonnée par Isabelle Franquin elle-même, accompagnée de Frédéric Jannin et de Hughes Dayez. Enfin, l’année prochaine se terminera par L’Europe des Alternatifs, nous présentant un tour d’horizon des BD contemporaines. Elle sera dirigée par Thierry Van Hasselt, de Fremok.

Avant de profiter de ce programme éclectique, le Centre fête avec panache son anniversaire en présentant diverses expositions déjà visibles actuellement. C’est tout d’abord le journaliste belge du Soir, Daniel Couvreur, accompagné par Lucas Reynaert, qui nous propose sa vision des dernières vingt années de la BD mondiale. Le Centre lui a demandé de choisir un album par année, pour donner un point de vue subjectif, et donc critiquable, de la production actuelle. Le journaliste s’explique donc sur ces choix, la présence de telle série, l’importance de nouveaux courants. On retrouvera des titres aussi divers que V pour Vendetta, Largo Winch, Sin City, Death Note, Titeuf, Bone, Lanfeust de Troy, Kid Paddle, Murena, Donjon, Persépolis, le Chat du Rabbin, Kiki de Montparnasse, etc. Bien entendu, le lecteur pourra s’étonner par exemple du choix du Décalogue plutôt que de celui du Triangle Secret, ou de l’absence de sa série culte. Rendez-vous à l’exposition pour se confronter au choix de Daniel Couvreur.

Dans le même temps, le CBBD propose une exposition de photographies de Daniel Fouss, rythmant les grands moments du Centre sur ces vingt ans. Que cela soient ces instants phares comme l’arrivée de la statue de Gaston Lagaffe, ou touchants comme le profil d’Yslaire ‘perdu’ dans l’exposition qui lui est consacrée. Ces flash-backs donnent la mesure du trajet parcouru.

En contrepoint, on présente également le travail du jeune et déjà très primé Bastien Vivès, avec les impressions sur un papier d’excellente qualité des planches de son dernier album Amitié étroite. Pourquoi imprimées ? Parce qu’entièrement conçues sur ordinateur, elle n’ont pas à proprement parler d’ "originaux". Une sélection de "vraies planches" de Dans mes yeux complètera le dispositif, de quoi en ressortir effectivement ébloui.

Enfin, une série de cent cinquante planches originales et dessins complèteront cet anniversaire. On y retrouvera Zep, Franquin, Joann Sfar, MiTacq, Émile Bravo, René Sterne, mais aussi Cosey, Hermann, Pellerin, Schuiten, Tibet, Vance, etc.

Le Centre devient lui aussi une Maison des auteurs

« Si le centre est avant tout dédié au grand public », nous explique Jean Auquier, « il doit également être la maison des auteurs. Il y a bien entendu ceux qui trouveront que nous n’en ferons jamais assez, mais nous voulons prolonger cette main tendue vers les auteurs, en leur proposant de vrais services qui pourront leur être concrètement utiles. »

Il s’agira de laisser à leur disposition, sur rendez-vous, un scanner A2 pour qu’ils puissent gratuitement numériser leur œuvre, de proposer le stockage d’originaux dans une toute nouvelle pièce bénéficiant des meilleures conditions de conservation (un colloque devrait se tenir dans deux ans à ce sujet).

Pour les auteurs comme pour le public, le Centre a revu le catalogue de ses œuvres, des ses albums, de ses magazines et des revues d’études (plus de 90.000 références). Certaines pièces rares ne sont pas laissées en libre consultation au public et nécessiteront un rendez-vous, dans un souci assez logique de conservation. Mais le nouveau catalogue est maintenant consultable en ligne, comme bien d’autres services et informations du Centre, lequel continue à se moderniser techniquement en se dotant d’une nouvelle billetterie, ainsi que d’un accès Wi-fi gratuit, sans modifier son prix d’entrée.

Bien entendu, des colloques et ateliers seront toujours spécifiquement adressés aux auteurs et professionnels et un nouveau support écrit et téléchargeable devrait bientôt voir le jour pour faciliter leur communication.

Une nouvelle Fondation

Mais le projet le plus ambitieux est sans doute la mise sur pied d’une Fondation Belge de la Bande Dessinée ! Un concept auquel tient particulièrement Jean Auquier : « Nous connaissons tous l’exemple d’auteurs qui ont été obligés de brader ou de vendre un lot d’originaux à un particulier, pour pouvoir vivre décemment. Nous voulons aider financièrement les auteurs qui ont en besoin, en achetant dignement leurs dessins, croquis, planches mais aussi scénarios ou livres de documentation. Cela leur permettrait d’assurer leurs besoins, tout en nous permettant de sauver ce patrimoine. Comme la plupart des planches stockées au Centre, lesquelles, il faut le préciser, appartiennent à leurs auteurs, ces documents pourraient bien entendu faire l’objet d’une exposition ponctuelle. Je voudrais ainsi que le Centre soutienne cette Fondation en mettant en dépôt les planches dont il est le propriétaire, tout en lui assurant un pourcentage annuel de ses rentrées. »

Le CBBD en fête !

À l’occasion de son vingtième anniversaire, le CBBD ouvrira ses portes ces samedi 3 et 4 octobre pour deux journées exceptionnelles : fanfares, auteurs et héros de bande dessinée seront au rendez-vous pour la joie des petits et des grands. La liste des auteurs présents et leur horaire de dédicace sont sur le site du Centre et sur Facebook. Tous les visiteurs qui se présenteront déguisés en leur héros ou héroïne de BD préféré rentreront gratuitement à cette occasion.

Enfin, un des partenaires historiques du Centre, à savoir la Poste belge, commémorera cet anniversaire par l’émission d’un feuillet, disponible à partir du 5 octobre, et dessiné par Dany. L’auteur a représenté une galerie de personnages dans l’escalier du Centre, figurant vingt grandes séries belges : Blake & Mortimer, Bob & Bobette, le Chat, Léonard, Cubitus, Spirou & Fantasio, Thorgal, Lucky Luke, Ric Hochet, Boule & Bill, les Tuniques Bleues, Kid Paddle, Tintin, Olivier Rameau, l’Agent 212, Chlorophylle, etc.

À la vue de ces initiatives, il faudrait vraiment être de mauvaise foi pour ne pas saluer la réactivité dont le Centre Belge a fait preuve. L’occasion est donc trop belle pour leur souhaiter un excellent anniversaire et, dans l’attente de la concrétisation de ces élans, aussi divers que louables, pour se dire qu’après tout, toute critique est utile.

(par Charles-Louis Detournay)

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