Le Journal Tintin, les coulisses d’une aventure - Moulinsart

23 janvier 2007 2 commentaires
  • {{Dominique Maricq}}, {{Patrick Gaumer}} et {{Christian Marmonnier}} nous racontent dans ses moindres détails la chronologie des événements qui ont suivis la naissance du {Journal Tintin}, de 1946 à 1988.

Ce journal pour la jeunesse, créé dans l’euphorie de l’après-guerre, deviendra un point tournant pour la reconnaissance et l’évolution du 9e art en Europe, dans la seconde moitié du vingtième siècle. Le succès dépasse toute attente : dès le troisième numéro, le tirage passe de 60,000 à 80,000 exemplaires. Le design graphique et la lisibilité ont un impact considérable et durable sur un lectorat qui deviendra de plus en plus fidèle. Ce nouveau journal innove, étonne et séduit.

C’est en 1945, juste après la libération, que débute une époque florissante en publications pour les jeunes où l’audace, le talent pur et la détermination remplacent tous les diplômes. Les auteurs rendent justice à l’un des fondateurs longtemps ignoré, André Sinave, qui a précédé le rôle de Raymond Leblanc dans la conception du journal en misant le premier sur la popularité d’Hergé. C’est l’active collaboration Leblanc-Hergé qui donna au journal sa réussite exemplaire, malgré les turbulences et les remises en question. L’homme d’affaires et l’artiste ont imposé de manière fulgurante l’identité forte de leur hebdomadaire qui caractérisa le style de la BD franco-belge, après la fondation du Journal Spirou en 1938. Outre Hergé, on retrouve Edgar-Pierre Jacobs comme deuxième atout majeur de la nouvelle équipe éditoriale pour le premier numéro paru à Bruxelles, le 26 septembre 1946. Sur la couverture, inspirée du Temple du Soleil, on utilise le procédé héliogravure, malgré son prix onéreux, pour donner une qualité d’impression chromatique jamais vue pour un illustré, avec des noirs et des couleurs intenses. En encarté du présent ouvrage, nous pouvons parcourir le fac-similé du premier numéro, avec en double page le début du Temple du Soleil, Le Secret de l’Espadon (Blake & Mortimer par E.-P. Jacobs), L’Extraordinaire odyssée de Corentin Feldoé (de Paul Cuvelier) et La Légende des Quatre Fils Aymon de Jacques Laudy.

Le 3 avril 1947, apparaît le slogan qui deviendra accrocheur pour les générations à venir : « Tintin est le journal de tous les jeunes de 7 à 77 ans ». Hergé fournit une création originale pour toutes les couvertures qu’il dessine. Il est intéressant d’observer que de nombreuses couvertures ont une connotation religieuse, sans tomber dans l’hagiographie. Les passages les plus intéressants et inédits de l’analyse concernent les secrets de fabrication d’un grand journal de BD. Au point de départ, des principes importants pour garantir un hebdomadaire sans vulgarité, instructif et amusant. Durant les premières années, les éditoriaux, accompagnés de la signature de Tintin lui-même, constitueront l’ossature morale du journal. Dans chacune des pages soigneusement montées, abondent illustrations et photos. Progressivement les bonnes surprises se multiplient avec l’arrivée des futurs grands auteurs comme Jacques Martin, Willy Vandersteen, François Craënhals, Raymond Macherot, Tibet... et même l’irruption singulière de Franquin avec les gags de Modeste et Pompon, sans oublier celle de Goscinny et Uderzo avec Oumpah-pah. Un judicieux équilibre de séries humoristiques et réalistes qui deviendront des classiques du genre, assure au journal un succès solide.

Le début des années 1950 marque un tournant important avec le journal diffusé à travers le monde francophone, du Québec au Vietnam, et la sortie des premiers albums du Lombard qui annoncent l’aube des collectionneurs et des bédéphiles. Avec l’arrivée des timbres Tintin (chèques en France), apparaissent les produits dérivés à l’emblème du reporter ; pour Hergé c’est l’occasion de concrétiser nombre de projets que les éditions Casterman ont toujours refusés. C’est dans le journal que l’on retrouve toute l’effervescence de la génération des « baby boomers » avec des rubriques pour le nouveau lectorat féminin, des interviews exclusives avec les vedettes de l’époque, tels Alain Bombard et Haroun Tazieff. Hergé colle de plus en plus avec l’actualité et même la dépasse avec son voyage sur la lune. Le 3 février 1953 apparaît un logo flambant neuf, inspiré des hebdomadaires américains : un titre réduit, encadré et placé dans le coin gauche de la couverture.

L’année 1958 sera placée sous le signe de l’Exposition universelle de Bruxelles, le journal y aura son propre pavillon. Aussi spectaculaire, le building Tintin se prépare à illuminer le ciel dans un immeuble au coeur de la capitale. Désormais, Tintin est un journal de poids qui s’expose et veille sur sa ville natale. Avec l’arrivée du journal Pilote, le 29 octobre 1959, le Journal Tintin change discrètement son logo et passe de 32 à 48 pages, puis à 52 pages, en ajoutant plus d’humour. L’arrivée de Greg, en octobre 1965, donne un second souffle pour traverser les radicaux changements culturels et sociaux des années 1960. Ce nouveau rédacteur en chef aux talents multiples contribuera au renouveau du journal en introduisant une nouvelle génération d’auteurs : Hermann, Dany, William Vance, Dupa, Turk et de Groot... Les personnages de papier deviendront plus humains, en compagnie d’héroïnes à part entière. Après le départ de Greg en 1974, le journal commence sa lente régression pour mettre fin à la belle aventure avec le dernier numéro, le 29 novembre 1988.

Cet ouvrage sur un journal exceptionnel est d’autant plus important qu’il trace, en parallèle, l’histoire de la maison d’édition du Lombard qui fêtait ses soixante ans d’existence en 2006 au service du rêve par l’image. Pour les 7 à 77 ans, l’année 2007 s’annonce prospère et enrichissante avec tous les autres ouvrages à paraître pour célébrer le centième anniversaire d’Hergé, né en 1907.

(par Richard Langlois)

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