Le grand retour de la fabuleuse Skydoll... en couleurs !

25 juillet 2016 0 commentaire
  • L'une des séries-phares des années 2000 revient (enfin) avec le début d'un nouveau cycle. Sous la houlette de Alessandro Barbucci & Barbara Canepa, plaisir graphique et considérations sociologiques sont au rendez-vous !

Dès la sortie des premiers tomes, Sky-Doll s’est rapidement imposée comme une série incontournable ! Ses atouts ? Un graphisme mêlant les influences Disney à celui des Comics et des mangas de SF, sans doute l’un des plus aboutis et des plus habiles de sa génération au service d’une réflexion sur la religion et sur la place de la femme dans notre société, d’une vision acerbe des médias et du divertissement de masse, et enfin, un scénario innovant où la quête personnelle et spirituelle prend une dimension sociétale.

Une prostituée à l’assaut des religions

Rappelons que Noa est une poupée synthétique de dernière génération : une Sky-Doll construite pour le plaisir des hommes et dont la vie est rythmée par un cycle de trente-trois heures commandé par une clef. Celui qui la possède contrôle son existence complète. Parmi tous les androïdes de même fabrication, seule Noa est capable de rêver. Ce qu’elle ignore, c’est qu’elle n’est pas seulement un jouet technologique dédié au plaisir, car un élément particulier semble s’être glissé lors de sa fabrication. Quel est le lien entre cette différence et le culte qu’une partie de la galaxie voue à la papesse Agape, mystérieusement disparue ? C’est ce que Noa va découvrir en se cachant dans le vaisseau de deux envoyés de la théâtrale et médiatique papesse Ludivique qui désire découvrir les secrets du culte de la planète Aqua...

Le grand retour de la fabuleuse Skydoll... en couleurs !

Publiés respectivement fin 2000 et début 2002, les deux premiers tomes de Sky-Doll avaient apporté une sorte de révolution violette au sein de la bande dessinée. Sans renier aucune de ses influences, la série s’imposait au lecteur par l’autorité de ses apports : Barbara Canepa et Alessandro Barbucci apparaissent pour bon nombre graphistes de leur génération comme des chefs de file offrant une voie nouvelle d’exploration. Quant à la thématique du scénario, elle surprenait autant par son audace que par sa thèse quasiment politique sur une société dont les options consuméristes et religieuses aboutissent à l’autoritarisme et à l’aliénation.

Le succès est immédiatement au rendez-vous, mais il s’accompagne malheureusement d’une certaine pression : comment parvenir à maintenir la qualité sur un projet pour lequel on a tant travaillé, sans sacrifier la pureté de son projet originel ?

Une fin alternative qui relance la série

Ainsi, l’événement de la rentrée 2004 fut la publication d’un album au tirage limité de grand format en noir et blanc du troisième Sky-Doll : La Ville blanche. On put y admirer toutes la subtilité du trait des auteurs, et l’on profita d’un récit qui répondait à beaucoup de questions dans une intensité assez dramatique ! Cet épisode où l’héroïne tente de prendre son destin en mains devait clôturer la trilogie mais, curieusement, la version finale en couleurs pour le grand public tardait à venir, et c’est finalement une version corrigée qui se trouve publiée en 2006 dans laquelle toute la séquence de fin est modifiée, moins exclusive, conférant plus de place aux personnages. Elle annonçait surtout une suite !

Une série d’albums satellites et de compléments ont permis de maintenir Sky-Doll dans l’esprit de lecteurs, mais ravivaient d’autant plus l’envie d’obtenir cette suite de la trilogie dont le troisième tome était paru en 2006.

Cette attente est aujourd’hui satisfaite par la publication du quatrième tome en version couleur de la série, deux après après le tirage limité en noir et blanc annonciateur de cette édition classique.

Un quatrième tome très attendu

La version couleur de cette case est offerte en ex-libris aux lecteurs

Après leur fuite en vaisseau spatial, on retrouve nos deux couples de héros qui ont trouvé refuge sur une nouvelle planète. Chacun tente d’exercer ses "talents" comme il le peut dans cette retraite forcée qui met les nerfs de certains à rude épreuve. En effet, Noa joue la prêtresse en cachette, pour nourrir sa petite tribu. Elle s’apprête à découvrir de stupéfiantes révélations sur son passé et sur ses origines, ainsi que sur Agape. La Planète Sudra serait-elle aussi complexe et étonnante que paradisiaque ?

"L’Église catholique nous a définitivement écœurés ! commentait Barbucci. "Nous n’avons même plus envie d’en parler, c’est un chapitre clos. Le but de Sky-Doll, c’est de parler de la religion en général : ce qui pousse les gens à la quête du divin et comment certaines religions utilisent la foi des croyants pour les manipuler. Nous nous inspirons et aborderons d’autres cultes pour la suite."

Sudra est effectivement l’occasion d’aborder les religions dans leur pluralité, et ce qui attire les fidèles dans leur adoration. Elle pose aussi la question de la responsabilité des personnes qui développent et dispensent le culte, comme c’est le cas pour le divertissement.

Sudra est également un magnifique hommage à l’univers de la science-fiction. Canepa & Barbucci imaginent quantité de nouvelles races, de nouveaux personnages et de nouvelles habitudes sociétales (en écho aux nôtres, bien entendu). Le tout est brillament dessiné par Barbucci, dont le sens du détail nous avait déjà sidérés dans Ekhö.

Enfin, Sudra met en valeur les relations tissées entre les divers protagonistes du groupe formé à l’issue du tome 3. Les relations amicales et amoureuses sont explicitées, ce qui permet de mieux comprendre la psychologie des personnages et d’appréhender certains d’entre eux qui demeuraient encore lisses en raison de la quantité d’informations qu’il fallait placer dans les tomes précédents.

Une dimension magique

Quant aux couleurs, on comprend qu’il a fallu des années pour que Barbara Canepa prenne toute la patience de les peaufiner, y revenant entre deux autres projets, afin de conférer à l’ensemble une véritable force. Rarement, une mise en couleur n’a été si travaillée, si adéquate. Alliées au sens du détail de Barbucci, les prouesses chromatiques de Canepa animent chaque case. Si le récit captive à la première lecture, le plaisir qui consiste à revenir en arrière dès l’album est terminé prolonge la magie du voyage.

Ce superbe album de 54 pages est complété par un ex-libris offert en bonus. Est-ce un cadeau qui consiste à faire patienter le lecteur quelques années de plus avant d’avoir la suite de cette saga ? Sans doute, mais cela ne nous empêche pas de profiter de cette merveille alliant divertissement et réflexion sociétale. Une réussite, une fois de plus !

(par Charles-Louis Detournay)

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Sky-Doll, T. 4 : Sudra - Par Alessandro Barbucci & Barbara Canepa - Soleil

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A propos de Sky-Doll, lire
- Le grand retour de Sky-Doll
- nos chroniques du T3 La Ville blanche ainsi que le Sky-doll Spaceship Collection
- l’interview de Barbucci qui passe en revue l’historique des albums de Sky-Doll

Tous les visuels extraits de Sky-Doll T4 sont : © Éditions Soleil, 2016 - Canepa, Barbucci

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