Les Visés – Par Thomas Gosselin et Giacomo Nanni – Cambourakis

14 mars 2018 0 commentaire
  • Cet ouvrage retrace la trajectoire de Charles Whitman (1941-1966), tristement connu pour avoir commis l'un des premiers massacres de masse aux États-Unis. Un récit psychologique qui connaît un écho particulier au regard des récents événements.

1er août 1966 : après avoir tué sa mère, qui s’inquiétait tant des pensées de son fils après être tombée sur des notes indiquant ses pulsions morbides, puis son épouse enceinte, Charles Whitman se dirige tranquillement vers l’université d’Austin, au Texas, lourdement armé. Depuis la tour de l’université, il tire. Quelques heures plus tard, on dénombre 16 morts et 32 blessés.

Les Visés – Par Thomas Gosselin et Giacomo Nanni – Cambourakis

L’album retrace les moments qui ont précédé le massacre : les rêves de Whitman, les discussions avec son épouse, avec sa mère, avec ses amis. La tension monte, inéluctablement, malgré des moments plus légers, qui montrent un Charles Whitman diffile à saisir, à la frontière de l’inconscience de ses actes d’autant plus glaçants qu’ils s’inscrivent dans une vie globalement banale et ennuyeuse. Ses questions, ses remarques, peuvent être lues comme autant d’indices d’un acte prémédité et pensé de longue date, mais qu’il reste difficile de considérer comme tel autrement qu’a posteriori.

C’est la première collaboration entre Giacomo Nanni et Thomas Gosselin. Se référant aux quelques notes qu’a prises le tueur dans son journal intime, les auteurs tentent de reconstituer la trajectoire de Charles Whitman pour comprendre les motivations de son geste. De sa prime socialisation familiale aux minutes précédent l’irréparable, le tueur est ainsi décortiqué à froid, de façon quasi-scientifique dans le sens où les auteurs ne se lancent pas dans une dénonciation en bonne et due forme, du lobby des armes par exemple : son éducation religieuse, son engagement chez les Scouts, sa fascination précoce pour les armes à feu, son engagement chez les Marines, ses violences conjugales, les relations tumultueuses avec son père et le divorce de ses parents, sont présentés comme autant d’éléments dont le poids et la portée dans le geste final sont laissés à la libre interprétation des lecteurs. Loin de toute mansuétude à l’égard du meurtrier, l’ouvrage laisse aussi une large place à l’angoisse des victimes et des forces de l’ordre, jusqu’à l’assaut final.

Le graphisme rétro surprend. S’il est efficace pour plonger dans l’époque en donnant une tonalité « graffiti » et standardisée très américaine, il est aussi assez déroutant. On peut aussi y voir une volonté des auteurs de placer un filtre entre des faits choquants et les lecteurs. Cette ambivalence stylistique se retrouve aussi dans une alternance entre un style réaliste et des séquences plus floues, aux proportions approximatives et, pour des scènes plus fortes encore, des jeux d’ombres chinoises.

(par Damien Boone)

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