Locke & Key : faut-il tuer le père ?

6 mars 2019 0 commentaire
  • On a tous un jour souhaité la mort de ses parents. Une simple idée lancée en l'air sous le coup de la colère... Ce souhait, Tyler Locke aurait finalement préféré le garder pour lui, n'imaginant pas qu'il entraînerait bel et bien la mort de son père. Une théorie héritée de Freud dit d'ailleurs qu'il faut tuer le père pour pouvoir s'affirmer, et la famille Locke va en faire l'expérience... Réédition récente des six tomes et projet de série en cours par Netflix, c'est le moment de (re-)découvrir cette excellente série.

Tout commence avec la mort de Rendell Locke, sauvagement assassiné par des élèves de l’établissement où il travaillait en tant que conseiller d’orientation. Un évènement d’autant plus difficile à vivre pour Tyler, qu’il se souvient, juste après une dispute avec son père, avoir dit au futur meurtrier de ce dernier : "si un jour tu tues ton vieux, fais-moi plaisir et occupe toi du mien". Un souhait fugace et funeste qui n’en était pas un et se trouve finalement exaucé, laissant Tyler aux prises avec sa culpabilité.

Selon les dernières volontés de Rendell, ses trois enfants et sa femme emménagent dans le manoir où il a passé son enfance : Keyhouse. Le benjamin de la fratrie, Bode, découvre rapidement une clé peu commune, bientôt suivie par de nombreuses autres. Le jeune garçon, sa sœur Kinsey et Tyler, vont ainsi découvrir une autre réalité faites de magie et de sombres secrets liés à l’adolescence de leur père.

Locke & Key : faut-il tuer le père ?
Keyhouse, manoir familiale des Locke.
© IDW / Dessin : Gabriel Rodriguez

La relation d’un parent à son enfant est au cœur de nombreuses œuvres de fiction, de Star Wars à Hamlet en passant bien évidemment par Oedipe. Elle est aussi l’une des thématiques majeures de Locke & Key. Comment assumer l’héritage familial et surmonter le décès d’un parent ? Au fur et à mesure de l’histoire, les enfants, et en particulier Tyler, l’aîné, vont marcher dans les traces de leur père, ses réussites et ses échecs et devront assumer leurs propres erreurs pour grandir.

Joe Hill, le scénariste, livre une prestation sans faute de la première à la dernière page. Tout sonne juste, la scène d’horreur la plus atroce comme les plus purs moments de tendresse (quand ils ne sont pas dans une seule et même scène). En parlant de relation au père, il faut dire que Joe Hill sait de quoi il parle, l’auteur américain, de son nom complet Joseph Hillstrom King est en effet le fils du grand Stephen King, qu’il n’est pas nécessaire de présenter. De là à envisager qu’une partie autobiographique se trouve dans l’histoire, il n’y a qu’un pas...

Une famille détruite qui va devoir apprendre à se reconstruire.
© IDW / Dessin : Gabriel Rodriguez

Faire de Locke & Key seulement une œuvre sur le relation père-fils serait réducteur. La série parle aussi de deuil, de différence, d’alcoolisme, de puberté ou encore d’entité démoniaque voulant asservir l’humanité, une créature que ne renierait pas H.P Lovecraft lui-même, qui donne d’ailleurs son nom à la ville abritant le mal. Mais ce qui revient finalement à chaque fois, le centre de gravité de toute cette histoire, c’est l’acceptation. Accepter la mort, accepter autrui, accepter ses démons, accepter son corps, en définitive, s’accepter soi-même.

La partie graphique assurée par Gabriel Rodriguez n’est pas en reste, et on ressent une véritable alchimie entre le scénario et le dessin. Le dessinateur illustre à merveille les idées toutes plus folles les unes que les autres de son scénariste. L’équipe créative ne se fixe aucune limite et surprend son lecteur à de nombreuses occasions.

La créature tapie au fond du puits...
© IDW / Dessin : Gabriel Rodriguez

C’est d’ailleurs à se demander comment va faire Netflix pour rendre justice à la série dans son adaptation prévue prochainement, le tournage venant de débuter. Cela fait maintenant quelques années que le projet d’adapter Locke & Key traîne dans les cartons (films comme séries), et plusieurs studios s’y sont cassés les dents. Il faut espérer que cette fois-ci ce sera la bonne, la plateforme s’étant déjà illustré dans l’horreur/fantastique avec "The Haunting of Hill House" l’année dernière. C’est cependant sur les effets visuels que l’on peut légitimement s’inquiéter. Wait and see...

En attendant, nous ne pouvons que vous conseiller de vous jeter sur la série, dont HiComics a récemment réédité les six tomes, même si certaines scènes pourront choquer les plus sensibles.

Difficile de trop en dire sur la série sans spoiler, nous allons donc aller à l’essentiel : lisez Locke & Key, laissez-vous entraîner au sein de Keyhouse, bâtisse ancestrale abritant de sombre secret surplombant la ville de Lovecraft.

Il n’est certainement pas évident de marcher dans les pas de Stephen King, mais Hill n’a pas à s’inquiéter, il y arrive avec brio, mieux encore il se crée sa propre identité, et sans avoir besoin de liquider son père !

Les clés de Keyhouse, ouvrant sur un univers d’horreurs et de merveilles.
© IDW / Dessin : Gabriel Rodriguez

(par Vincent SAVI)

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