Newsletter ActuaBD

Black Widow : mieux vaut tard que jamais

  • Frappé par la crise sanitaire, le film « Black Widow » nous parvient avec une bonne année de retard. Mais après visionnage, on se rend compte que le long-métrage consacré à la super-espionne de Marvel accuse plutôt un retard de cinq ans, voire bien plus en terme de thématique. En dépit de ce film hors du temps, la Veuve noire arrive-t-elle à sortir son épingle du jeu ou est-ce trop tard ?

Demandé par les fans depuis des années, le films solo consacré à Black Widow n’arrivait toujours pas. La faute notamment à un sexisme profondément ancré à Hollywood. Citons encore une fois l’exemple bien connu de Ike Perlmutter, ex-vice prédisent de Marvel qui, entre autres prises de positions contestables, ne se disait pas intéressé par des films centrés sur des personnages féminins. Il s’était aussi opposé aux projets consacrés à Black Panther et Captain Marvel. Son éviction de la direction de Marvel Studios aura ensuite permis le lancement de projets plus diversifiés pour la Maison des idées, avec les succès que l’on connaît. Il aura donc fallu attendre une décennie pour que Natasha Romanoff ait finalement droit à son propre film.

Black Widow : mieux vaut tard que jamais
En 2011, Scarlett Johansson faisait ses premiers pas dans le costume de Black Widow.
Yelena Belova

Autant l’écrire d’entrée, le long-métrage risque de souffrir d’un problème d’investissement de la part du spectateur, un problème inhérent à l’exercice du flashback : en développant le passé de Black Widow, on se doute bien que Marvel ne va pas révolutionner les canons du personnage afin qu’il continue de correspondre aux développements chronologiquement ultérieurs des autres films, surtout que le destin de Natasha est désormais écrit dans le marbre. En effet, lors des évènements de Avengers : Endgame, grand final de la première ère de Marvel Studios, la Veuve noire a sacrifié sa vie afin de que ses amis et alliés puissent mener à bien leur mission. On ne peut donc s’empêcher de ressentir une certaine mélancolie au visionnage de ce long-métrage tardif, en forme d’hommage posthume.

Red Guardian

L’histoire mise en scène par Cate Shortland, nous ramène en 2016, peu après la conclusion du film Captain America : Civil War. Alors que les Avengers ont implosé et que Natasha est recherchée par les autorités, la Veuve noire ne tarde pas à découvrir que son passé d’espionne russe qu’elle croyait enterré n’est pas si loin et pourrait bien bouleverser son avenir. De l’action, un contexte fantasmé du monde de l’espionnage, des affrontements ardus à mains nues qui dégagent une intensité certaine, Black Widow s’inscrit à n’en pas douter dans la lignée des Captain America réalisés par les frères Russo, qui se rangent aisément parmi les plus belles réussites du MCU. L’intrigue du film est assez prévisible, notamment dans son dernier tiers, rien de bien rédhibitoire là-dedans, mais la recette des films Marvel Studios est à nouveau à l’œuvre ici et on peut la disséquer sur le vif avec de l’expérience.

Natasha Romanoff, seule et isolée va voir son passé la rattraper.
Taskmaster

La grande réussite du film réside à nos yeux dans son traitement des personnages, attachants, et dans la gestion d’une famille dysfonctionnelle, tout aussi attachante. Ayant participé enfant à une mission d’infiltration aux États-Unis dans les années 1990 pour le compte de la Russie, Natasha aura grandi quelques années au sein d’un foyer fictif où ses camarades se sont fait passer pour son père, sa mère et sa petite sœur. Alors que les adultes ont su faire la part des choses - ou donné l’impression a priori de l’avoir fait -, les deux orphelines ont fait de cette mission leur meilleur souvenir de jeunesse… Le thème de la famille de cœur fait ici mouche et assure une bonne couche d’humanité à Black Widow.

Melina

Malgré la bonne prestation de la principale intéressée, nous avons toutefois eu l’impression que l’actrice Florence Pugh volait la vedette à l’ensemble du casting. Son rôle de Yelena, la « petite sœur » de Black Widow, est ciselé pour se prtager entre la candeur et un caractère trempé, le tout saupoudré d’une bonne capacité à jouer des poings et des armes. Le film assume d’ailleurs pleinement sa dimension d’héritage en prenant la forme d’un passage de relais. Nous avons hâte de revoir ce personnage dans le MCU, ce qui ne devrait pas trop tarder, l’actrice étant déjà annoncée au casting d’une série à venir très prochainement sur Disney+.

Taskmaster, adversaire redoutable.

Côté vilains, le méchant annoncé du film, Taskmaster (le Maître de corvée), souffle le chaud et le froid et ne s’avère finalement qu’un personnage de second plan. Bien que très loin de sa contrepartie comics, ce Taskmaster s’inscrit parfaitement dans le canon de Marvel Studios et offre quelques séquences spectaculaires. Le rôle de vilains principal sera alors occupé par le général Dreykov, incarné par Ray Winstone, personnage sans nuance mais qui, ^par ses crimes, s’avère l’un des plus horribles méchants du MCU.

Rick Mason

Le reste de la famille de Black Widow est lui aussi très réussi. Le Red Guardian, père de substitution de Yelena et Natasha, incarné par David Harbour (Stranger Things) occupe le rôle de comic relief du film mais ne dénote pas dans des scènes plus intenses et émotionnelles. C’est d’ailleurs l’une des grandes réussites du film : réussir à poser des scènes intimistes centrée sur ses personnages, sans qu’un trait d’humour plus ou moins lourd ne vienne la gâcher. Notons aussi la présence de Rachel Weisz, impériale en matriarche de cette famille hors normes. Le long-métrage arrive donc par ce fait à se créer une identité et à se différencier de nombreuses autres productions jetables du MCU tel que Captain Marvel ou Ant-Man & The Wasp.

Sur le plan idéologique, le message politique sur la Russie, de la chute de l’U.R.S.S à aujourd’hui est bien trop superficiel pour retenir l’attention. En effet, il y avait là matière à faire dans cette période tumultueuse, mais le poids idéologique du soviétisme sur ces personnages qui se sont construits dans l’opposition avec les États-Unis se résume presque uniquement à un tatouage Karl Marx sur les phalanges d’un personnage ayant passé plusieurs années en prison à cause de son amour de l’U.R.S.S. Les voies du marketing global sont parfois impénétrables. La réalisatrice préfère cependant axer son histoire sur un sujet encore bien actuel : l’exploitation des enfants, et plus particulièrement des jeunes femmes. On ne pourra encore une fois pas s’empêcher de tisser des liens avec de récents scandales médiatiques.

Yelena et Natasha forment une sororité des plus touchantes et convaincantes.

Black Widow fait donc son office, sans surprendre. Bien que le long-métrage ne se révèle pas indispensable dans la chronologie du MCU, il mérite le détour pour l’humanité qu’il insuffle au personnage de la Veuve noire, mais aussi pour ce qu’il représente. L’évolution de Black Widow depuis toutes ces années apparaît comme une parfaite synthèse de l’évolution du regard qu’Hollywood porte sur les héroïnes féminines. De femme fatale hyper-sexualisée en 2010 dans Iron Man 2 à une véritable super-héroïne, personnage à part entière, dans Black Widow en 2021, le chemin aura été long.

Voir Natasha libérer ses semblables de l’asservissement et passer le relais à sa sœur est un message assez évident délivré par le film, dont on retrouve d’ailleurs Scarlett Johansson à la production. Après onze ans de bons et loyaux services, il est temps de véritablement dire au-revoir à Natasha Romanoff et bonjour à une nouvelle génération d’héroïnes qui - on l’espère - n’auront pas à affronter les mêmes égarements que leurs aînées.

(par Vincent SAVI)

(par Romuald LEFEBVRE)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Black Widow – Réalisé par Cate Shortland – Avec Scarlett Johansson (Black Widow / Natasha Romanoff), Florence Pugh (Yelena Belova), David Harbour (Alexei Shostakov / Red Guardian), Rachel Weisz (Melina Vostokoff), Ray Winstone (Dreykov), O.T. Fagbenle (Rick Mason), Olga Kurylenko (Taskmaster) & William Hurt (Thaddeus Ross) - Musique composée par Lorne Balfe - Produit par Kevin Feige - sortie le 7 juillet 2021

Photos : © Marvel Studios

Le MCU sur ActuaBD :
- Lire "Avengers : Endgame" : des adieux déchirants et un nouveau départ
- Lire WandaVision : le commencement d’une nouvelle ère pour Marvel Studios
- Lire WandaVision : un nouveau départ réussi pour Marvel Studios ?
- Lire Falcon et le Soldat de l’Hiver : l’héritage de Captain America
- Lire Falcon et le Soldat de l’Hiver : un nouveau Captain America pour un nouveau monde

 
Newsletter ActuaBD