"Luna Almaden" - Par Lapière & Clarke - Dupuis

22 avril 2005 0 commentaire
  • Etonnante surprise que de retrouver {{Clarke}}, l'un des dessinateurs humoristiques les plus doués de sa génération ({Mélusine}), en train de franchir un cap en illustrant une histoire dans le style réaliste. Beaucoup d'auteurs, même parmi les plus grands, hésitent à se remettre en question de la sorte. Il s'est associé avec {{Denis Lapière}} pour nous raconter une tranche de la vie d'une jeune aveugle...

Luna Almaden vit seule et partage son temps entre ses passions : la sculpture de mobiles et l’écoute de ses CD. Sa mère, une riche veuve excentrique, lui verse une rente qui lui assure une certaine indépendance. Luna entretient avec elle une relation particulière. Car si cette dernière l’aide financièrement, elle exige de Luna des compensations pratiques : faire son linge, effectuer certains achats, ce que Luna fait avec affection, mais que sa mère conçoit comme un dû.

Luna a une soeur aînée, Valéria, qui la jalouse quelque peu. Luna, à cause de son handicap, est ressentie comme le centre d’intérêt de la famille. Un matin, Luna, rentre chez elle après avoir réalisé quelques courses. Elle y découvre son ancien petit ami et sa sœur fort inquiets. Ils viennent d’alerter la police car elle ne donnait plus signe de vie depuis la veille. Ses proches ont même veillé dans son appartement toute la nuit, en attendant son retour. Or, c’est impossible, se dit-elle, car elle a dormi chez elle ! Serait-elle devenue folle ?

Même si ses séries Luka ou Charly se révèlent intéressantes, distrayantes et captivantes, nous nous trouvons ici dans un registre autrement plus puissant. Denis Lapière excelle véritablement lorsqu’il aborde des récits en un ou deux albums seulement. Ses réalisations en collaboration avec Gillon (La Dernière Des Salles Obscures), Pellejero (Un Peu de Fumée Bleue et récemment Un Tour de Valse) traduisent une très grande maîtrise dans la représentation de l’état psychologique de ses héros. Dès les premières pages de Luna Almaden, Lapière et Clarke -qui cosigne le scénario- s’attachent à nous montrer le quotidien et la vie familiale de cette jeune aveugle. Au travers ces non-dits et au fil des pages, on la devine stable...

Le graphisme de Clarke est très épuré, sans excès de décors ou d’exercice de style. Son héroïne n’est pas dans le cliché si facile de l’aveugle avec des lunettes et une canne blanche. Il utilise plutôt son attitude et ses mimiques pour montrer son handicap. Elle n’en est que plus vraie, parce que ce qui nous apparaît comme semblable se comporte complètement différemment de nous.

En refermant l’album, après l’avoir dévoré, on ne peut qu’espérer retrouver le dessinateur de Mélusine dans ce registre, car ce premier essai est un coup de maître.

(par Nicolas Anspach)

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