Mathieu Burniat : "J’aborde les sujets qui me passionnent mais dont je ne connais pas grand-chose..."

19 août 2019 0 commentaire
  • Dans le cadre du Lyon BD Festival, nous avons rencontré Mathieu Burniat, un auteur aussi talentueux qu'éclectique, touchant à la fois à la fiction et à la BD de vulgarisation, jonglant entre des univers de trappeur sauvage et de monde quantique !

Pouvez-vous nous résumer votre parcours et votre formation aux arts graphiques ?

Ma première expérience artistique et réellement formatrice fut au sein de l’atelier collectif de films d’animation Zorobabel, à Bruxelles. De mes 10 à 17 ans, j’y ai réalisé avec une bande de copains des courts métrages en Stop Motion avec des personnages en pâte à modeler comme dans Wallace et Gromit. C’est là que j’ai appris à scénariser et à donner vie à des personnages.

Ensuite, j’ai fait des études supérieures en design industriel à ENSAV la Cambre à Bruxelles. Même si c’est loin de la BD, le design m’a permis de développer ma créativité. J’ai ensuite bossé en tant que designer pendant deux ans avant de me lancer progressivement dans la BD.

Mathieu Burniat : "J'aborde les sujets qui me passionnent mais dont je ne connais pas grand-chose..."
Ex libris de Shrimp, tome 1 (ordinateur)

Vous êtes entré dans le monde de la bande dessinée en tenant un blog : pourquoi avoir choisi ce support ?

Quand j’ai eu envie de me lancer dans la BD, je n’avais aucune expérience dans le métier et mon niveau en dessin laissait vraiment à désirer. Il fallait que je m’entraine. Mais je n’arrivais pas à dessiner « gratuitement » : j’ai toujours eu besoin de contextualiser mon dessin dans un récit. Or, en tant que designer, on m’envoyait souvent en Chine pour échanger avec les industriels. J’ai donc commencé à raconter mon expérience en Chine à travers un blog de BD. C’était un moyen de diffusion gratuit et, à l’époque, assez bien suivi.

Dessin inédit du webtoon de TRAP, qui comportera un passage inédit (ordinateur)

Shrimp, votre première œuvre publiée, est à la fois une série et un album que vous n’avez pas du tout scénarisé. Depuis, avez-vous décidé de ne plus travailler avec un scénariste et d’abandonner l’idée d’une série ?

A priori, je ne pense pas être fait pour développer une série. J’ai peur de m’ennuyer en travaillant sur un même univers sur plusieurs albums. L’avantage du « One shot », c’est que je peux entièrement me renouveler d’un album à l’autre !
Je n’exclus pas de travailler à nouveau avec des scénaristes. L’expérience de Shrimp avec Matthieu Donck et Benjamin d’Aoust était très enrichissante pour moi.

Un des dessins de fin de Dodin Bouffant (ordinateur)

Votre deuxième album, La passion de Dodin-Bouffant, est l’adaptation d’une œuvre littéraire. Comment avez-vous travaillé sur ce projet et pourquoi partir d’un texte déjà existant ?

Je suis un vrai gourmand et je rêvais de réaliser une BD qui donne faim. Pour m’inspirer du sujet, je me suis mis à lire plein de gastronomes du 19e siècle (Brillat Savarin, Grimod de la Reynière, Alexandre Dumas, ...). Ils ont une façon à la fois drôle et savante de parler de bien-manger et cela m’a donné envie de les caricaturer sous la forme d’un bourgeois ventripotent. Quand je suis tombé sur le livre «  La Vie et la passion de Dodin-Bouffant, gourmet », de Marcel Rouff - livre qui rend hommage à ces mêmes gastronomes - je me suis dit que c’était une base parfaite pour développer ce que j’avais envie de raconter. C’était rassurant de partir d’un texte existant pour écrire mon tout premier scénario. Mais au final, la BD se différencie beaucoup du livre. J’y ai rajouté les ingrédients qui me faisaient moi-même saliver, j’ai accordé plus de place aux personnages féminins et j’ai tendu le récit...

Essais au feutre de Trap, 2016 (les personnages ont évolué depuis)

Ce qui frappe dans votre bibliographie, c’est la diversité de votre production. Elle se retrouve non seulement dans les thèmes abordés, mais aussi dans le dessin et les couleurs : changez-vous de technique de dessin d’un album à l’autre ? Pourquoi varier autant, là où la majorité de vos collègues se cantonnent à un style aisément reconnaissable ?

J’essaye de varier mon dessin en fonction des thèmes que j’aborde. Par exemple, pour «  La Passion de Dodin-Bouffant », je me suis inspiré de Daumier, un caricaturiste qui croquait superbement bien les bourgeois du 19e siècle. Dans « Le Mystère du monde quantique », les pages passent progressivement du noir et blanc à la couleur, pour expliquer le concept abstrait de la « surimpression de la réalité ». En dessin comme en scénario, j’ai peur de m’ennuyer et de m’ancrer définitivement dans un style.

Inédit aquarelle de la Bédétek des savoirs - internet

Vous avez récemment publié Trap, un album muet, quasiment au même moment (et chez le même éditeur) que Sabre, et peu de temps après le succès d’Un océan d’amour. Pourquoi avoir choisi de vous risquer dans ce genre bien particulier ?

Pour raconter l’histoire d’un homme sauvage évoluant dans une nature hostile, l’absence de dialogues allait de soi. En écrivant ce scénario, j’ai bien essayé de rajouter du texte, connaissant la réticence des éditeurs pour la BD muette. Mais ça n’avait aucun sens et je pouvais vraiment me débrouiller sans.

M. Burniat en dédicace à l’Hôtel de Ville de Lyon - Photographie : Tristan Martine

Ce que j’aime avec les BD muettes, c’est qu’en principe, elles peuvent être lues partout dans le monde. Le dessin de Bande Dessinée est un langage universel et qui peut communiquer des émotions beaucoup plus subtiles qu’on ne le croit.

Aquarelle inédite de Trap

La majorité de votre œuvre est composée d’albums de vulgarisation : comment êtes-vous arrivé dans ce registre ?

L’envie de faire une BD vulgarisant la physique quantique date de mes 17 ans. À l’époque, Jérôme Loreau, un ami passionné du sujet (et qui est aujourd’hui professeur en physique quantique), m’avait raconté lors d’une nuit à la belle étoile ce qu’il savait de la théorie des cordes. J’ai trouvé cela passionnant et le sujet ne m’a pas quitté, jusqu’à ce que je prenne contact avec Thibault Damour, le physicien avec qui j’ai écrit la BD.

Selon moi, la BD est un moyen génial pour vulgariser des concepts difficiles. L’association textes-dessins permet plein de stratagèmes pour faire assimiler et rendre ludiques les informations.

Une version parodique et contemporaine de Quick et Flupke (aquarelle)

Vous avez traité aussi bien de cuisine que d’Internet, de mémorisation que du monde quantique : comment arrivez-vous sur de tels sujets ?

Généralement, j’aborde les sujets qui me passionnent mais dont je ne connais pas grand-chose. Cela me permet d’apprendre en travaillant, ce qui est un sacré luxe !
Mais pour la BD « Une Mémoire de roi  », qui explique des méthodes de mémorisation, c’est Amélie Petit, éditrice chez Premier Parallèle, qui est venue vers moi. Comme je n’ai pas l’habitude de répondre à des commandes, j’ai d’abord refusé. Mais quand elle m’a fait connaitre les méthodes de mémorisation de Sébastien Martinez, je me suis rendu compte que le sujet était vraiment passionnant et qu’il avait de grandes raisons d’exister sous forme de BD !

Stylo plume - Trap

Comment avez-vous concrètement travaillé avec Sébastien Martinez ?

Quand je réalise une BD didactique, je m’efforce à chaque fois d’ancrer les informations dans une véritable histoire, avec un début et une fin.

Dans le cas de « Une mémoire de roi », j’ai d’abord assimilé la méthode de Sébastien Martinez. Il est champion de France de mémoire mais aussi excellent pédagogue. Ce fut très amusant d’apprendre ses techniques.

J’ai ensuite écrit le scénario. Pour que le lecteur s’identifie au sujet, j’ai voulu raconter l’histoire d’un petit roi inculte qui doit faire bonne impression devant la princesse de son cœur. Il a moins de deux semaines pour parfaire sa culture générale avant de faire sa rencontre. J’essaye de faire en sorte que le lecteur apprenne en s’amusant.

Projet avorté

Allez-vous vous lancer dans des histoires de pure fiction ou comptez-vous proposer d’autres albums pédagogiques ?

Je suis en train d’écrire plein d’idées d’histoires différentes.... J’espère arriver à me concentrer sur l’une d’entre elles prochainement. Ce n’est pas évident car j’ai plein d’envies qui varient constamment selon mon humeur.

Propos recueillis par Tristan Martine

M. Burniat à l’Hôtel de Ville de Lyon - Photographie : Tristan Martine

(par Tristan MARTINE)

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SUR ACTUABD, sur le travail de Mathieu Burniat, on peu lire :

- "Une Mémoire de roi" avec Sébastien Martinez (Ed. Premier Parallèle)

- "Le Mystère du monde quantique - Par Mathieu Burniat & Thibault Damour" - Dargaud

Photo en médaillon : D. Pasamonik (L’Agence BD)

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